CHAPITRE DIXIÈME
Lorsque, parmi les faits et les pouvoirs de la pensée, on a retranché, c’est-à-dire examiné, ainsi que nous venons de le faire, tout ce qui tient de plus près au grand acte de la sensibilité, les besoins, les appétits, les passions, la mémoire, l’imagination, les talents, il reste encore, soit sous plusieurs noms, soit sous un seul, quelque chose de non moins considérable, ce qui, par exclusion à peu près complète des animaux, forme l’apanage de l’homme et couronne son intelligence. Indépendamment de la volonté dont la physiologie ne doit venir que la dernière, il reste les facultés particulièrement intellectuelles, ou de l’entendement proprement dit, la comparaison, le jugement, le raisonnement, l’abstration, la généralisation, d’un seul mot, la réflexion.
Peut-être, en effet, est-ce cette dernière faculté, cette dernière désignation qui représente avec le plus de vérité l’esprit de l’homme; ce pouvoir qu’il possède de se reployer, de se réfléchir, de revenir à l’in-
fini sur lui— même, sur scs notes et leurs résultats, poui les comparer, les juger, les raisonner, les abstraire, les généraliser, et cela à tous les points de vue, dans toutes les combinaisons, sous toutes les formes; pouvoir qui a fait donner aux trois ou quatre facultés, dans lesquelles on a coutume de le décomposer, le nom de facultés réflexives.
En vertu de ce suprême pouvoir, de ces suprêmes facultés, l’esprit humain, disons-nous, se replie, se réfléchit, revient sur tout ce qui compose, dans le bas comme dans le haut, son domaine, ses besoins et appétits, ses passions, ses souvenirs, ses aptitudes, ses jugements, ses raisonnements, ses réflexions mêmes. Il y réfléchit au passé, au présent, qui est presque aussitôt du passé, au futur même, qui ne tardera pas à avoir le même sort. Pour cela, non-seulement les logiciens, mais les métaphysiciens lui ont à P envi donné des règles de conduite, dont il aurait grand tort de ne pas profiter, car elles sont toutes excellentes; seulement elles sont la plupart du temps contradictoires, déduites qu elles sont d’opinions la plupart du temps opposées sur la manière dont l’esprit, dans la réflexion, exerce ce pouvoir
de repliement sur lui-même.
Suivant les uns, l’esprit, dans l’exercice de ces hautes facultés, ne peut, en réalité, se replier, se réfléchir sur lui-même; c’est là une expression par trop figurée, qui ne saurait s’appliquer aux actes, quels qu ils soient, d’une substance inétendue; l’étendue seule peut se replier. Une telle métaphore doit être absolument bannie
du langage philosophique, où elle pourrait entraîner des dangers de plus d’une sorte. L’esprit ne peut se replier, revenir, que sur des résultats déjà produits, qui sans doute restent en lui, mais ne sont pourtant pas lui- Ce n’est qu’en ce sens qu’il peut réfléchir, autant qu’il lui plaît , en lui-même , non sur lui-même , distinction fondamentale , où le vrai n’est pas seul intéressé.
Suivant d autres, au contraire, ce n’est jamais que sur lui-même que l’esprit réfléchit et peut réfléchir. Ce n est jamais que lui-même qu’il peut comparer, juger, raisonner, abstraire. Ses actes et les produits de ses actes ne sont jamais que lui, rien que lui. Il est bien plus que le lieu des espèces, le lieu des idées ; il est les espèces, les idées elles-mêmes; il est plus encore, il est 1 acte, la faculté qui les produit, la comparaison, le jugement, le raisonnement, l’abstraction; il est tout. Prétendre le contraire, c’est, qu’on le sache ou qu’on 1 ignoie, donner la main ou rendre les armes à Hume" et à toute son école, l’école des séries d’idées, sans espiit qui les unisse et soit comme le fil du chapelet. Or on sait sur quel terrain marche cette école, vers quel but elle se dirige et où peut-être on ne la suivrait pas.
Si 1 on passe de 1 esprit à ses pouvoirs, à ses actes ou plutôt à leur désignation, voici venir d’autres divergences ou d autres contradictions. Les uns ont dit : La comparaison est le premier de ces pouvoirs, de ces actes; le jugement ne vient qu’ensuitê, on ne juge qu’après comparaison. Erreur, ont dit d’autres, erreur gros-
sière et presque sensualiste. Logiquement pariant, cela pourrait se passer ou plutôt se concevoir ainsi. Mais psychologiquement et en fait, cela se passe tout autrement et presqu’au rebours de cela. La comparaison est déjà un jugement. La sensation ou la perception ellemême implique au moins un jugement, un jugement simultané, le jugement d’extériorité. Yoilà ce que c’est que de ne pas savoir distinguer le jugement de l’esprit du jugement porté par Perrin Dandin. Tin juge, sur son siège, ne peut, ou au moins ne devrait juger qu’après comparaison des dires, des témoignages, des pièces du procès, sans parler des plaidoiries des avocats. Mais pour l’esprit, il en est tout autrement. Ni pièces, n plaidoiries ne lui sont nécessaires. L’esprit perçoit et juge du même coup; et ces jugements instantanés son bien aussi certains, aussi apodictiques , que ceux qu'Aristote et Kant ont appelés de ce dernier nom.
