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SENS DU TACT
M. Chauveau, qui regarde les faisceaux postérieurs (faisceaux sensitifs de Ch. Bell et de M. Longet) et la substance grise de la moelle comme étrangers à la sensibilité sentie, et comme préposés seulement à l’exercice des mouvement dits réflexes, c’est-à-dire provoqués et opérés sans conscience ; les faisceaux antérieurs de la moelle (faisceaux antérieurs de Ch. Bell) servant à la conduction de la sensibilité.
Il y a l’opinion de M. Brown-Sequard, un grand expérimentateur même sur sa propre personne, qui, après avoir été à peu près de l’avis de tout le monde, c’est-à-dire de l’avis de Ch. Bell et de ses adhérents, est maintenant d’un avis analogue à celui de M. Chauveau, avec cette modification que, suivant lui, les faisceaux postérieurs ne remplissent que passagèrement le rôle de conducteurs de la sensibilité et ne tardent pas à le ransmettre à la substance grise de la moelle.
Il y a l’opiuion de M. Claude Bernard, qui, reproduisant et affermissant une opinion de Magendie, croit que les racines et les cordons antérieurs de la moelle épinière partagent avec les postérieurs, bien que le possédant à un moindre degré, le privilège de la sensibilité, et fonde sur cette opinion, ou plutôt sur les faits dont elle n’est que le corollaire, la théorie de la sensibilité récurrente.
C’est une singulière théorie, que cette théorie de la sensibilité récurrente, une singulière désignation que cette désignation ; théorie et désignation qui pourraient être le point de départ d’une exposition critique de la doc-
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tri ne physiologique de la sensibilité externe, ou. plus exactement et plus étroitement, de la sensibilité générale ou tactile.
La sensibilité récurrente, comme qui dirait la sensibilité en retour, c’est le fait de la sensibilité externe, considérée dans ses relations de phénomène à organe, un organe que représenterait un filet sensitif provenant des racines postérieures ou sensitives de la moelle épinière, et se repliant pour remonter, mêlé aux fibres nerveuses venues des racines antérieures ou motrices, jusqu’aux faisceaux antérieurs ou moteurs de ce centre nerveux. Ces fdets sensitifs en retour, disentles fauteurs de la sensibilité récurrente, et à leur tête M. Claude Bernard, ces filets ne sont pas sensitifs par eux-mêmes, ou plutôt par les cordons nerveux auxquels ils s’insèrent, les cordons antérieurs de la moelle ; ils le sont par ceux d’où ils partent, les cordons postérieurs ou sensibles; et ce n’est qu’une sensibilité d’emprunt qu'ils communiquent aux nerfs du mouvement ou des racines antérieures et même aux cordons sur lesquels ils s'insèrent, les cordons antérieurs.
Les expériences sur lesquelles s’appuie cette manière de voir ou si l’on veut de rendre certains faits, manière de voir qui en elle-même d’abord est fort louche, ces expériences sont bien connues, et elles se résument eu ceci surtout, qu’une lois qu’on a coupé les racines postérieures, les racines antérieures ou les nerfs qui en parlent perdent toute leur sensibilité, tandis que la section des racines antérieures n’enlève pas leur sensibilité aux
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racines postérieures et aux nerfs qui en proviennent.
On sent très-bien que, pour que ces expériences eussent la portée qu’on leur attribue et le fait qu’elles semblent signaler la signification qu’on y attache, il faudrait qu’à côté d’elles vînt se placer une démonstration anatomique qui fit voir les fibres sensitives des faisceaux et des racines postérieurs de la moelle se repliant, à un point quelconque de leur trajet, ou plutôt à leur arrivée à la peau, pour gagner, par une récurrence directe et à travers les nerfs du mouvement ou nerfs émanés des racines antérieures, les faisceaux antérieurs de la moelle. Or, rien de pareil n’a encore été fait, et tout probablement ne pourra l’être. Le microscope seul pourrait conduire à un pareil résultat. Mais on sait à combien de divergences, de contradictions, de mirages et, pour dire le mot, d’erreurs, il a déjà donné lieu sur ce point précisément de la terminaison des nerfs et de la manière dont ils se comportent à la peau, dans l’organe même de la sensibilité tactile.
Voilà pour les difficultés et les obscurités de la doctrine de la sensibilité récurrente, considérée au point de vue anatomique et expérimental. Envisageons maintenant cette théorie au point de- vue psychologique. Disons-le tout d’abord, du point de vue psychologique, cette expression de sensibilité récurrente n’a à peu près ' aucun sens. Veut-on voir sous le mot de sensibilité la faculté de sentir? La concevrait-on, pourrait-on l’appeler récurrente ou en retour? Evidemment non, cela serait de la plus grande inexactitude; la faculté de sentir,
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la sensibilité est centrale, intérieure, intime, soit qu’on la considère dans l’esprit, soit qu’on la considère dans le cerveau , son organe.
