CHAPITRE DEUXIÈME
PROGRAMME DES FACULTÉS DE LA PENSÉE, DU POINT DE VUE DE LA RECHERCHE DE LEUR PHYSIOLOGIE.
Lorsqu’on recherche et détermine les facultés de la pensée ou de l’âme en elles-mêmes et en quelque sorte pour elles-mêmes, sans s’occuper du corps auquel cette âme est unie et des conditions de leur union, on peut, jusqu’à un certain point, se permettre d’être inexact ou au moins incomplet. On peut , en d’autres termes, dans cette recherche et pour cette détermination, ne prendre de la pensée que ses facultés en quelque sorte supérieures, ce qu’on appelle d’une manière générale l’entendement et la volonté, ne retenant de la sensibilité ellemême que ce qui est relatif aux cinq sens, et négligeant d’une façon absolue soit tout ce qui est du ressort de la sensibilité interne, soit même tout ce qui se rapporte, d’une part aux affections, aux passions, d’autre part aux aptitudes intellectuelles, principes des diverses sortes de talents. C’est même ainsi, il faut le dire, qu’a procédé, la plupart du temps, la science psychologique, et nous n’avons pas à nous demander ici si elle a eu tort ou raison.
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Mais cet exemple, on le comprend bien, n’en saurait être un pour nous ; sans quoi, c’est-à-dire si nous devions le suivre, nous devrions aussi, à 1 instant même, cesser ces recherches. Pour déterminer ce qu’on peut savoir des rapports à établir entre les actes de la pensée et les conditions qui lui sont imposées par le corps auquel elle est unie, non-seulement il faut déterminer tous les actes, quels qu’ils soient, de cette pensée, mais ce sont, pour ainsi dire, ses actes les plus inférieurs qu il faut déterminer particulièrement ou au moins en premier lieu. D’abord il est de toute évidence que ce sont ces actes, ces faits tout sensitifs ou tout impulsifs de la pensée qui sont le plus étroitement liés à ces conditions organiques. Ensuite, et à cet égard nous ne disons rien de plus maintenant, il ne serait pas impossible que ces actes inférieurs ou tout sensitifs de la pensée fussent seuls liés directement aux faits ou conditions du corps, les actes supérieurs n’en étant point indépendants sans doute, mais ne s’y liant que par F intermédiaire des faits purement sensitifs. Cette double considération nous indique d’une manière à la fois suffisante et évidente la marche à suivre dans ces recherches, la base sur laquelle doit être établie la détermination des faits et des pouvoirs de la pensée, considérés dans leurs rapports avec leurs conditions organiques probables. Cette détermination et la classification qui en découle devront évidemment reposer sur le plus ou moins de connexion et desolidarité de ces faits ou pouvoirs sensitifs et intellectuels avec les conditions, les actes corporels ou de la vie.
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Il ne faut pas croire, du reste, et malgré ce que j’ai dit tout à l’heure, que la philosophie, dans ses doctrines et ses classifications, n’ait pas souvent fait une grande part à ce côté inférieur des actes de la pensée, qui doit être notre point de départ et qu’il nous arrivera quelquefois de ne pouvoir dépasser. La philosophie, au contraire, et par l’organe de ses plus illustres représentants, a plus d’une fois, dans ses systèmes, accordé à cette partie inférieure et en quelque sorte corporelle, c’est l’expression dont elle s’est servie , de la sensibilité, la place à laquelle elle a droit. La division générale de la pensée dans Platon , c’est la raison et les sens : la raison ou l’âme immortelle et les idées, pures et immortelles comme lame; les sens ou le sensible, toujours uni au corporel, source de ces imparfaites connaissances que l’âme doit à l’intermédiaire trompeur des organes. Que si de la psychologie de Platon on passe à sa physique ou physiologie, et si l'on se rappelle tout ce qu’elle contient de si remarquablement exact sur P union des parties inférieures de l’âme , ses parties nutritive et irascible, avec le tronc et ses centres nerveux, on verra -combien dans l’esprit de ce grand philosophe était arrêtée cette division des facultés ou des faits de la pensée en deux classes, dont l’inférieure répond aux faits et aux facultés les plus étroitement liés aux organes. Arisote, malgré la dilférence de son point de vue, point de vue, on le sait, tout vital et tout sensitif, n’a rien soutenu de plus formel ; la liaison qu’il établit des âmes inférieures, nutritive , motile, intellectuelle passive, et