Le raisonnement aussi, sinon dans la faculté, au moins dans les actes qui le constituent, et surtout dans les formes qu’il revêt, a donné beu à de graves débats, à de grandes divergences d’opinion, à des contradictions quelquefois piquantes. Il y a pourtant une théorie, que dis-je ! une doctrine philosophique, suivant laquelle de tels débats, de telles oppositions devraient, ce semble, être impossibles ; une doctrine que de grands philosophes contemporains ont cru pouvoir rattacher aux noms et à l’autorité de Bossuet, Fénelon, Malebranche, la doctrine delà raison impersonnelle. La raison impersonnelle, d’après eux, ce n’est pas la raison qui, dans
chacun de nous, n’appartiendrait à personne ; ce n’est pas non plus la raison qui y appartiendrait à tout le monde. La raison impersonnelle, dans chacun de nous et par conséquent dans tout le monde, est la raison de Dieu même, qui se saisit elle-même et ne saisit qu’ellemême, mais se saisit sous toutes ses formes, le temps, 1 espace, le beau, le bon ; c’est, en deux mots ou en un, l’infini et l’absolu, sans compter que comme doctrine elle peut donner , elle seule , l’explication et la base des deux dogmes de la fraternité et de la souveraineté du peuple.
Si c est. de cette façon que la raison est impersonnelle, et sur la foi de telles au torités nous pouvons bien le croire, sans etre accusés, pour cela, de spinosisme ou de panthéisme, si la raison de chacun de nous est la raison de Dieu même , il s’ensuivrait que le raisonnement, qui est, comme le dirait Montaigne, le discours de la raison, Serait, chez chacun de nous, le raisonnement de Dieu même, un raisonnement, un jugement infaillible, quel que soit le sujet auquel il s’applique, le fini ou l’infini, le ménage ou la philosophie. Comment se fait-il pourtant que jusqu’à présent il n’en ait pas été tout à fait ainsi, et que, sur l’infini comme sur le fini, et certainement plus sur l’infini que sur le fini, les hommes et même les philosophes aient si souvent déraisonné, et que dans leurs discussions et dans leurs doctrines sur la raison elle-même le raisonnement ait si souvent banni la raison ?
Notre raison, à nous, est trop personnelle et trop peu
divine pour qu’il nous soit donne do pénétrer ce mystère et bien d’autres de moindre profondeur. Nous ne nous sentons pas de taille à intervenir dans ces grandes contradictions, et encore moins à y mêler les nôtres. Nous nous bornerons donc à rappeler, et il nous semble qu’en ceci nous ne courrons le risque d’être contredit par personne, nous nous bornerons à rappeler que dans l’exercice de ses plus hautes facultés et quel qu’en soit le principe, personnel ou impersonnel, l’esprit a le pouvoir ou les pouvoirs de comparer, de juger, de raisonner, d’abstraire, de généraliser, en un mot de réfléchir. Et comme jusqu’à présent on n’a jamais vu un esprit faire tout cela, ni même la moindre chose de tout cela, en cachette de son corps, ou de cette partie de son corps dont nous avons déjà tant, hélas ! et si mal parlé , le cerveau, nous avons maintenant à rechercher quelles relations peut avoir avec cet organe cet ordre de faits et de pouvoirs de l’esprit.
Ces relations, la phrénologie, comme on sait, les a depuis quelque cinquante ans déterminées. Deux ou trois circonvolutions de la partie antérieure et supérieure du cerveau sont, à n en pas doutêr, suivant elle, les organes de ces hautes facultés \ organes et facultés de la sagacité comparative et de 1 esprit métaphysique suivant Gall, organes et facultés de la comparaison et delà causalité , pour employer le langage ici plus bref et plus précis de Spurzheim. Sur ce point, comme nous lavons fait si souvent pour d’autres, nous renvoyons le lecteur aux deux ouvrages que nous avons publiés sur
la phrénologie et l’organologie phrénologique '. Dans ces ouvrages, avant de le faire dans celui-ci, nous avons surabondamment montré que c’est surtout dans les hautes facultés intellectuelles que des coupures, même approximatives, sont impossibles, nous dirions même ridicules. Il ne serait pas moins hors de propos de chercher dans le cerveau, en regard des prétendus organes du centre de perception, de la mémoire, de l’imagination, les prétendus organes de la comparaison, du jugement, du raisonnement. Ce serait, à un autre point, de vue, refaire de la phrénologie ; et c’est pourtant ce qui a été fait. Il s’est trouvé des physiologistes, peut-être même s’en tronve-t-il encore, qui ne savent pas, qui ne comprennent pas qu’il est impossible de séparer absolument dans leurs actes et dans leurs facultés le jugement et le raisonnement de la perception, de la sensation elle-même, delà mémoire, de l’imagination; qu’il n’y a pas une de ces facultés dont l’action ne nécessite celle de toutes les autres; qu’on ne juge pas, qu’on ne raisonne pas sans sentir, sans se souvenir, sans imaginer, et cela du même coup et par le même acte. D’où il faut conclure que, si l’on osait, au sujet de ces facultés ou de leurs opérations , prononcer le nom de siège ou de condition organique, ce siège, cette condition devrait être la même pour tous. Il n’y a qu’un siège ou condition
1. Qu'est-ce que la Phrénologie , ou Essai sur la valeur et la signification des systèmes de Psychologie en général et de celui de Gall en particulier. — La Phrénologie, son histoire, ses systèmes et sa condamnation.
