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CHAPITRE CINQUIÈME

En traitant des besoins et des appétits, des sentiments qui les constituent et des conditions organiques qu'ils réclament, il ne nous a pas été possible de ne pas parler des instincts, de ne pas les rapprocher de ces premiers actes de la sensibilité, à certains égards même de ne pas les confondre avec eux. S’en tenir à cela sur les instincts, aux rapprochements, à l’examen des points de contact et même d’union , ne pas faire succéder l’examen des différences, ne pas traiter, en un mot, de la personnalité des instincts, ce serait être plus qu'incomplet, ce serait n’être qu’à moitié vrai, et tout au plus a moitié vrai. Les instincts constituent un point séparé de la sensibilité inférieure et intérieure , plus intérieure encore qu’inférieure; car si avec eux on peut descendre bien bas dans cette sensibilité, avec eux aussi on peut 5 remonter bien haut. C’est déjà, à défaut de la chose, ce qu’indiquerait la simple étymologie du mot; 'ev c-dçsiv, quelque chose qui pique, pousse, agit du dedans, une impulsion de la sensibilité intérieure. Or, indépendam-

ment des instincts les plus caractérisés, les plus connus, les plus acceptés sous ce nom, ce sont encore des impulsions de cette nature que les passions , et surtout que les aptitudes, même les plus intellectuelles. Ne diton pas quelquefois, pour ce qui est des passions, l’instinct de la curiosité, de l’admiration, de la haine, de l’envie? Et ces passions et beaucoup d’autres, si elles ne se confondent pas avec les instincts, ne les ont-elles pas au moins pour base et pour point de départ? Mais ne donne-t-on pas surtout et avec beaucoup plus de vérité le nom d instincts à toutes ces aptitudes intellectuelles, à toutes ces dispositions innées qui, sous le nom de talent et de génie, tiennent une si large place parmi les facultés de notre esprit, dont ils font la vie et la gloire? Ne dit-on pas l’instinct mathématique, l’instinct des aits, 1 instinct poétique, l instinct philosophique même? Et ces instincts, ne sont-ils pas mis par ceiix qui lespos*sèdent bien au-dessus de ce qu’on regarde pourtant comme 1 apanage de 1 homme, la réflexion ou la raison?

Qu est-ce donc, en définitive, que cet instinct dont on a pu donner le nom aux impulsions si diverses auxquelles obéissent Homère enfant, pressant le sein de sa nourrice, et Homère chantant Y Iliade; Newton procédant à son sobre repas, et Newton concevant le système du monde?

Quand le petit gallinacé, à peine éclos, se jette d’un Premier élan sur le grain qu’on lui présente, quand le petit canard, aussi au sortir de l’œuf, se dirige si résolument vers la mare qu’il voit pour la première fois; quand

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le petit cliien, les yeux encore fermés, se met, du premier coup, à nager dans l’eau où on le jette; quand le petit de l’homme, comme les petits des animaux, saisit dès le premier instant le mamelon qu’il a l'air de reconnaître, et eu aspire le lait qui est sa première nounituie, on ne peut pas dire assurément, et pas plus du petit de l’homme que des petits des animaux, que ces actes sont le résultat de la réflexion et de l’expérience , que des êtres aussi imparfaits, qui ne savent rien ni du dehors, ni d’eux-mêmes, se rendent compte de l’impulsion à laquelle ils obéissent et de l’acte qu’ils exécutent. Mais ce qu’on doit, ce qu’il faudra bien dire, jusqu’à ce qu’on soit en mesure de concevoir et d exprimer autre chose, c’est que ces actes ont heu par l’effet d'un sentiment, d’une émotion, que manifeste, à coup sûr, la vivacité avec laquelle l’animal y procède, par suite d'une sorte ‘d’intellection dont témoignerait non - seulement la sûreté, mais l’adresse avec laquelle ils sont accomplis.