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enfin sensitive, soit avec les organes nutritifs, soit avec le cœur, n’exprime rien de plus et rien de plus fort que ce qu’on trouve dans Platon sur la liaison du sensible au
corporel
Franchissons, pour ne pas faire d histoire, ce n en e?l pas ici le lieu, tout l’intervalle qui sépare Platon de Descartes; passons du grand philosophe ancien au grand philosophe moderne; nous retrouverons chez ce dernier, plus même que chez aucun autre philosophe, cette distinction des facultés de la pensée en celles de la pensée propre et presque indépendante des organes, et celle? qui, au contraire, réclament immédiatement le concoui s
du corps. Descartes admet deux ordres de sens : les sens externes d’abord, bien entendu ; puis les sens internes, sensus interni , sur lesquels il entre dans les détail? le? plus explicites et les plus formels. 11 y a, suivant lui, deux espèces de sens internes : une première espèce, qui comprend la faim, la soif et autres appétit? natuiels, dont chacun a*ses nerfs particuliers ; une deuxième espèce, que constituent les passions, lesquelles ont aussi leurs nerfs propres, qui vont du cœur au cerveau . On pourrait, si on le voulait, voir dans ces idées de Descartes, le point de départ de celles de Bichat et de Ca-
1. Vuir. dans le second volume, le mémoire ayant pour titre : Du siège de l'dme suivant les anciens, ou Exposé historique des rapports établis par la philosophie ancienne, enlre t organisation de 1 homme et leé actes de la pensée.
2. Principes de la philosophie, IVe partie, § 188. Dehomine, pars quarta. — De meule huinanâ, cap. vin.
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banis, sur la part que prend aux actes de la sensibilité et par conséquent de la pensée, dans les besoins, les instincts, les passions, le système nerveux des viscères. Je ne fais que signaler ce rapprochement; mais toujours montrera-t-il que dans les doctrines les plus opposées, chez Platon comme chez Aristote, chez Descartes comme chez Cabanis, la sensibilité la plus inférieure, la plus intimement liée aux organes, est venue, comme d’ellemême, prendre sa place naturelle, et qu’elle doit à plus forte raison ouvrir le programme psychologique de recherches où la physiologie a à jouer le principal rôle.
Je viens de prononcer le mot de programme, et en effet c’est à peine si j’oserais donner un autre nom à l’exposé que je vais faire des groupes des pouvoirs de la pensée, en vue desquels me semble devoir être tentée la recherche des conditions organiques de leur exercice. Cet exposé, je le donnerai bien moins encore comme mon œuvre; le germe en existe partout; on le trouverait notamment (on y trouverait beaucoup plus que cela) dans l’école écossaise et surtout dans son illustre chef. Reid a étendu aussi loin que possible l’étude de l’homme et de son intelligence. Il les a envisagés l’un et l’autre, si on pouvait le dire, par le dedans et par le dehors, in tus et extra. Il n’a même regardé ni comme inutile au succès de cette étude, ni comme injurieux pour notre espèce, de comparer souvent l’homme aux animaux. Aussi a-t-il admis chez lui des instincts animaux et même des instincts mécaniques d’action. On ne pouvait descendre plus bas, et il n’y
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avait pas de facultés dans lesquelles le corps et ses organes pussent apporter un plus gros appoint.
5 Ainsi appuyé sur Platon et Descartes, Aristote et Reid, fort de leurs communes idées sur les relations des facultés de lame et surtout de ses facultés inférieures avec les organes, on pourrait, ce me semble, attribuer un degré très-approché et très-suffisant de vérité à l’espèce de classification suivante, dont je parcourrai tout à l’heure les différents groupes.
D’une part une sensibilité interne, des sens internes, qui commencent aussi bas ou plutôt aussi profondément que possible, et qui, du sentiment général du moi et de l’existence, remontent, par les appétits, les besoins , les instincts, jusqu’aux affections, aux désirs et aux passions.
