Ibid , p
contractions musculaires et la propriété de ressentir les impressions.
« Ce n’est dans aucune de ces parties que réside la perception. Il ne reste donc plus à la chercher que dans les parties que nous n’avons pas encore vues, c’est-àdire dans les lobes cérébraux et le cervelet »
Nous pourrions beaucoup multiplier ces citations; *nous y retrouverions toujours la même erreur de distinction, la même rectification vicieuse, que Cuvier ne demandait pas la même contradiction, il faut bien le dire, entre la doctrine de la première édition et celle de la seconde, sur le rôle du cerveau dans la sensation, et même dans la sensation instinctive. Cuvier avait bien vu et le disait, que ce n’est ni dans le nerf, ni dans la moelle, que se passe le fait suprême et essentiel de la sensation, c’est-à-dire la conscience simultanée de cette manière d’être et du moi, conscience sans laquelle la sensation ne serait pas. Et c’est ce que M. Flourens luimême avait mieux vu et mieux dit dans la première édition de son livre que dans la seconde, quand il faisait des hémisphères cérébraux le siège ou l’organe' définitif des sensations, des instincts, de l’intelligence et de la volonté. La perception, un certain degré de perception, est inséparable de la sensation ; M. Flourens le sait aussi bien que personne ; il est trop exact philosophe pour qu’il en soit autrement; mais les rectifica-
1. Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, 2e édit., p. 2b’.
tions de sa seconde édition l’expriment mal. Si l’on voulait les prendre au pied de la lettre, c’est-à-dire dans une distinction absolue de la sensation et de la perception, et de leurs conditions nerveuses ou encéphaliques, voici ce qui en résulterait : deux ordres de sensations, les unes bornées dans leurs conditions physiologiques aux nerfs, aux organes des sens, aux moelles, non perçues, c’est-à-dire nulles et impossibles, je n’ai pas besoin de le répéter; les autres reçues et perçues dans le cerveau , ce centre unique de perception : d’où par conséquent deux centres de perception , deux moi , ayant chacun leur organe, et par cela même encore plus incompréhensibles et plus faux que les deux moi , 1 un tout nerveux, l’autre tout spirituel, admis par Maine de Biran .
En faisant et en discutant toutes les citations qui précèdent au sujet de la chose et du mot de sensibilité, je n’ai pas eu l’intention, que j’appellerais presque de mauvais goût, de chercher à mettre en contradiction soit avec eux-mêmes, soit avec les données de la science, ici d’accord avec celles du sens commun et du langage ordinaire, les hommes éminents auxquels je les ai empruntées, et qui m’ont fourni en outre, tant de faits précieux, éléments indispensables de tout travail sur ces matières. J’aurais cru méconnaître ainsi les secours que je leur dois, et ce qu’ils ont fait pour la science physiologique. J’ai eu un but plus élevé et plus utile ; j’ai voulu montrer par là les dangers qu’il y a en toute chose, et surtout en psychologie, soit pure, soit appliquée, à ne
pas bien se rendre compte des mots qu’on emploie; j ai voulu faire toucher du doigt les difficultés particulières du sujet de la sensibilité ; j’ai voulu préparer ainsi la position de la question, et faire entrevoir à l’avance qu’elle a plusieurs termes, plusieurs termes nécessaires, qu’il s’agit, si on veut la résoudre, de mettre en corrélation, en équation et surtout en harmonie.
Dans un acte de sensibilité, dans l’acte le plus simple de sensibilité (et les besoins sont dans ce cas, car il ne faut pas perdre de vue notre sujet), dans la sensation d’un contact extérieur, qu’est-ce qui se passe en nous, et cela dans un instant indivisible, avec la rapidité de la foudre? ces deux choses : la conscience particulière, quelque obscure qu’elle puisse être , d’une manière d’être spéciale, rapportée par notre moi à un lieu déterminé du corps ; la conscience générale, qu’à cette occasion ce moi a de lui-même; rapportant en définitive, s’il lui fallait les rapporter quelque part, au cerveau, à la tête, le siège ou la condition de cette double perception. Tout cela, encore une fois ensemble, dans un instant indivisible, où sensation et perception, conscience particulière et conscience générale, se confondent, n’existant l’une qu’à la condition de l’autre, non comme deux phases, mais comme deux faces, si cela pouvait se dire, du même fait psychologique.
Que si maintenant, car c’est là notre but, on recherche de ce fait psychologique les conditions physiologiques, voici ce que disent, de près ou de loin, implicitement ou explicitement , les diverses parties de la
science de l’homme, l’anatomie, la physiologie, soit ordinaire, soit expérimentale, la pathologie aussi, soit ordinaire, soit mentale; tout ce quelles disent, mais rien que ce qu’elles disent, et ce qu’on peut tirer et conclure de la combinaison de leurs dires.
La nappe, la surface nerveuse du point du corps où est rapportée la sensation, est une condition en général indispensable de la manifestation de cette sensation.
11 en est de même des cordons nerveux qui rattachent cette nappe nerveuse à la moelle épinière.
Il en est de même de cette moelle épinière.
Il en est de même enfin du cerveau.