C’est pourtant cette sorte d’émotion intelligente qu'on a appelée la cécité des impulsions et des déteiminations instinctives, expression qui évidemment ne saurait être prise au pied de la lettre, non-seulement parce qu'ainsi entendue elle mènerait immédiatement à la mauvaise plaisanterie de l’automatisme cartésien, mais parce qu elle représente un fait psychologiquement faux. Il n’y a pas cécité la où il y a manifestement sentiment et émotion, un sentiment et une émotion qui se lient en outre et nécessairement à des faits de sensibilité extérieure, et a des actes au moins spontanés de mouvement. 11 n y a pa^

cécité dans des faits et des actes de sensibilité et de mouvement qui font manifestement partie d’une représentation psychologique que signale un but des plus clairs et des plus habilement atteints. 11 y a cécité en ce sens que soit l’animal, soit l’enfant, soit dans certains cas l’homme adulte, n’apporte et ne perçoit pas, dans ces actes tout sensitifs et impulsifs, le degré de connaissance et de réflexion qu’impliquent les actes d’intelli-

gence, ou de mouvement, ou plutôt de volonté, qui ont pris de là le nom de réflexifs. Ici encore reparaît cette distinction si profonde et si vraie établie par Stahl, entre le Xéyoç et le Xsy wj/iç : le Xcyc;, c’est-à-dire la formule

générale de tous ces actes de l’esprit dans la direction du corps, où il n y a que du vague, de l’intermittent, du sensitif plutôt que de 1 intellectif; le Xoyw[j.6ç, au contiaiie, cet état, ce degré de 1 intelligence, où la raison, la réflexion s’étend, s’épanouit, se donne carrière, où l’esprit détaille , étudie ses propres actes et les opérations du corps qui s’y rapportent, pour les diriger la plupait du temps, il est vrai, un peu plus mal que ne les exécute le Xéyoç ; comme ce violoniste chez lequel la main, l’émotion, le sentiment rend admirablement telle sonate diabolique , que la réflexion d’un seul de ses regards glacés va faire honteusement rentrer dans les flancs de l’instrument.

L’instinct, considéré dans sa nature infime et d’une manière générale, n’est véritablement pas autre chose

que ce Xéyoç de Stahl, cette intelligence plus sensitive qu’intellectuelle, plus émue que raisonnée, indistincte

jjgO PHYSIOLOGIE DES INSTINCTS.

■crépusculaire, essentiellement spirituelle sans doute, mais plus essentiellement encore enveloppée du corps, non pas inconsciente, mais à demi, au quart, au dixième consciente; intermittente surtout, c’est-à-dire paraissant n’avoir besoin, pour ses actes et leurs résultats corporels, que de saccades et de bonds, après lesquels le corps semble aller tout seul, comme une bille que la main a lancée, mais quelle n'a plus besoin de suivre, et qui termine son mouvement d’elle-même.

Le M-yoç, cette intelligence surtout sensitive et emue dont le tronc est et peut être appelé l’instinct, a plusieurs branches, et ces branches portent des fruits qui, pour provenir du même arbre, offrent pourtant des différences.

La première de ces branches, c’est l’habitude, qu on

pourrait appeler l’instinct acquis, comme l'instinct pourrait être appelé une habitude naturelle. Àus&i estce là un rapprochement qu’ont fait, d un point de vue ou d’un autre, presque tous les psychologues. Pour Reid , par exemple , l'habitude , qui est un des deux ■principes mécaniques d’action de sou système, diffèie de l’instinct qui est l’autre, non daus sa nature, mais dans son origine. Elle donne à l’homme cette aptitude, cette facilité, cette sûreté de pensée et d’action, à laquelle sont presque aussi intéressés les actes les plus élevés de sa raison, que les faits les plus humbles de sa sensibilité. « Il est manifeste, ajoute Reid, que, comme sans l’instinct l’enfant ne vivrait pas jusqu à 1 âge d’homme, de même sans 1 habitude 1 homme resterait

en enfance toute sa vie, et serait aussi nécessiteux, aussi maladroit, aussi muet, aussi enfant en intelligence, à soixante ans qu’à trois ans1. » Observation profonde et waie; et Condillac ne fait que la compléter, ou plutôt il ne fait que rendre à l’instinct la justice que Reid a rendue à l’habitude, lorsqu’il appelle l’instinct un moi d'habitude , un sentiment qui, en définitive, compare , juge et connaît 2.