D’autre part, et en quelque sorte par une série parallèle, une sensibilité externe, qui ne peut partir de plus loin que les sens externes, et qui pénètre et remonte, par l’imagination et la mémoire, aux aptitudes intellectuelles, aux talents, enfin et surtout, sans toutefois se confondre avec elles, aux facultés les plus élevées de l’entendement proprement dit.
En haut enfin, et au-dessus de ce double ensemble, de ce double faisceau de facultés , les unissant encore davantage entre elles, les conciliant, quelquefois ks opposant l’une à l’autre, trop souvent aussi contrariée par elles, la volonté ou le moi.
Avant de parcourir, du point de vue de ces recbei cbes, ces divers groupes des facultés de 1 intelligence.
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je tiens à dire ou plutôt à répéter, que de ce point de vue précisément ces groupes ne sauraient avoir, à nos yeux, une égale importance. 11 est tel d’entre eux, et cela se voit à l’avance, à propos duquel on pourra bien n’avoir que peu de chose à dire des conditions corporelles de la pensée. Mais la discussion même de ce fait aura son utilité, ou plutôt sa nécessité. Détruire une erreur ou dissiper des préventions ou des prétentions, c’est encore rendre service à la vérité. Sans compter qu’il y a telle des erreurs dont je parle qui, indépendamment du nom sous lequel elle s’abrite, est, par son histoire, un chapitre intéressant de l’histoire de l’esprit humain. Enfin, comme dans cet esprit, dans ses facultés, dans ses instruments, tout se tient, ainsique cela a été longuement rappelé dans le premier chapitre de cet ouvrage, il ne serait pas possible, même du point de vue exclusivement physiologique, de séparer peu ou beaucoup une de ces facultés , un de ces groupes de facultés des autres, et à plus forte raison de le passer sous silence. Sous ce rapport encore il était nécessaire, non-seulement dans cet exposé, mais dans les recherches qui vont le suivre, de les rappeler, de les parcourir, et de les discuter tous.
FACULTÉS DE LA l'ENSÉE.
ARTICLE I
Premier groupe des faits et des pouvoirs de la pensée ; les besoins
et les appétits.
Du point de vue ici fondamental d'une relation plus ou moins étroite avec les fonctions corporelles, le premier ordre évidemment de faits et de pouvoirs psychologiques à déterminer ou plutôt à indiquer, ce sont ceux qu’on a désignés sous les noms de sens internes, de besoins, d’appétits, d’instincts viscéraux, et parmi lesquels viennent invariablement occuper la première place, les besoins de la respiration , de la faim , de la soif, l’appétit du sexe, le besoin de mouvement, etc...
C’est ce premier ordre de sens que représentait lame végétative, nutritive, irraisonnable de Platon, d’Aristote et de toute la philosophie ancienne, soit païenne soit chrétienne. C’est, nous l’avons vu, ce que Descartes appelait du nom de sens internes; ce que Cabanis désignait, d’une part, sous le nom de sens internes de l’alimentation, de la propagation, de l'amour maternel, d’autre part, sous celui d’instiucts viscéraux de conservation, de nutrition, de mouvement. Ce sont les principes mécaniques et les principes animaux d action de Huleheson et surtout de Reid; c’est-à-dire, d après ce dernier surtout, les mouvements instinctifs relatifs à la respiration, à l'alimentation, à l’équilibre, les besoins de la faim, de la soif, l’appétit du sexe, etc...
