CHAPITRE
Pensées et aphorismes.
a Parisienne n’aime pas; elle choi sit.
— Les fautes d’orthographe des femmes de Paris ne ressemblent pas à celles des femmes de la province.
— Les femmes de province ont la politesse des manières , celles de Paris ont la politesse de Pesprit.
une provinciale pour ses qualités.
— Ce qui serait une naïveté dans la bouche d’une provinciale devient un bon mot dans la bouche d’une Parisienne.
— La simplicité vient du cœur ; la naïveté de l’esprit : voilà pourquoi il n’est pas rare de rencontrer des Parisiennes naïves, môme parmi les plus coquettes.
— Avec une Parisienne on trouve toujours des paroles pour exprimer ses sentiments, alors môme qu’on est le plus timide des hommes. C’est qu’auprès d’elle le cœur ne parle jamais trop haut pour empêcher de s’entendre.
— La provinciale allie la dévotion à l’amour ; la Parisienne opte.
— Les femmes de Paris ressemblent au voyageur revenu ; les femmes de province au voyageur qui n’est point parti : les unes ont l’expérience, les autres l’innocence.
— La provinciale laisse échapper son secret ; la Parisienne le confie.
— Les amours de province laissent un remords ; celles de Paris, un ennui.
— La Parisienne est amoureuse sans amour ; elle aime sans être amoureuse.
— Ce qu’une Parisienne regrette le plus , c’est de n’être pas née homme.
— Souvent l’amour naît à quarante ans chez une Parisienne. C’est l’âge où autrefois venait la dévotion.
— La femme de Paris, comme l’enfant païen, devrait être placée sous l’invocation de quatre divinités : la puissance, l’amour, la fortune, la nécessité. Elle passe en effet sa vie à commander, à obéir, à désirer, à poursuivre.
. — Laïs trahit Aristippe pour Diogène : ce caprice est encore celui de la plupart des femmes de Paris.
— La Parisienne n’est jalouse que lorsqu’elle cesse d’aimer.
— Elle a pour habitude de faire peser sur l’amant du présent tous les ennuis qui lui sont venus des amants passés. Elle comprend l’amour comme une vengeance.
— Une Parisienne trompe un homme par un feint attachement, pourvu qu’elle n’en ait pas d’ailleurs un véritable.
— L’histoire de la vie d’une Parisienne est toujours l’histoire de son esprit, jamais celle de son cœur.
— En province, ce sont les passions qui
poussent la femme vers l’écueil ; à Paris, c’est la coquetterie.
— C’est par faiblesse qu’une provinciale renonce à se venger ; c’est par paresse qu’une Parisienne ne se venge point.
— Comme il n’y a pas de douleur au fond des plaisirs que l’on goûte avec une Parisienne , il n’y a pas non plus de charmes dans les souffrances qui viennent d’elle.
— Les femmes de Paris écrivent drs billets ; en province seulement les amoureux s’adressent des lettres.
— C’est en vain qu’une Parisienne cherche
à s’égarer dans les hautes régions du sentiment ; on ne voit jamais le jeu libre de ses ailes, et on n’en entend pas le bruit.
— A Paris c’est toujours la position de l’amant qui fait l’amour de la maîtresse.
— Quand une femme de province reçoit une lettre de son amant, elle la cache dans son sein : la Parisienne la renferme dans sa poche.
— Si une Parisienne se moque d’un homme, c’est qu’elle est sur le point de l’aimer.
— En fait de sentiment, les femmes de Paris ne sont pas plus fortes qu’une romance.
— L’amour à Paris n’est que de la curiosité ; il lui faut à chaque instant de nouveaux aliments.
— Les femmes de Paris ne médisent plus ; elles blaguent.
— Même dans les moments de la plus grande intimité, les amants parisiens sont séparés par une invisible barrière : on n’éprouve jamais le bonheur d’être un et de se sentir deux.
— En province on dit le premier baiser; à | Paris, la première nuit.
— La plupart des mariages à Paris sont des jeux de hasard où il y a toujours un fripon et ! une dupe.