C’est certainement quelque chose de très-curieux que l’habitude, soit qu’on l’envisage en elle-même et dans ses résultats, soit qu’on l’envisage du double point de vue du corps et de l’esprit ou de leurs rapports, des rapports, si l’on veut encore, de la vie à la pensée. C’est peut-être, et abstraction faite de toute autre considération, le fait qui démontre le mieux et nécessite le plus le dualisme humain, l’existence simultanée, l’influence réciproque du corps et de l’âme. Yoilà des faits psychologiques et les actes corporels qui en découlent, qui d’abord n’ont lieu qu’avec toute l’action, toute l’attention, toute la tension de l’esprit, et toute l’obéissance, quelquefois assez difficile à obtenir, du corps. Peu à peu, par l’effet justement de l’habitude, les actes psychologiques sont devenus de plus en plus faciles, puis et par cela même de moins en moins nécessaires à la fois et de moins en moins perçus. Les actes corporels aussi ont acquis graduellement une plus grande facilité,

1. Essais sur les facultés de l’esprit humain, essai III, part. I, chap. ni.

2. Traité des animaux , chap. v, de l’instinct et de la raison.

une spontanéité croissante, une indépendance presque absolue de l’attention et de la direction de l’esprit. Les difficultés les plus grandes sur un instrument de musique se sont exécutées comme d’elles-mêmes, c’est-àdire comme par la seule puissance de la main. Des distances considérables, des chemins tortueux ont été parcourus, comme par le corps seul , pendant que 1 âme était ailleurs et s’occupait d’autre chose. Des actes même presque tout intellectuels, et les actes les plus féconds, ont eu lieu; des paroles, des discours, des chants se sont produits, exhalés, sans presque aucune attention de l’esprit. Et tout cela s’est fait (on en donnerait difficilement une autre théorie) comme si l’esprit y avait peu à peu habitué le corps , les organes . et comme si ensuite les organes éduqués avaient retenu la faculté d’agir seuls, jusqu’à ce que, de temps en temps, et comme pour témoigner de sa puissance et de sa présence, il plût au moi de reprendre les rênes. Et ce serait bien en vain que, pour expliquer cette sorte d abandon momentané de la direction du corps par 1 esprit, on viendrait parler d’un intermédiaire, d une sorte de lieutenant, que l’esprit, en son absence ou en son abstention, chargerait de cette direction, d’un archée , d’un médiateur plastique , d’un principe vital ou de tout autre délégué analogue. Si cet archée, ce médiateur plastique, ce principe vital a de la sensibilité et de 1 intelligence, il est l’âme et se confond avec elle. S’il n en a pas, il est le corps et se confond avec lui. Dans l’une et l’autre hypothèse, il n’est rien, rien de particulier, et

il n’y a pas à s’en occuper davantage. C’est une histoire à renvoyer à l’histoire de la philosophie, c’est-à-dire à l’histoire la plupart du temps des erreurs, des divagations et des contradictions humaines.

En dehors de l’habitude ainsi rapprochée de l’instinct, ou de l’instinct ainsi rapproché de l’habitude, il y a dans l’économie vivante, sentante et pensante, d’autres actions, d’autres faits qui participent de ce caractère d’un sentiment vague, indéterminé, comme intermittent, à demi conscient, à demi automatique, où il n’est pas facile de faire la part respective du corps et de l’esprit, ou plutôt de l’automatisme et de l’attention.

Il y a, par exemple, ce phénomène de l’esprit que les Écossais ont décoré du nom de faculté, l’association des idées, faculté ou habitude qu’on aurait tort de croire purement intellectuelle, car l’action intellectuelle ne va pas sans l’action cérébrale. Aussi est-il plus que permis de penser que l’habitude de cette action cérébrale est pour moitié dans l’habitude de l’association des idées.

