XIII. LE MÉCANISME DE L'ÉCRITURE
leur enfance. Cette remarque trouvera son application au chapitre XXIV des expertises en écritures.
Ainsi, en observant la manière de faire des écrivains habiles,— qui n'est pas celle des calligraphes, — nous sommes arrivé à cette conséquence qu'il faut incliner le papier vers la gauche d'un angle à peu près égal à la pente de l'écriture et qu'il faut écrire penché. C'est pour plus de clarté que nous avons supposé le coude appuyé sur la table ; on peut, sans inconvénient, n'y placer qu'une partie de l'avant-bras; bien que n'ayant pas de point d'appui, le coude peut parfaitement servir de pivot immobile pour les mouvements de l'avantbras.
Il faut l'avouer immédiatement ; sous le rapport de l'attitude du corps, la position que nous adoptons n'est pas tout à fait sans inconvénient; bien qu'elle permette d'écrire les yeux fermés, on regarde volontiers ce qu'on fait, et cela est même nécessaire pour mettre les points et les accents (Fig. 46). Or, pour des raisons physiologiques fort complexes, les yeux sont ainsi faits qu'il leur est désagréable de parcourir des lignes obliques. Aussi, les personnes qui écrivent comme nous le conseillons sont-elles portées invinciblement à pencher la tête à gauche, de manière à mettre à peu près dans un même plan la ligne d'écriture et les deux yeux; c'est un faible inconvénient pour les adultes, chez qui les déformations du corps ne sont plus guère à craindre.
Un défaut d'écriture, très répandu, résulte du déplorable usage des points sur les i et des accents. La plupart des personnes n'attendent pas que le mot soit terminé pour mettre les points, les accents et les barres de t. Il en découle toute une série d'inconvénients. D'abord, une interruption des déliés, qui devraient réunir, à peu près sans solution de continuité, toutes les lettres d'un même mot. Ensuite, un retard extrêmement considérable, car il faut plus de temps pour s'interrompre, mettre un point sur un i et reprendre le cours du mouvement régulier de la plume, qu'il n'en faut pour écrire deux ou trois jambages. Enfin, bien des personnes, surtout en Allemagne, ne lèvent pas la plume pour faire les points sur les z, et certains accents, d'où résulte des liaisons qui réunissent les accents aux lettres et nuisent considérablement à la lisibilité. D'autres, dans la rapidité de l'action, jettent les points et les accents un peu au hasard,
généralement trop à droite, tandis qu'avec le système dont nous allons parler, ces signes sont toujours posés à leur place.
Les calligraphes conseillent de ne poser les accents et les points sur les z qu'après avoir terminé le mot qui doit les recevoir; c'est une habitude difficile à inculquer aux enfants et qu'ils ne conservent pas souvent. Le mieux serait d'interdire absolument l'usage des points et des accents pendant l'écriture, et d'exiger qu'il ne soient placés qu'ultérieurement, en relisant; tandis que la ponctuation doit être mise scrupuleusement du premier abord. Par ce système, on peut écrire extrêmement vite, et régulièrement. Si l'on écrit pour soi-même ou pour les imprimeurs, il est complètement inutile d'ajouter les points et les accents, qui ne sont nécessaires que pour rendre l'écriture lisible malgré ses défauts et pour les personnes les moins exercées. En supprimant les points et les accents, il est facile de prendre currente calamo des notes à un cours, de dresser le procès-verbal complet de la discussion la plus animée, et il reste loisible d'ajouter tous ces signes en se relisant, ou de les faire mettre par un secrétaire. Ce système présente même le très grand avantage qu'un seul coup d'œil nous permet de constater si une page de notre écriture a été relue ou non ; nous écrivons avec régularité et rapidité, et nous augmentons ensuite la lisibilité, sans perte de temps, au moment où nous relisons, par l'addition des points et des accents, que la politesse nous défend d'ailleurs d'omettre dans les écrits que nous ne réservons pas exclusivement pour notre usage personnel.
La rapidité exige ensuite que les pleins soient produits par une dépense de force extrêmement faible, et plutôt par la largeur du bec de plume que par la pression. Nous rejetterons donc les plumes à pointes fines et extra fines, et adopterons les becs médium.
La vitesse exclut les queues démesurément longues, ce n'est pas un mal, car le caprice de la mode empêche seul de les trouver aussi disgracieuses qu'elles le sont en réalité ; dans les belles bâtardes, les longues ont une dimension totale qui ne dépasse guère deux corps.
Enfin, pour écrire rapidement, il importe de réduire le nombre des levées de plume qui constituent une perte de temps considérable. Or, si nous voulons écrire d'une