Toutefois , il est nécessaire de dire que la physiologie expérimentale et la pathologie, la pathologie par exemple des monstruosités, ont semblé montrer que soit chez les animaux, soit même dans l’espèce humaine, peuvent en l’absence des hémisphères cérébraux, et en vertu de la seule action de la moelle épinière et des nerfs, se produire des sensations, de vraies sensations, à en juger au moins par toutes les circonstances du fait.
Il est encore plus nécessaire de rappeler, parce que cela est beaucoup plus certain et beaucoup plus général, qu’en l’absence soit anatomique, soit si l’on peut ainsi dire physiologique des nerfs et des organes des sens, les centres nerveux, le cerveau surtout, peuvent être la seule condition organique de vraies sensations, c’est-à-dire de sensations absolument de même nature et de même intensité que celles qui ont pour point de
départ une excitation extérieure. A cet égard, il suffit de rappeler, pour ceux qui l’auraient oublié, ou seraient peu familiarisés avec l’ensemble de ces matières, les faits des sensations si vives des songes, quand tous les sens sont fermés et dorment, soustraits à toute action du dehors ; les faits d’hallucinations, ces songes si extraordinaires de l’état de veille, où le cerveau est la seule condition physiologique de l’impression et de la sensation, hallucinations où souvent même se reproduisent, comme déjà le remarquait Descartes ', des sensations qui se rapportent à un sens, à un membre depuis longtemps détruit.
Ce qu’il faut conclure, ou, si l’on veut, exprimer de ceci, c est qu’il y a réellement des cas, exceptionnels, il est à peine besoin de le dire, où la sensation a pour condition organique suffisante, tantôt les nerfs et la moelle qui leur donne naissance, tantôt et plus certainement les hémisphères cérébraux.
Ce qu il faut en conclure surtout et comme conclusion générale, s’appliquant au cours régulier et habituel des choses, c’est que, dans les animaux supérieurs et plus particulièrement dans l’homme dont il est ici exclusivement question, la triple condition de la sensa-
1. Les principes de la Philosophie, IVe partie, §§ 196 et 197. — Descartes cite, daus le premier de ces paragraphes, l’histoire d’une jeune fille à qui l’on avait amputé le bras, et qûi , dit-il,
« ne laissait pas d’avoir diverses douleurs qu’elle pensait être dans la main qu’elle n’avait plu3, et de se plaindre de ce quelle sentait tantôt en l’un de ses doigts et tantôt en l’autre. »
tion, c’est la surface ou la terminaison nerveuse, le cordon nerveux (nerf ou moelle), enfin le centre nerveux cérébral ; et s’il y avait quelque préférence à accorder à une de ces trois conditions, comme condition suprême et sine quâ non de la sensation, comme condition de perception, cette préférence devrait avoir pour objet les hémisphères cérébraux, ainsi que le montre, d accord avec le sens commun, ordinaire et physiologique, le triple fait des sensations dans les songes, dans les hallucinations, et dans les cas de mutilations ou d’ablations de sens.
Mais encore une fois, dans le cours régulier des choses, il n’y a rien à préférer dans ces trois ou quatre conditions organiques nerveuses du fait multiple et un de la sensation. Le moi use de toutes ces conditions sans préférence, en même temps et d’un seul coup, et ce coup a une rapidité, une instantanéité dont aucune rapidité physique ne peut donner une idée. Impression, transmission , sensation , perception , toutes expressions qu’on a dù employer pour décomposer le phénomène, mais qu il faut effacer pour le reconstituer et le voir dans sa vraie vérité. Loin de nous l’idée de venir.en aide à une détermination physiologique par une image philosophique. Pourquoi néanmoins ne dirions-nous pas que, plus d’une fois, en cherchant à nous représenter 1 ensemble de l’acte sensitif, nous nous sommes rappelé ces pages admirables du Phédon, où Socrate, sur le point d aller s’assurer de la vérité de sa démonstration, démontre à ses amis en larmes que ce n’est point une vaine et pé-
rissable harmonie, mais une âme substantielle et immortelle, qui parcourt et fait vibrer les cordes de la lyre humaine? Plus d’une fois cette démonstration s’est présentée à notre esprit sous la forme d’une image appbcable à la sensation, à ses éléments et à ses conditions organiques. Cette lyre de la sensibilité, ce sont les centres nerveux et les cordons nerveux qui en procèdent, et c’est sur ces cordes organiques, que, d’un seul jet, d’un seul éclair, le moi fait jaillir à la fois et perçoit la sensation. Ainsi il n’y a plus à parler de nerfs, de moelles qui sentent ou ne sentent pas, de cerveau qui sent ou perçoit. Il y a des nerfs, des moelles, un cerveau, conditions simultanées de la sensation, de l’action ou de la passion de l’esprit dans la sensation, conditions qui peuvent se modifier un peu, se restreindre ou même s’étendre, suivant les conditions physiologiques et psychologiques de la personne humaine, mais qui, en somme, restent telles que j’ai cherché à les définir et à les déterminer.
Nous venons de parler longuement de la sensibilité et de ses conditions organiques, et il semble que depuis longtemps nous n’ayons rien dit du besoin de la respiration et de sa physiologie. Aurions-nous à ce point perdu de vue notre sujet? Nous serions-nous à ce point égarés?