11 y a, à côté de ce travail d’association des idées dans l’état de veille, un autre travail d’association bien plus automatique , bien plus inconscient , bien plus sourd. C’est le travail de l’état de sommeil , travail dans lequel s’élaborent, comme à l’insu de l’esprit, des idées, des séries d’idées, qui écloront au réveil, provoqueront môme ce réveil , le tout en vertu d'un processus , soit psychologique, soit physiologique, qui échappe à toute analyse et môme à toute conception.

PHYSIOLOGIE UES I.NSTl.NCTS.

Tous ces faits d’un sentiment vague, indéterminé, d’une action intellectuelle à demi consciente , à demi automatique, sont à coup sûr, soit du point de vue du corps, soit du point de vue de l’esprit, des faits qui ont une grande analogie avec ceux de l’instinct, et peuvent servir non à les faire admettre, car personne ne peut les nier, mais à en faciliter jusqu’à un certain point la conception. Dans l’instinct, comme dans ces faits divers de demi-conscience et de demi-automatisme, il y a des mouvements exécutés, des effets produits dans la vue d’un but déterminé à atteindre. Ces mouvements, ces actes ont lieu conformément à une sorte de représentation psychique, mais où la réflexion n’intervient pas. Seulement dans l’instinct, les instincts, dans ceux qu'on peut prendre à la fois pour types et pour sujets d étude, les instincts des animaux, la représentation est véritablement innée, c’est-à-dire antérieure à la naissance. Cabanis la rattachait à de premiers linéaments tracés dès les premiers instants de l’existence dans l’organisme surtout nerveux, explication qui n’est qu une pure parole, n’explique rien et ne va pas au delà du fait. Tout ce qu’on peut dire, et ceci encore est loin d’être une explication, c’est que ces linéaments, cette représentation', ces images innées , se trouvent nécessairement et directement en rapport avec les besoins de l’animal et l’action du monde extérieur sur ses sens.

Les instincts dans les animaux, abstraction faite de ceux qui leur sont communs à tous, en ce sens que

tous respirent, se nourrissent, se meuvent, se reproduisent, les instincts sont très-nombreux eu même temps que très-déterminés, et constituent, pour rappeler une expression de Reimarus, l’industrie particulière à chaque animal, industrie qui est en quelque sorte son intelligence, ou le point de départ de ce qu’il a d’intelligence : l’industrie du tisseur dans le ver à soie, du file u r dans l’araignée, du mineur dans le taret, du constructeur et du conducteur de navire dans l’argonaute, du maçon et de l’architecte dans le castor.

Mais dans l’homme, ainsi que nous l’avons déjà dit, lorsqu’on a fait le départ des besoins , des passions, et surtout des aptitudes intellectuelles, il ne reste, dans la sensibilité, pas grand’chose qu’on puisse appeler du nom d’instinct. Ses instincts à lui , en effet , ce sont ses aptitudes intellectuelles de toute sorte : aptitudes industrieuses, artistes, littéraires, scientifiques, d’où naissent ce qu’on appelle ses talents ou son génie.

Sans doute on pourra parler, et parler avec vérité de cet instinct d 'imitation qui fait de l’homme, pardessus tous les autres animaux, ce jupp itV.o-ca-ov Çüov, baptisé par Aristote. Toutefois cet instinct est loin d’être sans rapport avec les aptitudes; il est, au contraire, une des conditions de leur exercice et de leur développement.

Quant aux instincts de nutrition et de conservation , nous avons déjà dit ce qu’il y a à en dire. Ce ne sont guère, à proprement parler, que des désignations générales, dont l’une représente exclusivement l’ensemble

des besoins de la vie organique ou de nutrition et des actes qui s’y rapportent; dont l’autre, indépendamment de sa participation à cette première affectation, est relative en outre et surtout à la vie extérieure ou de relation et aux moyens de la défendre contre les" attaques du dehors.

