‹ Physiologie de la penséeChapitre 15 sur 51 · De dign ., IV · texte numérisé non relu

De dign ., IV

gg rapports de la vie

la sensation qui se rattache à l’acte respiratoire, je ne dis pas seulement au mouvement des côtes, mais à 1 inspiration et à l’expiration de l’air ; celle qui résulte de l’ingestion des. aliments, depuis leur entrée dans la bouche jusqu’à leur chute dans l’estomac, et diverses autres

sensations de même ordre.

Indépendamment de ces sensations habituelles et constantes, auxquelles donnent lieu les acte: de la Aie intérieure on végétative, cette même vie en présente d’autres qui, bien qu’elles ne soient ni constantes, ni habituelles, ou précisément parce qu’au lieu d’avoir ces caractères elles sont accidentelles et même rares, n’en ont que plus d’importance dans la question qui nous occupe. Je veux parler de ces sensations qui s’éveillent, ou peut-être se réveillent , dans des organes ou des fonctions de la vie végétative où dans l’état ordinaire il ne s’en manifeste pas, sensations accidentelles ou adventices, sur lesquelles s’est beaucoup appuyé Bichat pour sa doctrine de la sensibilité, et dont on peut s appuver au moins pour la recherche des l’apports de la vie à la pensée. Tout le monde sait, en effet, que soit et le plus souvent dans l’état de maladie, soit aussi dam 1 état de santé, il se produit ou se trahit, dans les profondeurs de l'économie vivante, de ces éclats de sensibilité qui ont quelquefois une longue durée et peuvent même devenu habituels. Maine de Birau l’avait remarqué et l’avait remarqué d’après lui-même, lui qui pourtant avait si nettement séparé la vie obscure et muette du corps de la vie lumineuse et bruyante de l’âme. « Il est des hommes, dit-il.

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dune certaine organisation ou tempérament, qui se trouvent sans cesse ramenés au dedans d’eux-mêmes par des impressions affectives d’un ordre particulier, assez vives pour attirer l’attention de l’âme. De tels hommes entendent, pour ainsi dire, crier les ressorts de leur machine ; ils les sentent se monter ou se détendre, tandis que les idées se succèdent, s’arrêtent et semblent se mouvoir du même branle »

Enfin, de ce phénomène si remarquable de la vie qui se fait sensible , on a rapproché cet autre phénomène , non moins important, de la pensée qui se fait en quelque sorte vitale, c’est-à-dire automatique et sans conscience, par suite des lois de l’habitude. On sait qu’en vertu de ces lois, il est une foule d’actes de notre intelligence, on pourrait même dire qu’ils sont presque tous dans ce cas, qui perdent complètement leur caractère primitif de réflexion , de conscience , de sensation même, pour prendre celui de l’acte le plus machinal et le plus inaperçu de la vie organique. L’âme, ou son attention, semble s’être retirée de ses actes, ou plutôt elle s’en est réellement retirée, et ces actes, ces fonctions, comme celles de la vie organique, ne s’en exécutent qu’avec une perfection plus grande. Qu’une circonstance imprévue, un obstacle physique ou moral intervienne , et empêche ou seulement gêne cet accomplissement, à l’instant même la fonction, le mouvement

1. Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral, p. 1 18.

70 RAPPORTS de la vie

s’arrête, l’attention s’éveille, l’âme sort comme d une sorte de sommeil; on dirait quelle accourt pour reprendre les rênes, et elle ne les reprend pas toujours a

son honneur.

Les faits de diverses sortes que je viens de rappelei commandaient l’attention des philosophes, de ceux au moins qui, dans l’étude de l’homme, ont particulièrement recherché les points de contact, sinon d’union, de nos deux natures et le moyen de se les représenter. Aussi ne faut-il pas s’étonner des efforts, souvent infructueux il est vrai, qu’ont tentés pour se rendre compte de ces faits ou pour les comprendre dans leur doctrine, un grand nombre de philosophes et de ph\ biologistes, plus ou moins à la fois l’un et 1 autre, philosophes et physiologistes, pour ne parler que des plus grands, dont le premier en date est Aristote, et le dernier, à peu près, Cabanis.

Personne n’ignore que pour Aristote 1 âme n était pas autre chose, en définitive, que le principe de vie, l’âme qui fait à la fois vivre, sentir et penser. Des quatre parties principales qu’il admettait dans l’âme, l’âme nutritive, ou âme de la conservation corporelle, delà vie, n’était pas pour lui la moins importante. C est d elle qu’il partait pour remonter aux autres âmes, et il n est jamais parvenu à remonter assez haut. Au moins, n a t-il pas autant pris de peine pour essa^ei de donner à l’âme de la pensée, au voue, une immortalité douteuse, que pour confondre avec le corps le <tuy^(, 1 âme dt la vie et de la sensation.

