‹ Physiologie de la penséeChapitre 25 sur 51 · IJ K SOIN · texte numérisé non relu

IJ K SOIN

clusives. C’est juste ce que croyait savoir Descartes, et ce qu’il exprimait quand il disait que la faim et la soif, ces coryphées de son premier ordre de sens , les sens internes, sont excités en l’âme parles nerfs de l’estomac et du gosier 1 . Ces mêmes expériences et cette même pathologie n’ont rien démontré de plus à cet égard pour les faisceaux de la moelle d’où émanent ces nerfs. Enfin, si l’on peut et doit donner le cerveau proprement dit pour instrument du besoin ou delà sensation de la faim et de la soif, c’est en vertu de cette induction, certaine sans doute, mais commune à tous les besoins et instincts, que le cerveau est la condition sine qua non de toute sensation.

ARTICLE III

Besoin du rapprochement des sexes.

O mue adeo genus in terris liominumque ferarumque ,

Et genus æquoreum, pecudes, pictæque volucres, lu furias ijnemque ruunt : amor omnibus idem1.

Amor omnibus idem ; voilà, pour laisser là la gent bestiale, les troupeaux, les oiseaux et le reste, pour nous en tenir à la gent humaine, voilà la vérité, le fait, et comme l’épigraphe de ce chapitre , amor omnibus idem ; même feu , mêmes fureurs , mêmes entraîne-

1 . Les principes de la philosophie , 4e partie, cliap. cxc. •2. Géorgiques, liv. III.

ments ; parce que c’est la même organisation , la même chair, le même besoin, la même fin.

Il y a, à la vérité, comme dirait maître Alcofribas, une foule à' abs tracteurs cle quintessence , peintres , poètes, romanciers, dramaturges, qui, à grand renfort de bouffissure, ont prétendu ou prétendent le contraire. A les entendre, il y aurait deux sortes d’amour. D’abord l’amour que l’homme partage, il faut bien l’avouer, avec ces brutes dont parle Virgile, les oiseaux peints, les monstres marins, le bétail terrestre, amour en effet tout bestial, où les sens sont tout et font tout, et qui ne serait pas tolérable, s’il n’était, hélas ! la condition de la perpétuation du monde. Mais il y a, en revanche, un autre amour, le vrai, le seul digne de ce nom, apanage exclusif de l’homme, que ne possèdent même pas tous les hommes, un amour où les sens n’entrent pour rien, ou entrent pour si peu de chose que ce n’est pas la peine d’en parler, pour lequel l’épithète de platonique n’est pas encore assez éthérée, qui est une pure union des âmes, âmes d’homme et de femme il est vrai, mais des âmes qui n’ont pas de sexe. Aussi le sexe ne joue-t-il ici aucun rôle. Se voir, s’aimer, se le dire, et dans ces doux épanchements, ces contacts de tous les instants, oublier pourtant ou ne pas sentir ces vingt ans, ces trente ans même, qui passent si vite, ce sang qui bout, ce cœur qui bat, cet œil qui lance des éclairs, n’être occupé l’un et l’autre qu’à s’affermir et s’encourager dans la voie du sacrifice; se contenter d’un regard, d’un mot, d’un

JSESOIN

soupir; quelle félicité! quelle vie! et en faut-il davantage à l’amour!

Je ne crois pas avoir besoin de pousser plus loin la plaisanterie sur toutes ces ridicules idylles, auxquelles, la plupart du temps, donneraient le plus amusant démenti les aventures de ceux ou de celles qui les écrivent, les peignent ou les chantent. On sait comment se terminent tous ces amours dans le bleu : par un enfant à l’hôpital, ou par le traître coup d’épée du mari de dame Françoise1.

Rentrons donc dans le vrai, tenons-nous-y et tâchons de nous y orienter. Ce ne sera pas, si nous le voulons, difficile.

Sans doute au besoin, à l’instinct, au désir de rapprochement des sexes, car l’amour n’est pas autre chose que cela, sans doute à ce besoin, à cette sensation, se joignent d’autres actes psychologiques qui lui viennent en aide et lui font cortège, ceux qui justement le déguisent, le fardent.

Il y a l’imagination avant tout, qui , en un tour de main, peint de toutes sortes de couleurs, pare de toutes sortes de qualités l’objet aimé, et qui dans vingt-quatre heures, un quart d’heure, le quart d'heure que vous savez, l’aura aussi complètement déshabillé.

Il y a cet autre amour, l’amour-propre, l’amour de soi, qui aime, c’est-à-dire ici désire, veut, d autant plu?vivement que l’objet est plus disputé et en paraît plu&

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