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RAPIDITÉ DE LÉCRITURE ET DE LA LECTURE

l'accueil qu'elle a reçu dès l'abord dans l'Université et parmi ceux qui sont chargés d'enseigner la langue française, semble prouver qu'elle répond à un besoin réel.

« Le phonétisme pour but idéal, la modération comme règle immédiate », voilà ce que réclame M. Havet, de l'Institut, dans un article du Journal des Débats du 4 mars 1890, article reproduit en tête de sa brochure, aujourd'hui introuvable, intitulée : La simplification de l'orthographe, par Louis Havet, professeur au Collège de France (1890).

Cette brochure est un modèle de dialectique réformiste. L'auteur fait ressortir, avec beaucoup d'esprit, les incohérences de notre orthographe, dont l'étude coûte, à nos écoliers, un temps qui pourrait être beaucoup mieux employé. Il démontre, d'accord avec nos linguistes les plus compétents, Gaston Paris, Darmsteter, Michel Bréal, etc., l'inanité de l'argument d'après lequel notre orthographe serait systématiquement étymologique. Elle ne l'est que par accès. Il expose comment les simplifications désirables, loin d'offenser l'histoire de notre langue, seraient bien souvent un retour à ce qui se pratiquait au moyen âge. Quand à l'objection d'après laquelle on créerait des confusions en écrivant de la même façon des mots dont le sens est différent, tels que vers, verre et vert, c'est dans un article paru le 1er août 1889 dans la Revue de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur, et reproduit dans cette brochure, qu'il faut voir combien elle est insoutenable (1).

Les indications qui précèdent, relatives à la rapidité respective des diverses langues et à la simplification de leur orthographe, ainsi que les notions relatives à la sténographie (Chap. IV) et au mécanisme de l'écriture (Chap. XIII), prêtent de l'intérêt à la réunion de données numériques qui vont suivre.

Voici quelques indications sur la rapidité des divers moyens que l'homme emploie pour exprimer sa pensée.

Quand je ne dirai pas le contraire, j'admettrai, avec les dactylographes, que les mots entiers entrent seuls en ligne de compte. Par exemple ((-l'homme )), compte pour un mot.

(1) Un rapport tout récent de M. P. Meyer au ministre de l'Instruction publique (Imp. Nat. 1904) fait au nom d'une commission spéciale, est soumis au jugement très conservateur de l'Académie française (Me Faguet rapporteur;.

JAVAL.

Pour l'écriture ou la dactylographie j'admets que l'écrivain doit mettre les majuscules, les accents et la ponctuation ; de même pour le Braille.

Il ne serait pas difficile de réunir quelques chiffres sur la rapidité de la lecture mentale, celle qui importe réellement à l'homme lettré. On trouverait des différences individuelles considérables. Faute de renseignements précis, j'admettrai qu'on lit aisément, sans rien laisser passer, cinq cents mots par minute.

Un de mes amis, lecteur très rapide, a pris la peine, à mon intention, de lire, sans rien passer, le roman de Paul Bourget, Cruelle énigme. Cette lecture lui demanda une heure, et, faisant le calcul, il en a conclu qu'il avait lu 550 mots par minute.

Pour la lecture de l'anglais, d'après un mémoire remarquable de M. Edmond B. Huey (american journal of psychologie, vol. XI et XII) on voit qu'une personne a pu lire mentalement plus de huit cents mots par minute, et trois cent soixante à haute voix.

Pour l'exécution musicale, il paraît qu'un bon pianiste peut exécuter près de 700 notes égales par minute.

Nous sommes mieux renseignés sur la rapidité de la parole. D'après ce qui m'a été dit à Y Institut sténo graphique (150, boulevard Saint-Germain, à Paris), l'orateur le plus lent prononce plus de cent mots par minute, et le plus rapide en dit rarement plus de deux cents. Une bonne moyenne paraît être cent soixante mots par minute.

Un dactylographe exercé écrit facilement, pendant des heures, quarante mots par minute. Le record de dactylographie, obtenu lors de l'Exposition de 1900, est de soixantesept mots. On peut donc dire que la rapidité de la dactylographie est à peu près quatre fois moindre que celle de la lecture à haute voix. A l'Exposition de Chicago en 1892, le record en langue anglaise avait été de quatre-vingt-dix-sept mots.

J'estime que la rapidité d'une écriture parfaitement lisible est de vingt mots, soit environ moitié de celle obtenue couramment par les dactylographes. Une écriture extrêmement rapide, en supprimant les accents et les points sur les z, mais pas la ponctuation, lisible sans hésitation pour celui qui l'a tracée, peut atteindre trente-cinq mots.

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