Reste l’instinct de sociabilité , cet instinct, si 1 on peut ainsi dire, constitutif des sociétés humaines, sans lequel, par conséquent, il n’y aurait pour elles ni arts, ni sciences, ni histoire, ni progrès; car il est bien évident que, réduite à la famille, l’humanité ne serait que le plus haut degré de l’animalité. Toutefois, il faut se hâter de le dire, cet instinct de sociabilité n’est pas la seule base de la société humaine, et ne suffirait pas seul à l'expliquer. L’homme n’est pas le seul animal sociable, et sans parler des républiques des fourmis et des abeilles, il y a un grand nombre d’autres animaux , dont le nom viendra cà l’esprit de tout le monde, qui non-seulement vivent en famille , mais vivent en troupes , en tribus, dont les membres s’entr’aident et semblent s aimer.

Quoi qu’il en soit de ces considérations et de ces difficultés, serait-il possible, serait-il raisonnable de chercher dans l’organisme aux trois ou quatre instincts dont nous venons de parler, des conditions déterminées?

Pour ce qui est d’abord du dernier de ces instincts, le plus déterminé en quelque sorte et le plus fondamental , l’instinct de sociabilité , poser cette question, c’est y répondre. Conçoit-on ce que serait, dans 1 ensemble de l’organisme, et plus particulièrement de l’or-

ganisme nerveux, un organe particulier de la sociabilité ? Nous sommes sociables par tout notre être, par toutes ses conditions et toutes ses facultés, par tout notre corps, comme par tout notre esprit, en vertu de dispositions dont assurément nous ne concevons pas la nature.

Il y aurait, si l’on posait une question analogue pour l’instinct d’imitation, il y aurait une réponse identique à y faire, et il n’y a que la phrénologie qui pût imaginer un organe de l’instinct d’imitation, ou, dans son langage, de la mimique , comme elle en a imaginé un autre de l’instinct de conservation ou de l’amour de la vie.

Mais en ce qui concerne ce dernier instinct, la phrénologie a trouvé des imitateurs. Elle avait même eu des prédécesseurs, des émules. Certains physiologistes, en effet, se sont demandé quelles pourraient être les conditions physiologiques de l’exercice de l’instinct de conservation. Pourrait-on les suivre dans cette recherche, ou se faire avec eux cette question? Serait-il possible d’admettre que cet instinct a ses conditions organiques et comme ses racines dans les nerfs ou les ganglions nerveux de la vie à la fois organique et animale? Non évidemment, et nous l’avons déjà prouvé à l’avance. Il n’y a pas un point de notre corps , une fibre de nos organes, comme il n’y a pas une espèce, une nuance de nos sensations, de nos sentiments, et même de nos idées, qui ne tende de près ou de loin à notre conservation. Placera-t-ou le siège de l’instinctde conservation dans la moelle épinière, dans la moelle allongée, ou,

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comme semblent le faire MM. Rolando 1 et Flourens 2, dans un point particulier de ce dernier centre médullaire? Non encore, et par les mêmes raisons. De ce qu’on tue un animal par ce point, il ne s’ensuit pas que ce soit par ce point qu’il ait la pensée et la volonté de se conserver, ou seulement même qu’il en éprouve le besoin, le désir, la passion. Nous l’avons déjà dit pour les besoins et appétits, nous le disons encore bien davantage pour les instincts, et, par conséquent, puisque nous l’avons pris pour exemple, pour l’instinct dit de conservation ; c’est plus haut, toujours plus haut, qu il faut remonter. Un instinct dont l’entrée en exercice n’est pas senti (nous ne disons pas le but aperçu) n’existe pas, et la sensation qui le constitue , la perception qui s’y joint , c’est le cerveau qui en est la condition suprême. De plus, cet instinct de conservation est l’instinct par excellence ; il est, du point de vue physiologique, tout l’homme. Il doit embrasser en quelque sorte l’homme tout entier, les cordes, le corps et le couronnement de la lyre.

Rechercherons-nous si dans l’encéphale , soit pour cet instinct de conservation , soit en même temps pour tous les autres instincfs , il y a une partie, une substance, des fibres particulières? Nous le dirons, ce seraient là des recherches d’enfant, et pourtant des physiologistes de marque en ont cru le résultat acquis.

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