‹ Physiologie de la penséeChapitre 31 sur 51 · Ibid., 1857, t. XLV, p. 146 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., 1857, t. XLV, p. 146 et suiv

BESOIN DE MOUVEMENT

transmission de la vraie sensibilité s’effectue par les cordons antéro-latéraux de la moelle et qu’enfin les cordons postérieurs ne semblent pas sensibles1. »

Ce sont là, certes, de graves contradictions à la découverte de Ch. Bell, des contradictions qui ne tendent à rien moins qu’à la détruire. Sans leur donner tout d’abord une telle portée, il n’est pas possible néanmoins de ne pas se demander ce que , du point de vue de ces recherches, elles montrent ou plutôt rappellent.

Elles rappellent d’abord, car il y a longtemps qu’on le sait et cela se savait a priori , elles rappellent que la question est des plus difficiles. Elles montrent ensuite, et en même temps, que quelques-uns au moins des expérimentateurs qui l’ont abordée ne se sont peut-être pas toujours bien rendu compte de la nature entière du problème.

Elles montrent enfin et surtout ( car il y a , il doit y avoir quelque chose de vrai , de réel, dans ce qu’ont observé les divers expérimentateurs susnommés), elles montrent que, comme le remarque avec raison M. Cl. Bernard 2, ces phénomènes de sentiment et de mouvement qui constituent l’homme , l’homme intellectuel tout entier, ne sont pas plus complètement isolés dans leurs conditions organiques qu’ils ne le sont dans la réalité, j’allais dire dans la nécessité phénoménale. Le

1 . Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences , 1 857, t. XLIV, p. 986 et suiv. — Voir la note G à la lin du volume.

2. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. I, p. 21 .

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mouvement surtout, dans l’impulsion qui le provoque comme dans l’acte qui le constitue, serait, sans le sentiment, quelque chose d’incompréhensible. De ce point de vue au moins, ils ne peuvent pas plus être séparés que, dans le phénomène de la foudre, l’éclair peut l’être du bruit du tonnerre. Et c’est cette connexité, que dis-je, cette intime union qui est au fond de 1 instinct de mouvement et en réalité le constitue. Nous revenons ainsi à notre sujet : non pour dire assurément que ce besoin, cet instinct a son point de départ, son siège dans la partie antérieure ou motrice de la moelle épinière et allongée, quelque peu aidée de sa partie postérieure, mais pour dire et pour dire seulement, qu’il y a son instrument.

Quant à son siège plus prochain, plus élevé, plus intellectuel, où est-il? Il est où est celui de tous les autres sentiments; dans l’encéphale. Pour cet instinct, il est vrai, et pour lui plus particulièrement, on pourrait avoir l’idée de particulariser davantage. La physiologie experimentale, en même temps quelle démontrait que la moitié antérieure de la moelle épinière et allongée est pour les neuf dixièmes au moins 1 instrument nerveux du mouvement, démontrait que le même rôle ou un îùle analogue est celui du cervelet. Toutefois, diions-nous, pour cela, que le cervelet est le siège paiticulier de l’instinct de mouvement? Non, et nous avons à peine besoin de nous en expliquer. Si nous le disions, nous dirions, par cela même, que le cerveau proprement dit, les hémisphères cérébraux, ne prennent aucune part à

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l’acte intellectuel qui constitue essentiellement le sentiment du besoin ou de l’instinct de mouvement; et c’est ce que le raisonnement, pas plus que l’observation, ne permet à personne de dire.

Ici donc encore, et pour conclusion à ce chapitre, on peut, dans de certaines limites, avec de certaines restrictions, attribuer pour organe nerveux à l’exercice, à l’acte du mouvement, la partie antérieure de la moelle et le cervelet, en réservant à l’instinct qui préside à cet exercice, à cet acte, le couronnement du système nerveux central, le cerveau.

Est-ce la peine d’ajouter que dans cette attribution le cerveau agit de masse et également par ses deux substances, contrairement à ce qu’ont avancé quelques physiologistes, par exemple Bellingeri ', qui prétend que la substance blanche ou fibreuse est affectée au principe du mouvement, la substance cendrée étant dévolue cà l’exercice du sentiment? Ce sont là de pauvres hypothèses, à peine dignes d’être mentionnées, et qui ont contre elles l’anatomie, soit humaine, soit comparée, la physiologie expérimentale, la pathologie, et, au-dessus de tout cela, le sens commun. Cela n’empêchera pas que nous ne les retrouvions encore ailleurs.

1. De medulla spinali nervisque ex ea prodeuniibus annofationes analomico-physiologicæ, 1823, sect. II, cap. iv, p. 118.

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