— Les Parisiennes jouent à l’amour avec des j dés pipés.
— En province, le grand triomphe de la passion est de l’emporter sur les préjugés dans I le cœur des femmes; à Paris, sa plus difficile victoire est de dominer l’intérêt.
— Le regard des femmes de Paris est toujours spirituel, mais jamais tendre : elles savent faire passer l’intelligence dans leurs yeux, mais non le cœur.
— A trente ans, la Parisienne n’emploie le regard que dans les circonstances décisives ; elle ne se sert plus que du sourire ; on dirait qu’elle voit avec les lèvres.
— La provinciale pardonne , la Parisienne oublie.
— Les femmes de province se passionnent assez volontiers pour l’inconnu. A Paris il faut toujours se faire comprendre.
— Il y a certaines coquettes à Paris qui ressemblent beaucoup à des fats.
— Jupiter sortant des bras de Ténus retournait plus amoureux vers Junon. La beauté ne suffit pas pour attacher ; il faut encore l’expérience. Les Parisiennes en ont beaucoup.
— La science des Parisiennes est autant dans ce qu’elles ignorent que dans ce qu’elles savent.
— Une Parisienne dit plus finement les choses qu’elle ne les écrit.
— Le souvenir est la piété de l’amour. De ce côté les Parisiennes sont athées.
— Lorsqu’on fait la cour à une femme de province , il faut toujours lui laisser croire qu’elle tient le fil de votre destinée entre ses
mains : alors elle ne se donne pas , elle vous sauve la vie.
— Si vous savez tout demander à une Parisienne, elle vous refusera peu de chose; si vous voulez prendre la moindre chose, elle vous refusera tout.
— Ceux qui ont dit que l’audace suffisait en amour se sont trompés : la mode des assauts est passée; les protocoles ont remplacé les sièges; on n’emporte plus les femmes , l’amour à
— Les femmes de province sont tristes ; les femmes de Paris sont ennuyées.
— Les Parisiennes n’ont que la fantaisie de l’amour , la coquetterie.
— On a vu souvent des provinciales devenir Parisiennes , mais jamais une Parisienne devenir entièrement provinciale.
— Une Parisienne se reconnaît partout à la chaussure.
— Le mot Parisienne n’est point une désignation de pays; c’est un grade honorifique, un titre de noblesse qui ne se gagne qu’à Paris.
— Parmi les Parisiennes , beaucoup sont étrangères.
— Les Parisiennes les plus distinguées sont des Russes.
— Une Anglaise ne deviendra jamais Pari-
sienne, une Allemande non plus ; une Espagnole pourra le devenir à la troisième génération.
— Il y a des femmes jeunes, belles, riches, qui habitent Paris depuis longtemps, et qui n’ont pu encore passer Parisiennes.
— Les Italiennes sont Parisiennes de droit après trois mois de séjour , le temps d’oublier le mot sùj nor !
— La Parisienne ne se donne pas ; elle vous prend.
— Les provinciales ont quelquefois de la grâce ; ce n’est que chez les femmes de Paris qu’on trouve le goût.
— Chez les Parisiennes, la jalousie n’est pas une passion ; c’est une occupation.
— Une Parisienne oublie de l’homme qu’elle n’aime plus jusqu’aux faveurs qu’il a reçues d’elle.
— La Parisienne qui n’a qu’un amant croit n’être point coquette ; celle qui en a plusieurs croit n’être que coquette.
— La femme de province veut être aimée; il suffit à la femme de Paris d’être trouvée aimable : l’une cherche à engager, l’auire se contente de plaire.
— La plupart des femmes mariées de Paris
ont un double engagement à soutenir et à dissimuler : il no manque à Fun que le contrat, à l’autre que le cœur.
— Soyez vain, indiscret, bavard , mauvais plaisant , sans jugement, sans esprit ; pour être aimé de bien des Parisiennes il ne vous manquera qu’une jolie Figure.
— Les femmes de Paris tombent ordinairement dans la pauvreté par les mêmes défauts qui les avaient menées à la fortune.