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11 est assurément impossible de ne pas voir qu’il y a là, dans ces instincts, ces appétits, ces besoins, des faits et des pouvoirs sensitifs, de l’espèce si l’on veut la plus inférieure, mais enfin un ordre bien déterminé de pouvoirs sensitifs, dont le mode le plus général et en quelque sorte l’essence est le plaisir et la douleur, dont la nature est, si l’on osait le dire, presque aussi corporelle que spirituelle, et qui, dans tous les cas, sont évidemment le lien qui unit les deux vies, la vie du corps et celle de l’esprit. Rechercher la nature, ou plutôt l’existence et les conditions de ce lien, sera un des premiers points de notre tâche. Tout ce que nous devons et pouvons dire ici d’une manière générale, c’est que chacun de ces besoins ou appétits a en commun avec les autres les deux caractères suivants : 1° une sensation particulière et sui generis , la sensation de la faim, de la soif, du besoin de respirer, du besoin de rapprochement des sexes, etc...; 2° l’existence ou plutôt l’appropriation d’un appareil organique, d’une certaine partie du corps à laquelle se rapporte cette sensation ou au moyen de laquelle s’exécute la fonction dont fait partie le besoin : l’estomac, la gorge pour la faim, la soif; le poumon, la poitrine pour le besoin de la respiration ; l’appareil sexuel pour l’instinct de même nom ; le système locomoteur pour le besoin de locomotion.
FACULTÉS DE LA PENSÉE
ARTICLE II
Deuxième groupe des faits et des pouvoirs de la pensée ; les alTertions et les passions.
Un second groupe de pouvoirs de la pensée, dont les connexions avec le groupe précédent des besoins et des appétits n’échappent, à personne, ce sont les affections et les passions. Ce n’est pas que les passions n'aient aussi des connexions, quelquefois même très-étroites, avec les autres facultés de la pensée et plus particulièrement avec les penchants et les aptitudes. C est là, pour le redire encore, un des résultats inévitables de l’indétermination naturelle de ces facultés; et cette indéteimination, qu’on veuille bien aussi ne pas l’oublier, est une des conditions de ces études et leur plus grande difficulté. Toutefois, si parmi les groupes de pouvoirs de la pensée, il en est de mieux déterminés que celui des passions, il n’en est point qui puissent nous etie mieux connus. A cet égard, malheureusement, nous sommes trop souvent pour nous-memes un sujet d études, et nous pouvons apprendre à nos dépens quelles éttoite;relations ces affections de notre àme ont avec uotie corps et ses organes. Ces relations, en effet, et leui;tumultueux résultats , c’est là ce qui constitue les passions; c’est là ce qui en elles met en opposition, en lutte, la partie en quelque sorte inférieure de l’âme avec
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son autre partie, sa partie supérieure, l’intelligence proprement dite. L’âme delà concupiscence, le démon de la chair , telles sont, entre autres dénominations, les dénominations significatives qui, chez les philosophes et les Pères, résument, en quelque sorte, les passions, et les représentent. Cette chair, ce siège, cette condition organique des passions a , comme nous le verrons , beaucoup occupé les physiologistes et les philosophes. Descartes fait des passions un deuxième sens intérieur, qu’il met sur la même ligne que le premier, lequel est constitué , comme nous l’avons vu , par les appétits naturels. A ce sens intérieur des passions il donne plus particulièrement pour organe un petit nerf, dit-il, qui va vers le cœur , en compagnie de ceux du diaphragme et des autres parties intérieures. Nous aurons à parler de ce petit nerf, ainsi que de la théorie des esprits animaux, où il joue, bien entendu, son rôle. Pour le moment, ce que prouvent le rôle et la théorie, ainsique d'autres opinions que nous aurons à exposer, c’est que les rapports des passions avec les organes et certains organes, rapports de causalité, de dépendance ou d’influence, sont et ont toujours été chose évidente pour tous, chose admise par tous, j’ajoute la chose à déterminer par nous. Assurément aussi, et tout ‘cela nous chercherons également à le déterminer, parmi les passions il y en a dont le calme, celui de l’admiration, par exemple, semble, suivant une autre remarque de Descartes, supposer à peine quelque impulsion ou quelque impression corporelle, plus forte au moins que celle
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qu’implique l’exercice de la plus intellectuelle des facultés de l’entendement. Il y en a d’autres, et je n’ai pas besoin de nommer la colère, qui offrent un caractère opposé et dont les mouvements supposent des solidarités corporelles plus intimes et plus profondes. Sui tout cela, sur ces différences, je n’ai rien de plus a dire en ce moment. Je me borne à des indications en même temps qu’à des divisions générales. Je désire qu’on en pressente la vérité. La démonstration ne pourra venir, pour les passions comme pour les autres groupes des pouvoirs de la pensée, que dans la recherche et la détermination des relations détaillées de ces groupe? ave( les conditions physiologiques en vue desquelles Us ont été établis.
