‹ Physiologie de la parisienneChapitre 6 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

’ai écrit ces mémoires pour l’ édification de la postérité, et pour Finstruc lion des jeu nés gens qui comme moi se sont rendus à P ris, sur la foi des réclames les plus trompeuses , pour y jouir des charmes de la plus belle moitié du genre humain.

A force de lire les livres de poésie , les romans et les journaux , j’avais fini par prendre au sérieux toutes ces femmes ravissantes, fan -

uo

tastiques , spirituelles, aphrodisiaques, bonnes , espiègles , dévouées , qui , au dire des écrivains, pullulent sur les trottoirs de la capitale. Dans mon imagination , j’en voyais de tous les rangs , de tous les métiers , de tous les âges :

des duchesses, des grisettes, des actrices, des épouses désillusionnées, des enfants candides, des femmes de trente ans au cœur et au teint bistrés. Ma poitrine battait à l’idée de venir couler un trimestre flamme de punch au milieu de ce bas-empire , de cette régence , de ce dixhuitième siècle perpétuel qui s’appellent Paris.

<]e vœu suprême , il me fut permis enfin de le réaliser. J’arrivai à Paris. Après avoir remis i mes lettres de recommandation, après avoir j épuisé tous ces potages cachetés , tous ces dîners sous enveloppe , je me répandis comme un torrent dans les théâtres , dans les promenades , dans les concerts , demandant Laïs à toutes les ouvreuses , poursuivant la marquise de B... sur chaque chaise des Tuileries, et cherchant Musidora au fond de tous les quadrilles ; de Musard. Mon cœur tressaillait devant chaque capote , mon âme entonnait l’hosanna devant toutes les mantilles. Doux frémissements des robes de satin , comme vous retentissiez agréablement à mes oreilles! plumes agitées par le vent, comme vous me paraissiez légères! toute bouche me semblait souriante , tout regard animé. Je prêtais une grâce imaginaire à tous les visages que je rencontrais, même dans les omnibus. A cette époque , je ne pouvais rencontrer une femme dans la rue sans avoir aussitôt l’envie de l’inviter à souper.

Je voulais à tout prix savoir ce que c’est qu’une Parisienne! O vous qui lirez l’histoire de mes recherches! plaignez- moi , et que mon triste sort vous serve de leçon !

Page 1