BESOIN
déterminées à la fois et les plus considérables , et c’est de tout droit; à tout seigneur tout honneur. Il ne pouvait être moins fait pour cet immortel Daimon , comme l’appelle Montaigne, pour un besoin, une fonction qui est une vie dans la grande vie , la vie de l’espèce à côté et même au-dessus de la vie de l’individu, et, pour ce qui est de la femme surtout, un animal dans un autre animal.
La physiologie dit ensuite ce qu’elle a dit pour le besoin de la respiration, pour le besoin de 1 alimentation, ce quelle dira pour tous les autres besoins ; c’est que ces conditions organiques du besoin du rapprochement sexuel sont de deux sortes et pour ainsi dire de deux degrés :
1° Des conditions organiques, soit externes, soit internes, qui se rapportent à la matérialité du besoin, conditions qu’il n’est peut-être pas nécessaire que j’énumère, objet du culte de l’antiquité païenne, non moins considérées parmi les modernes, bien que cela n’aille plus jusqu’à l’adoration ;
2° Des conditions organiques relatives à l'intellectualité du besoin, de l’instinct, à sa psychologie, les seules, j’ai déjà dit, que nous ayons à rechercher, à déterminer et à apprécier ici. Ces dernières conditions sont, cela va sans dire, le système nerveux, ou certaines de ses parties, soit périphériques, soit centrales.
Les nerfs, les parties nerveuses dont sont pénétrés ou avec lesquels sont en rapport les organes externes ou internes, l’appareil, en un mot, de la copulation et de la
génération soit chez l’homme, soit chez la femme, sont les suivants :
\ 0 Pour ce qui est des nerfs , les nerfs de la vie animale désignés souslesnoms de nerfs pubiens, génitaux, honteux, périnéens, clitoridiens, et autres, et provenant des plexus dit lombaire et sacré ; les nerfs de la vie intérieure ou organique ou du grand sympathique , désignés sous les noms de séminaux, vaginaux, testiculaires utérins, et provenant des plexus appelés hypogastrique, rénal, spermatique, mésentérique inférieur;
2° Pour ce qui est des centres nerveux médullaires ou ganglionnaires de la vie animale et de la vie organique : les parties de la moelle épinière désignées sous les noms de parties lombaire et sacrée de cet organe, et d où naissent les nerfs de la vie animale qui se rendent aux appareils de la copulation et de la génération ; les ganglions du système nerveux de la vie organique ou du grand sympathique , d’où naissent, ou sortent ou que traversent les nerfs de cette même vie qui se rendent à ces appareils , en d’autres termes les ganglions lombaires et sacrés de ce système.
De ces nerfs ou de ces centres nerveux, quels sont ceux qu’on peut plus particulièrement, sinon exclusivement regarder comme la condition, une des conditions, de la sensation qui est au fond du besoin de l’amour sexuel? c’est là, pour le moment au moins, ce qu’il est bien difficile de déterminer.
Prendrait-on, ici comme ailleurs, pour critérium ou moyen de détermination cette circonstance que la sen-
liliSOIN
sation doit avoir pour condition anatomique les seuls nerfs de la vie animale? Ici, comme ailleurs, on irait plus loin que n’y autorisent les faits et les inductions à en tirer. Il n’est pas dit qu’ici comme ailleurs les nerfs de la vie appelée organique ne puissent être, même dans les cas ordinaires, la condition de vraies sensations.
Prétendrait- on que parmi les organes exclusivement corporels du besoin de rapprochement des sexes, il y en a qui sont essentiellement le siège, le point de rapport de la sensation érotique, les parties sexuelles proprement dites , soit chez l’homme, soit chez la femme, et que ce sont les nerfs de ces parties qui seuls constituent la condition nerveuse de la sensation? Dans ce cas encore on irait au delà des faits et par conséquent de la vérité. S’il y aune sensation qui se généralise dans toutes les parties de l’appareil affecté au besoin dont elle est l’expression et même au delà de cet appareil , c est . à coup sûr, la sensation du rapprochement des sexes. Son étreinte et son frémissement embrassent tout 1 organisme sexuel, et à un certain moment tout l’organisme de l’homme. C’est un incendie qui embrase à la fois le» deux vies et auquel n’échappe aucune de leurs conditions. On peut donc croire, avant toute preuve plus directe que puissent donner l’anatomie et la physiologie, qu il n’y pas un des nerfs soit animaux, soit organiques, pas une des parties nerveuses centrales, soit médullaires, soit ganglionnaires, que ne comprenne 1 action oiganique d’où naît la sensation érotique, qui ne puisse être le fil conducteur de quelque étincelle de cette sensation.
Mais pour cette sensation, comme pour les sensations de besoins antérieurement examinées, les sensations de la respiration, de la faim et de la soif, et beaucoup plus que pour ces sensations, ces conditions soit nerveuses, soit médullaires et ganglionnaires sont loin d’être les seules conditions organiques , les conditions définitives et fondamentales, qu’il soit possible de se représenter et d’admettre. Ici encore et plus qu’ailleurs, il faut faire intervenir le centre nerveux réellement et psychologiquement central, l’encéphale proprement dit.
Cette proposition ne devrait pas faire l’objet d’un doute pour les philosophes, et à plus forte raison pour les romanciers ou les poètes qui ont fait de l’amour cette passion complexe et multiple dont nous avons soulevé les masques, et regardent comme la moindre partie de son domaine ce qui en est, en réalité, la partie essentielle. On doit croire que s’ils étaient interrogés sur la condition physiologique d’une telle passion, et s’ils se rendaient bien compte de la question , ils ne manqueraient pas de répondre que l’organe réel de l’amour, c’est l’organe qui est, en définitive, le siège et la condition non-seulement des sensations les plus simples et les plus inférieures, mais des sentiments, des idées, des résolutions, car il y a de tout cela dans l’amour, et suivant eux beaucoup plus que de sensations.
La physiologie, nous l’avons déjà presque dit, n’a pas, en général, fait à la question cette réponse. Communément même elle a fait ou a permis qu’on fît pour elle une réponse à peu près opposée. Pour la physiolo-