Veut-on parler de l’acte, du fait de la sensibilité, en un mot, de la sensation? Qu’est-ce que ce serait qu’une sensation récurrente ou en retour, en contre-coup même, si l’on veut? Toute sensation, envisagée surtout dans son occasion, dans l’impression qui en est le point de départ, toute sensation est directe, de l’extérieur à l’intérieur de l’organe, de l’extrémité périphérique du nerf au cerveau et à l’esprit. De plus, suivant ce qu’on pourrait concevoir de son mécanisme ou de sa filiation physiologique, et dans le cas même où l’on saurait, de science certaine, que tous les nerfs sensitifs se terminent à la peau par des anses dont un fil viendrait des racines postérieures et l’autre irait aux racines antérieures, la sensation s’opérerait également par les deux bouts de l’anse ; ni plus ni moins récurrente dans un cas que dans l’autre, c’est-à-dire non récurrente dans l’un et dans l’autre ; ce qui signifie, en définitive, et pour en revenir au résultat même des expériences qui ont fait admettre et formuler une sensibilité récurrente, que les deux ordres de nerfs, les sensitifs et les moteurs, les uns plus, il est vrai, et les autres moins, sont ou peuvent être conducteurs de l’impression, qui, arrivée à la moelle épinière et au cerveau, est le point de départ et la condition de la sensation.
Et en vérité, et pour conclure, c’est là tout ce qu'on peut savoir et concevoir du mécanisme ou plutôt du
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rôle de l’impression nerveuse dans la sensation du toucher, en d’autres termes tout ce qu’on peut concevoir delà physiologie de cette sensation. Il faut avouer (sorte d’aveu que nous aurons trop souvent à faire) que c’est un assez mince résultat.
ARTICLE II
Le sens du goût.
On a dit que le goût est un second toucher, et en présence des contradictions des philosophes sur les qualités primaires et les qualités secondaires des corps, sur les deux ordres de sensations corrélatives à ces deux ordres de qualités, dont les unes déclarent le monde extérieur, la matière, et les autres , parmi lesquelles est compris le goût, ne la déclarent pas, on ne l’a pas encore assez dit. Je voudrais bien savoir ce que c’est, si ce n’est pas de la matière, que cette sapidité des corps qui, tout aussi bien que leur tactilité, leur étendue, a besoin de s’imprimer au corps de l’homme, à une de ses parties, l’intérieur de la bouche, pour s’imprimer à l’âme et être sentie et perçue. Je voudrais bien qu’on me dît si, par ce contact, ce choc nécessaire, elle ne dénonce pas à l’esprit le dehors, qui est l’occasion de la sensasion, aussi bien que le dénoncent l’impression et la sensation du toucher, et si la sensation du goût n’est pas, à cet égard, aussi un toucher.
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Assurément, et nous l’avons déjà dit ailleurs dans le goût la partie, la face affective de la sensation est, par opposition à ce qui a lieu dans le toucher, plus développée que la partie perceptive ; mais cette dernière n’y existe pas moins comme dans toute sensation, puisque toute sensation est le résultat du choc de la matière extérieure sur la portion de matière qui nous est personnelle, la matière de notre corps.
Pour ce qui est de la partie affective de la sensation du goût considérée en elle-même, il n’y a évidemment rien à en dire qui puisse la définir et la faire connaître mieux qu’elle n’est connue par l’acte de la sensation. Essayez de définir et de faire connaître la saveur de la pêche à qui n’aurait jamais goûté de ce fruit. L’indication d’une saveur très-analogue, s’il en existe, pourrait seule mettre sur la voie, mais à cette condition qui prouve une fois de plus ce que nous disons, que cette saveur serait déjà connue.
Pour en venir maintenant aux conditions organiques de la sensation du goût, dirons-nous qu’il y a d’abord deux nerfs sensitifs qui sont ou paraissent être la partie périphérique de ces conditions, le nerf lingual de la cinquième paire et le nerf glosso-pharyngien? Ajouterons-nous que ces nerfs, en même temps qu’ils sont les nerfs du goût, paraissent être en outre, dans la langue et dans certaines parties de l’arrière-bouche, les nerfs de
•1. L 'Amulette de Pascal, l vol. in-8°, 1846, pages 15 et suivantes.
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la sensibilité générale ou tactile? Dirons-nous enfin que sur cette double fonction des deux nerfs précités il y a, parmi les physiologistes, des divergences d’opinion qui sembleraient témoigner de quelque incertitude dans les faits par eux observés? que Panizza, par exemple *, regarde le nerf glosso-pharyngien comme la seule condition nerveuse de la sensation du goût, le nerf lingual étant, suivant lui, celle de la sensibilité tactile de la langue et de l’intérieur de la bouche? Sans doute cela n’est pas inutile à dire; mais dans le cas même où toute incertitude à cet égard aurait cessé, dans le cas où Panizza aurait irrévocablement raison, on sent que sur cette question des conditions nerveuses de la sensation gustative on ne saurait s’arrêter là; on voudrait aller plus loin et plus haut. On voudrait pouvoir aussi donner raison à cette brave phrénologie, qui avait trouvé dans le cerveau humain en général, et dans celui d’Anacréon en particulier, l’organe de la gourmandise, c’est-à-dire en définitive du goût, car l’une n’est que l’exagération, le superlatif de l’autre. Mais, hélas ! c’est une satisfaction qu’il n’y a pas moyen de se donner. Si encore il n’y avait que l’anatomie et la physiologie qui s’y opposassent, on pourrait passer là-dessus ; mais il y a avant tout le sens commun et le goût (un autre goût que celui delà phrénologie) qui y contredisent; et Anacréon luimême, malgré la réputation qu’on lui a faite et qu’il méritait peui-être un peu, n’aurait pas voulu d’un pa-