ARTICLE III
Troisième groupe des faits et des pouvoirs de la pensée : les sens externes.
De même cpte des profondeurs du corps, de sa légion moyenne, comme dirait Platon, parviennent et s’unissent en quelque sorte à l’entendement proprement dit , ces deux ordres de pouvoirs sensitifs, les appétits et les passions, de même de la surface du corps et presque de son extérieur, y parvient et s’y unit, par une voie pai allèle, un autre grand ordre, un troisième ordre de pouvoirs sensitifs, les pouvoirs sensitifs par excellence, les sens externes. Certes , s’il y au monde, dans le monde
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de la psychologie, un ordre déterminé de pouvoirs ou de facultés, c’est bien cet ordre-là, et la détermination à en faire, du point de vue de ces recherches , pourrait se restreindre à cette assertion. Ce groupe, comme le dit Maine de Biran ', c’est la vue même qui le crée et le délimite, et qu’y a-t-il de plus sûr et de plus clair que la vue, pour peu qu’on ne prenne pas plaisir, en fermant les yeux, à vivre et à penser dans les ténèbres? Qu’y a-t-il de plus clair que les rapports de ce groupe de pouvoirs sensitifs avec l’organisation, le corps? C’est à ce point que le mot sens désigne à: la fois et l’esprit qui sent dans le sens, et l’appareil sans lequel il n’y a pas de sensibilité. Toutefois , comme on le pressent bien , nous ne bornerons pas , loin de là , à ces indications la physiologie de la sensibilité externe. Elle constituera, au contraire, une partie importante de ces recherches.
ARTICLE IV
Qualrièine groupe des (ails et des pouvoirs de la pensée ; l'imagination
et la mémoire.
Ces sens dont on voit et touche les organes, dont on voit et touche les nerfs, dont on voit et touche le lien avec le cerveau, ces sens ont été les conditions exté-
i . Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l'homme, p: 53.
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Heures de la sensation et de la perception. Mais après et par delà la sensation et la perception, qu’est-ce qui se produit dans l’àme et simultanément dans le cerveau? Qu’est-ce qui s’y produit spontanément, automatiquement, souvent à l’insu de l’âme, ou contre sa volonté, dans la veille, dans le sommeil, dans le délire ? Qu’est-ce qui fournit aux actes les plus élevés de 1 entendement et de la volonté leurs occasions, leur matière? A ces questions il ne saurait y avoir qu’une réponse. Ce qui se produit dans 1 ame à la suite et pai suite des sensations, ce qui est 1 aliment en qu-lque sorte de l’entendement et de la volonté, ce sont les actes ou les mouvements, soit intellectuels, soit cérébraux, de l’imagination et de la mémoire, du cœnestesis , du sensorium commune , des philosophes grecs et latins. Ce réservoir des espèces, espèces spirituelles, espèces matérielles, ces figures qui, au dire de Descartes, se tracent dans les esprits de la glande pinéale, où les considère l’âme raisonnable ces conditions organiques, en un mot, des images et des souvenirs ou des facultés qui leur sont corrélatives, tout cela constitue, certainement, dans des recherches sur la physiologie de la pensée, un quatrième groupe, et des plus naturels, de faits et de pouvoirs psychologiques. Sous le titre de l’imagination et de la mémoire, et dans ses deux aspects de l’esprit et de la matière, ce groupe égaleia en
1. ne l'homme, p. 398 du t. IV de l’édïj. des œuvres de Descartes, de M. Cousin.
FACULTÉS DE LA PENSÉE
détermination ceux que nous avons déjà parcourus, et surpassera malheureusement ceux qui vont suivre.
ARTICLE V
Cinquième groupe des faits et des pouvoirs de la pensée ; les aptitudes intellectuelles.
