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CHAPITRE SEPTIÈME

Voici les grands coupables de la nature humaine, les auteurs, ou peu s’en faut, des plus grands maux de l’humanité, et des plus graves tribulations de la philosophie, la seule erreur peut-être, si l’on croyait pouvoir Je dire sans blasphème, qu’ait commise la Providence dans l’organisation de la plus parfaite de ses créatures.

Les cinq sens! Que de choses dans ces trois petits mots, ou dans les cinq objets qu’ils représentent! et combien l’absence de cette partie de notre enveloppe eût en effet épargné de fautes à l’humanité et de systèmes à la philosophie !

Ce que cette absence des sens eût épargné à l’humanité, c’est naturellement le sensualisme avec toutes ses conséquences : le sensualisme, c’est-à-dire cette folle doctrine dont Aristote est le coryphée, et qui croit devoir tenir un certain compte de l’existence de la matière ou si l’on veut du monde extérieur, des objets qui le constituent, de leur action sur les sens, de la part prise par ces derniers aux actes de l’intelligence ; les consé-

quences du sensualisme, c’est-à-dire le matérialité son frère jumeau, l’athéisme, l’épicurisme, le dix-huitième siècle, l’Encyclopédie, Voltaire, Rousseau, la révolution française enfin, qui ne fut pas autre chose que le dernier chapitre du Traité des sensations. Tel est brièvement le terrible compte que l’humanité a à régler avec les cinq sens, et il eut été certainement bien désirable que, comme Reid le croyait possible, elle eût pu ne rien avoir à démêler avec eux.

Quant à la philosophie, aux embarras que lui ont créés les sens, c’est encore bien autre chose, une autre liste, un autre martyrologe ; et l’on ne s’étonne pas que Platon traite les sens comme ils le méritent , en sens de rien, j’allais dire en gens de rien ; qu'il les appelle des falsificateurs du vrai, des corrupteurs du bon ; qu’il les accuse, ainsi que le corps, d’être un véritable obstacle à la connaissance, de nous tromper, au lieu de nous éclairer, par des perceptions sans valeur ; qu'il recommande enfin au philosophe d’avoir le moins de rapports possible avec eux, afin d’être plus près du savoir, jusqu’au moment où, débarrassé de leurs voiles par la mort, il en sera plus près encore.

Parlerai-je de ce fou de Pyrrhon ‘, qui croyait si peu à ses sens qu’il ne croyait pas à lui-même, et, à plus forte raison , au monde extérieur; qui ne se laissait pas choir dans le bourbier, mais y laissait choir Anaxarque, son maître, sans s’occuper de l'en tirer? Et, en effet,

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