Il s’en faut tant qu’il en soit ainsi, que, par ce que nous venons de dire , la détermination ou l’expression de ces conditions organiques dubesoinde la respiration se trouve à peu près accomplie. De quoi venons-nous de traiter? de la sensibilité. Qu’est-ce que le besoin respi-
ratoire ? Le premier, soit par ordre de date et d’importance, soit par sa nature, aussi vitale que sensitive, de tous les actes de la sensibilité. Il est clair, à priori, que tout ce que nous venons de dire en général des conditions physiologiques générales de la sensibilité doit s appliquer à la sensibüité respiratoire. Ces conditions, nous les connaissons ; ce sont les surfaces nerveuses, les plexus et les cordons nerveux pulmonaires, dont nous n’avons plus à redire les noms, les points de la moelle épinière d’où naissent ces cordons et plexus, le point de là moelle allongée qui fait surtout respirer, parce qu’il fait surtout vivre, enfin le cerveau proprement dit, organe capital de toute sensation, parce qu’il l’est de toute perception.
Sur cette harpe respiratoire, pour nous rappeler une dernière fois Platon et sa harpe éolienne dé l’âme, le moi sent, perçoit et veut le besoin et l’acte respiratoire ; il procède à tout cela en même temps, comme à tous les actes de sensibilité , par les nerfs, par la moelle, pai le cerveau. Et qu’on ne vienne pas dire qu’il y a un point de la moelle allongée, à l’origine de la huitième paire, pai lequel exclusivement s’accomplit le fait, parce que, ce point détruit, l’animal cesse à l’instant de respirer. Il y a de bonnes raisons à cela ; l’animal ne respire plus, comme il ne sent plus, comme il ne remue plus, parce que, comme le ditRolando, on a détruit, d’un seul coup, toute influence nerveuse sur les viscères et les organes de tout le corps, en d’autres termes parce qu’on l’a tué'.
1 . Saggio soprà la vera slruttura del cervcllo è soprà le fvnzionifiel sistema nervoso, Torino, 1828, t. II, p. 118 et sui\.
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Mais tant qu’il vit, cet animal, tant qu’on ne l’a pas ainsi mis à mort, on a eu beau détruire, ou au moins altérer, dans de certaines proportions, les autres conditions nerveuses de la respiration, soit les nerfs pulmonaires, soit une partie de la moelle épinière ou du cerveau, il reste toujours quelque chose du besoin, de l’idée et de la volonté de respirer. Remarquable exemple de cette triple activité du moi à laquelle ne déroge aucun de ses actes; pas même 1 acte, le besoin, le plus vital, le plus corporel peut-être de tous, le plus nécessité sans aucun doute. Ce besoin n’est pas seulement une sensation, un acte de sensibilité; il est tout autant et par cela même un acte de perception , c’est-à-dire d’intelligence ; il est aussi, au moins dans de certaines limites, un acte de volonté. Et voilà pourquoi, pour le redire une dernière fois, ses conditions organiques sont toutes les conditions de la sensibilité, de l’entendement et de la volonté : les nerfs, les cordons médullaires, et le centre cérébral.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire du premier de tous les besoins, le besoin respiratoire, et de ses conditions physiologiques. Nous traiterons, dans les chapitres suivants, de la physiologie des trois ou quatre autres principaux besoins ou appétits, soit ceux qui tiennent encore à la vie intérieure ou de nutrition, soit ceux qui se rapportent à la vie extérieure et de mouvement. Mais nous aurons à le faire dans des proportions beaucoup moindres et pourtant tout aussi complètes que celles que nous avons données à notre recherche des conditions organiques du besoin de la respiration. Ce
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que nous venons de dire, en effet, de la physiologie de ce dernier besoin nous dispensera, pour plus de moitié, de ce que, sans cela, il nous eût fallu dire de la ph\ biologie des besoins qui nous restent à examiner. Nous pourrons aussi tirer delà quelque utilité analogue, pour remplir avec plus de concision certaines autres parties, et les plus élevées, du cadre de ce travail. Dans ces parties. comme dans celles qui ont pour objet les besoins, ce ne sont pas seulement la méthode, les principes, qui restent les mêmes. Les faits aussi, c’est-à-dire les relations des phénomènes psychologiques aux conditions physiologiques, présentent, à mesure que la vue en devient plus familière et plus claire, des caractères de plus en plus rapprochés. Ils ne font, dans beaucoup de cas, que changer de titre et d’aspect; et ce sont ce? modifications qu’il suffit alors de reconnaître et de signalei .
ARTICLE II
Besoin de l’ alimentation.
Il en est, et bien plus encore, du besoin de l’alimentation ou de la sensation qui le constitue, la sensation de la faim et de la soif, comme du besoin de la respiration. Personne qui avec un peu de réflexion ne puisse en faire l’analyse et en déterminer les caractères presque aussi bien que le plus grand philosophe. Le besoin de la respiration s’exerce et se satisfait la plupart du temps sans que nous y prenions garde. Il n’en est pas de