Le premier groupe, en effet, qui se présente, comprendra ces aptitudes intellectuelles , titre général , ou plutôt source générale et multiple des diverses sortes et des divers degrés d’aptitude, de talent, de génie, que se partagent et quelquefois se disputent les lettres, les arts, les sciences, toutes les carrières où s’exerce l’esprit humain. Ces aptitudes, sous un nom ou sous un autre, ont toujours tenu leur place dans les systèmes de psychologie. Elles en occupent une considérable dans celui de l’école écossaise, plus considérable encore dans ceux de Gall, de Spurzheim et de quelques autres philosophes de plus en plus modernes ; et cette place, ce serait en vain qu’on la leur disputerait. Elles sont au côté intellectuel de la pensée ce que sont à son côté moral les affections et les passions, capables même, comme ces dernières, de revêtir un caractère d’ardente activité qui fasse d’elles de véritables passions. On ne peut donc leur contester ni leur existence dans l’intelligence, ni leur droit à figurer dans les classifications qui en sont faites, pas plus qu’on ne peut contester l’existence du
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lalent et du génie, celle des hommes qui, à tous les degrés, en sont la vivante expression.
Ce que l’on peut contester aux aptitudes intellectuelles, c’est, si l’on peut ainsi dire, leur place précise dans l’intelligence et leur rang dans le système de ses facultés; ce sont leur nature, leur principe, leurs relations avec les autres pouvoirs de la pensée. Ce qui peut soulever les difficultés et les divergences, ce sont les occasions de leur développement, quelquefois de leur amoindrissement et même de leur extinction. C’est au sujet de ces facultés qu’on peut surtout se poser les problèmes de l’innéité, de l’éducation, du hasard, des influences soit matérielles, soit morales, venues du dedans ou du dehors. C’est à propos de ces aptitudes, plus peut-être qu’à propos de toute autre partie de notre nature morale, qu’on peut se souvenir de cette pensée de Pascal, si l’habitude est, comme on le dit, une seconde nature, ou la nature üne première habitude, et quelle sorte d’habitude. Toutes ces questions et plusieurs autres qui s’y rattachent, je ne peux faire ici que les indiquer; elles seront discutées plus tard. Elles le seront, bien entendu, en regard de la question des conditions organiques, auxquelles, de près ou de loin, peuvent se rattacher l’existence, le déAeloppement , l’exercice enfin de ces propensions intellectuelles. 11 serait difficile, au reste, de ne pas voir à 1 avance et du premier coup d’œil, tout ce que de telles propensions doivent présenter de rapports avec les facultés et les organes des sens, avec les facultés et les conditions
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organiques de l’imagination et de la mémoire, eniin. et à certains points de vue, avec les affections et les passions.
ARTICLE VI
Sixième groupe des fails et des pouvoirs de la pensée ; l'entendement ou les facultés intellecluelles proprement dites.
Au delà des sens et de leurs organes, au delà de la mémoire, de l’imagination, des aptitudes intellectuelles et de leurs organes, se présentent, j’ai à peine besoin de les nommer, l'entendement proprement dit et ses facultés. Ces facultés, par suite des emprunts que nous leur avons faits au profit des groupes qui précèdent, se réduiront, dans notre programme, à un petit nombre, que résument ou représentent le jugement, la réflexion, la raison. Pas plus que les facultés les plus inférieures, elles n’échappent aux lois de l’union de l’esprit avec le corps, de la pensée avec la vie. C’est sous ce rapport qu’on peut dire qu’elles ont pour condition générale le corps tout entier, et que l’intégrité, la santé de ce corps sont nécessaires à leur exercice : Mens sana in corpore sano. Ce que l’on peut dire plus particulièrement, c’est qu’elles ont ou au moins peuvent avoir, pour conditions plus prochaines de cet exercice, certains organes particuliers, que nous pouvons bien nommer à l’avance, le cerveau et ses dépendances. C’est ce dernier fait surtout, qui, à l’article de ces facultés, sera l’objet de noire
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discussion et de nos recherches. Nous devrons y établir ce qu’on peut ou ne peut pas savoir des rapports de l’entendement proprement dit avec 1 organisme nerveux, rapports qu’on peut concevoir de deux manières, soit directement, c’est-à-dire de l’entendement même à l’organe, soit par l’intermédiaire des facultés intérieures de la pensée, les sens, l’imagination et la mémoire. Pour montrer que de ces deux modes de rapports le premiei même peut être discuté, disons tout de suite, mais en un mot, que non-seulement jadis, mais hier, des physiologistes, sinon des philosophes, ont affecté à l’entendement proprement dit, comme son instrument immédiat, soit telles ou telles parties du cerveau, soit telles ou telles de ses formes particulières, soit telle ou telle de ses substances. Nous n’avons pas à exprimer ici ce que nous pensons de la valeur de ces affectations, et même de leur possibilité. Nous en dirions trop ou trop peu, et il faut laisser à chaque discussion, quel qu’en doive être le résultat, sa place et ses proportions.