A LA PENSÉE

Stahl, qui du point de vue de l’étude de l’âme et de ses relations avec le corps, n’est, pour ainsi dire, que la contre-partie d’Aristote, commence au contraire par affirmer et affermir l’âme de la pensée , l’âme immortelle; puis il la fait descendre dans les profondeurs du corps et jusque dans les plus secrètes, pour y être le principe, d’une part, de cette direction si intelligente des actes de la vie végétative, d’autre part, de ces sensations soit permanentes , soit accidentelles, que nous y avons signalées.

Ce sont ces sensations accidentelles, mais si fréquentes, de la vie de nutrition, dont s’est surtout appuyé Bichat pour établir que la sensibilité, si elle est de deux espèces, ou plutôt de deux degrés, n’a qu’une • seule nature, tantôt obscure et inaperçue, tantôt éclatante et réfléchie , et pour faire de cette propriété le point de contact on d’union des deux vies. Sauf la conversion de la propriété en substance, sauf, en d’autres termes, la déclaration d’animisme, c’est bien, au fond, la même idée que celle de Stahl , la direction de la personne humaine, corps et esprit, attribuée à un seul principe.

Cabanis va beaucoup plus loin que Bichat, et rien de plus net que son dogmatisme. Pour lui, non-seulement vivre n’est pas autre chose que sentir et toujours sentir, mais penser ce n’est encore que sentir. Pour lui ce n’est plus, comme pour Stahl, la pensée qui, descendant dans le corps, y devient de la sensibilité et de la vie, c’est la vie qui est essentiellement de la sensibilité, et en remontant devient de la pensée. Ainsi se trouvent

établis, suivant lui, les rapports du physique et du moral, ou de la vie et de la pensée ; ou plutôt il n’y a pas de semblables rapports. Il n’existe qu’une seule substance, une seule manière d’être, un seul principe. La vie et la pensée ou la sensibilité ne font qu’un.

Une manière bien différente d envisager ces rapports et de distinguer ces principes, manière qui a un giand nom et qui tient une grande place dans la science de l’homme, est celle de l’école de Montpellier et de son plus illustre représentant, Barthez. Elle est en outre, chez Barthez au moins, un curieux exemple de ce que peut devenir, à un moment donné, une doctrine devant

les faits qui la contredisent.

J’ai à peine besoin de rappeler que cette école et Baithez en tête attribuent à l’âme toutes les manifestation? intellectuelles ou qui ont lieu dans la personne humaine avec sentiment et conscience et pour la haute direction du corps, rapportant à un principe distinct de l'âme, le principe vital , les fonctions corporelles, vitales, qui s’accomplissent sans sentiment , sans conscience et pour la conservation du corps. Barthez a écrit de sentencieuses pages sur ce sujet et cette distinction, on le croirait bien sûr de ce qu’il affirme. 11 est piobable pourtant qu’il l’était moins qu il n en avait lair, ou que pour lui, comme pour tous, le sujet était difficile. Yoici en effet ce qu’on lit dans Barthez lui -même, et ce? citations, presque prises au hasard, auraient pu être accompagnées de beaucoup d’autres.

« Si ce principe vital n’est qu’une faculté unie au

A LA PENSÉE

corps vivant, il est certain qu’à la destruction du corps, il rentre dans le système des forces de la nature universelle.

« S’il est un être distinct du corps et de l’âme , il peut périr lors de l’extinction de ses forces dans le corps qu’il anime; mais il peut aussi passer dans d’autres corps humains et les vivifier par une sorte de métempsycose

« Il me paraît qu’on ne peut s’empêcher de distinguer le principe vital de l’homme d’avec son âme pensante. Cette distinction est essentielle, soit qu’on imagine que ces deux principes existent par eux-mêmes ou sont des substances; soit qu’on suppose qu’ils existent comme des attributs ou des modifications d’une seule et même substance, qu’il est indifférent qu’on veuille appeler âme 1 2. »

Il était nécessaire de citer textuellement ces passages, dont les contradictions et les incertitudes en disent plus que tous les commentaires. Ce principe vital, qui est ou n’est pas un attribut ou une substance ; qui peut survivre au corps ou mourir avec lui, ou même aller animer d’autres corps par une sorte de métempsycose; qui d’un autre côté peut indifféremment faire ou ne pas faire partie de l’âme; cette âme par conséquent, qui peut, à la place du principe vital, ou au moins par

1 . Nouveaux éléments de la science de l’homme, ch. xx, 2e sect., art. 1.

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