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Descartes. (Thomas, Éloge de Descentes

BESOIN DE MOUVEMENT

pensée, de relation, de détermination. Le mouvement, et un mouvement indispensable, devient alors de la locomotion, un changement de lieu, soit d’une partie, soit de la totalité du corps. C’est de cette dernière sorte de mouvement qu’il est exclusivement question ici.

Puisque le mouvement est une indispensable nécessité de la nature animale, de la nature de l’homme en particulier, une indispensable condition de ses relations avec le monde extérieur, une indispensable condition même de ses rapports avec lui-même, des rapports des différentes parties de son corps entre elles, jce mouvement a donc en l’homme une cause, ou plus intimement un principe, une faculté. Aristote avait nommé cette faculté, ce principe, une âme, une partie d’âme, le x'.vYp.y.bv v.x-x totlov ; il n’avait pas craint d’aller jusquelà. Stahl n’était guère resté en arrière, quand il faisait du mouvement une chose incorporelle, jumelle de l’essence de l’âme. Sans aller aussi loin que Stahl et Aristote, ce qu’on doit dire, et ce qui est certain, c'est qu’il y a au fond de l’acte de mouvement, de mouvement locomoteur, quelque chose de virtuel, d’impulsif, d’irrésistible, qui constitue bien, comme principe, un besoin et un instinct.

Le mouvement, en effet, en tant que besoin, est ùn des faits les plus irrésistibles que présente la nature de l’homme. Chez l’enfant, pour commencer par lui, cette irrésistibilité éclate et déborde. L’enfant se meut par le besoin de se mouvoir, par l’impossibilité de rester en place, sans objet au moins actuel, mais dans le but,

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nécessaire à atteindre, de se développer et d apprendre* d’apprendre d’abord à se mouvoir.

Chez l’homme adulte même, qui si souvent est vaincu par la nécessité du repos, prolongez ce repos plus que cela n’est nécessaire, et vous verrez avec quelle force se réveillera ce besoin de locomotion de l’enfance, même quand il n’a d’autre but et d’autre utilité que sa propre satisfaction. On ne peut plus tenir en place; on a des inquiétudes des membres; il faut se lever, aller et vmir et sortir, se mouvoir en un mot à tout prix.

On peut-donc dire que ce besoin, cet instinct de mouvement, de locomotion, non-seulement est peiçu dan? ses actes et conclu de ses actes, mais quil est peiçu intimement, en lui-même, dans 1 espèce de sentiment, d’inquiétude impulsive qui le constitue psychologiquement, et qu’il ne faudrait pas confondre avec ce sentiment volontaire que Maine de Biran a pris poui base de sa théorie de X effort et du moi.

Ceci, ce me semble, résout de piano et sans tant de raisonnements et d’ambages, la question de sa'voii si l’on doit admettre un instinct de mouvement, une faculté locomotrice, distincte de la volonté. Oui, sans doute, on doit l’admettre ; d’abord à raison de ce que nous venons de dire, ensuite par cette considération, qui en est comme le corollaire, que souvent ce besoin et cet acte de mouvement d’une part se font sentir et ont lieu en opposition avec la volonté , d’autre part n obéissent pas ou obéissent mal à ses ordres.

Si les parties du système nerveux central, qui prési-

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dent au mouvement par l’animation des muscles qui l’opèrent, ne peuvent être appelées le siège, la condition organique de l’instinct auquel il se rapporte, il n’est pas possible cependant, à propos de cet instinct, de ne pas parler de ces parties et de leur rôle dans l’accomplissement des mouvements. Cela pourra conduire plus haut, sinon jusqu’à la détermination du siège même de cet instinct.

On connaît la fameuse distinction établie par la -physiologie moderne, la physiologie contemporaine, entre les nerfs et les cordons médullaires de sentiment et ceux de mouvement. C’est désormais une connaissance presque populaire, regardée même comme plus certaine par les philosophes et les gens éclairés du monde, que par les physiologistes, et se résumant en ceci : qu’il y aurait dans la moelle épinière, et même dans la moelle allongée, considérées dans le sens de leur longueur, deux moitiés, une antérieure, exclusivement affectée par elle-même et par les nerfs qui en émanent, aux organes actifs du mouvement, aux muscles ; une postérieure, consacrée, au contraire, par elle-même et par ses nerfs, à l’exercice du sentiment.

Je passe sur toutes les phases de cette découverte, sur toutes les idées anciennes, sur toutes les divinations ou conjectures auxquelles on peut la rattacher. Je ne fais que prononcer, pour l’antiquité, le nom d’Érasistrate et celui de Galien; pour la science moderne, celui de Ch. Bell, l’auteur de la découverte, ceux de Magendie, de Muller, de Longet, ses démonstrateurs, ses parrains.

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Je ne fais que rappeler les dénégations qui l’ont accueillie, les opinions contraires qui se sont produites à côté d’elle, fondées, comme elle, sur l’expérimentation physiologique : l’opinion de XValker, qui regardait les racines antérieures des nerfs rachidiens et les colonnes antérieures de la moelle comme affectées au sentiment, les racines nerveuses et les colonnes postérieures comine affectées au mouvement1; l’opinion de Bellingeri, qui voyait dans les cordons antérieurs l’organe des mouvements de flexion, et dans les cordons postérieurs 1 organe des mouvements d’extension2; l’opinion de Fodera3, de Rolando4, de Schoœps3, qui accordent les mêmes prérogatives aux cordons antérieurs et aux cordons postérieurs, c’est-à-dire les investissent à peu près au même degré des fonctions de sentiment et de mouvement. Je laisse, dis-je, de côté ces opinions qui se sont produites ou peu de temps avant la découverte de Ch. Bell, ou presque en même temps qu’elle et avant qu’elle ne parût hors de toute contestation.

Mais ce que je ne dois pas laisser de côté, ce que je dois faire remarquer, c’est que, delà part d expérimen-

1. Archives oj universal science, t. III, p. 172, juillet 1809. Documents and dates of modem discovcries in the nervous System, London, 1839.

2. De medulla spinàli nervisque ex ea prodeuntibus annotationes anatomico-physiologicæ , Turin, 1823.

3. Journal complementaire du dictionnaire des scicticcs medicales, t. XXXVI, 1826, p. 10a.

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