ARTICLE VII
Septième groupe des laits et des pouvoirs de la pensée; la volonté.
Ce que nous venons de dire de 1 entendement, c està-dire de la nécessité de rechercher, a tout événement, les conditions organiques de son action, nous le diron? davantage encore de la volonté. L entendement comprend plusieurs facultés, qui rentrent les unes dans les
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autres et qui ne sont rigoureusement les mêmes pour aucun philosophe. Il n’en est pas de même de la volonté. Il n’y a qu’une volonté, une faculté de la volonté. En vain ferait-on remarquer qu’il y a des philosophes, philosophes surtout modernes, qui, agrandissant et exagérant le domaine de la volonté, lui attribuent de l’entendement tout ce qu’ils peuvent lui en attribuer. Qu’on accroisse ainsi, ou qu’on restreigne dans ses vraies limites l’empire de la volonté, toujours est-il qu’on en maintient l’unité. Or, c’est en regard de cette unité, condition, en tout état de cause, favorable, qu’il s’agira de déterminer ce qu’on peut ou ne peut pas savoir des rapports surtout immédiats à établir entre la volonté et l’organisme, et si même de tels rapports sont possibles. Dans tous les cas, nous pouvons le dire à l’avance, nous ne nous croirons pas, sur ce point, aussi savant que se croyait Descartes. Nous n’oserions pas, à son exemple, asseoir l’âme et sa volonté sur ce petit point, si déterminé, du cerveau, qu’on nomme la glande pinéale. Nous ne dirons pas avec lui que toute l’action de l’âme consiste en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande, à qui elle est étroitement jointe, se meut en la façon qui est requise pour produire l’effet qui se rapporte à cette volonté 1 ; que, lorsque l’âme veut se souvenir de quelque chose, cette volonté fait que la glande, se penchant successivement vers divers côtés, pousse les esprits vers divers endroits
t. Les passions de l’âme, art. xli.
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du cerveau, jusqu’à ce qu’ils rencontrent celui ou sont les traces que l’objet dont on veut se souvenir y a laissées 1 2 ; que quand, enfin, on veut imaginer quelque chose qu’on n’a jamais vu, cette volontés, la force de faire que la glande se meut en la façon qui est requis'pour pousser les esprits vers les pores du cerveau par l’ouverture desquels cette chose peut être représentée *.
Nous regrettons de ne pouvoir, avec Descai tes, émettre toutes ces assertions et bien d’autres de même nature. Nous l’avouons, nous n’en savons pas si long suri âme ou la volonté et son siège, c’est-à-dire sur les conditions organiques de son exercice. Nous croyons mêmt qu’on n’en peut pas autant savoir , et nous aurons a donner en son lieu les raisons de cette ignorance ou de cette impossibilité. Nous pensons qu il y aura dam cet aveu et dans ce que nous dirons à 1 appui, autan; de philosophie et même de physiologie que dans ces opinions si peu raisonnées et si peu raisonnables, que se sont permises à l’envi la philosophie et la physiologie.
Tel est , sans trop et sans trop peu de mots , nous le pensons au moins, le plan que nous nous sommes tiacé, pour ces recherches sur la physiologie de la pensée, h groupes, évidemment naturels, d après lesquels elles se divisent. La légitimité de ces groupes sera mieux établie