‹ Physiologie de la penséeChapitre 33 sur 51 · Ouvrage cité, t. II, art. i · texte numérisé non relu

Ouvrage cité, t. II, art. i

2. Page 183 des Recherches expérimentales sur les propriétés et les fondions du système nerveux, 2e édit.

Nous avons déjà dit que l’anatomiste anglais Willis, un homme à coup sûr de grande valeur, avait fait du cervelet le siège particulier des instincts, ou au moins de divers instincts, dont quelques-uns, du reste, ne sont que des besoins, les instincts de la respiration, de l’alimentation, de la succion du mamelon, de la construction des nids, de la musique.

Ajouterons-nous que Robinet, un philosophe physiologiste, très-peu connu, il est vrai, et assez peu digne de l’être , avait admis dans le cerveau trois ordres de fibres, dont le dernier, l’ordre des libres volitives, pouvait avoir quelque rapport avec l’instinct *; que l’excellent Bonnet, lui aussi, avait décomposé dans son imagination le cerveau en fibrilles , dont quelques-unes devaient être affectées aux déterminations instinctives; que Hartley faisait vibrer toutes ces libres ou fibrilles, les instinctives sans doute comme les autres, et voyait dans ces vibrations l’explication des phénomènes sensitifs et intellectuels ?

Il est clair qu'il n’y a dans tout cela que des hypothèses gratuites, des mots mis à la place des choses et des faits qu’on ignore, et que sans doute on ignorera toujours.

Les anatomistes, du reste, il faut le reconnaître à leur gloire, n’ont pas tous été, dans les questions de cet ordre, aussi naïvement affirmatifs que ceux que je viens de mentionner.

1. J. -B. Robiuel, de la Nature, Amsterdam, 1761, IV” partie, cbap. xi.

J’ai déjà cité un assez joli mot de l’anatomiste Méry, sur le rapprochement à faire des anatomistes du cerveau avec les cochers de fiacre, qui connaissent parfaitement bien les rues de Paris , sans savoir ce qui se passe dans les maisons. En voici un autre, d'un autre éminent anatomiste, Sténon, dans un discours des plus remarquables sur l’anatomie du cerveau, mot que j’aurais pu donner pour épigraphe à ce livre : « Au lieu de vous promettre, Messieurs, de contenter votre curiosité touchant l’anatomie du cerveau, dit Sténon au début de ce discours, je vous fais ici ma confession sincère et publique que je n’y conçois rien » Juste, à deux mille ans de distance, l’aveu de Socrate sur la science qu on lui supposait; et malheureusement, comme Socrate, Sténon n’a que trop raison. Ce qu’il dit de la physiologie du cerveau, considérée eu général , nous l'appliquons ici à la physiologie du cerveau dans ses rapports avec les instincts. Nous n’en savons absolument rien, et ce qu’il y a de plus triste , nous ne concevons guère qu’on puisse en savoir davantage.

Page 1