organique pour la sensation et la perception, la mémoire et l’imagination, le jugement et le raisonnement; et ce siège, qui est ainsi à la fois un sensorium et un judiciarium commune , ce siège n’est pas une parti»-, un point particulier du cerveau , c’est le cerveau tout entier. 11 n’était besoin, pour le déclarer et l’affirmer, ni des données de l’anatomie, ni des mutilations opérées par la physiologie expérimentale, ni des altérations déterminées par les maladies. Il suffisait, à cet égard, du témoignage de l’évidence et du sens commun. Des actes indivisibles comme les actes des hautes facultés de 1 entendement, ne peuvent avoir pour conditions ou pour sièges des sièges divers ou divisés, les uns pour la sensation ou la perception, les autres pour la mémoire, les autres pour le jugement. Aussi n’est-ce pas sans étonnement qu’on voit dans le passé des anatomistes éminents, tels que AYillis, Vieussens, Duncan, après avoir placé le siège du sensorium commune et de 1 imagination dans le centre ovale, les corps striés, le corps calleux, faire d’une partie du cerveau, ses circonvolutions, le siège de la mémoire et du reste de 1 entendement. C’est avec un bien plus grand étonnement encore qu on voit de nos jours des médecins non moins éminents, que des études spéciales eussent dû prémunir contre des erreurs de ce genre, les reproduire en les exagérant, et faire, non plus d’une partie, mais d’une substance du cerveau, sa substance grise ou corticale, le siège particulier des hautes facultés intellectuelles ou de la raison, sur cette raison que la substance guise est fort importante dans la
genèse du cerveau, qu’elle est très-riche en vaisseaux, granules , myélocites , que ses lésions sont très-souvent
suivies de troubles intellectuels graves, etc., etc
Comme si le reste du cerveau, c’est-à-dire sa presque totalité, n'était pas tout aussi important, plus important même et de tout point que son écorce, très- riche aussi en vaisseaux et en toute sorte de richesses; comme si une lésion quelconque de cette presque totalité du cerveau, et dans une partie quelconque, ne donnait pas lieu à des troubles de l’intelligence tout aussi et même plus profonds que ceux que peuvent occasionner les altérations de la substance grise; comme si les faits anatomiques et pathologiques, allégués par les auteurs de telles opinions, n’étaient pas contredits ou contre-balancés par des faits contraires; comme si enfin ces opinions n’étaient pas contredites elles-mêmes par des opinions opposées qui , si elles ne valent pas mieux, ne valent pas moins que les premières.
Il y a pourtant, et malgré ce que je viens de dire de l'impossibilité d’assigner des conditions cérébrales distinctes aux diverses facultés intellectuelles propres, il y a, à propos de ces facultés, une question qu’on a semblé pouvoir se faire, et à laquelle je me suis laissé aller moi-même un instant. On a pu se demander, et l’on s’est demandé en effet si, en prenant ces facultés dans leur ensemble, y joignant, bien entendu, l’imagination et la mémoire, il ne serait pas possible, logique même, d’admettre que leur développement général, le développement général de l’esprit, pût se lier à un déve-
loppement proportionnel du cerveau, soit le développement de tout l’organe, soit celui d’une de ses moitiés, la moitié antérieure ou frontale, soit enfin le développement de ses surfaces et plus particulièrement de sa surface extérieure, c’est-à-dire de ces replis qu’on appelle des circonvolutions.
De ces questions, la première et la plus naturelle, celle de la relation du développement général de l’esprit avec le développement général du cerveau, est aussi celle qui a été le plus anciennement posée, et même, on a pu le croire au moins, le plus anciennement résolue. Les Grecs savaient bien ou croyaient savoir que sous son vaste casque Périclès cachait un front, un cerveau non moins vaste, condition ou emblème de son génie, et les opinions de leurs philosophes étaient loin d’être en opposition avec cette croyance. On sait que c’est dans le cerveau que Platon, en des termes si magnifiques et si flatteurs pour cet organe, plaçait le siège de Pâme raisonnable. Aristote lui-même, tout en ne faisant du cerveau qu’un simple chapiteau d’alambic pour la distillation des vapeurs destinées au rafraîchissement du cœur, siège exclusif suivant lui du sensorium commune , Aristote avait pourtant bien remarqué que la femme, qu’il plaçait peu galamment si au-dessous de l'homme, a une tête, un cerveau plus petit que celui de son seigneur et maître, et il n’était pas éloigné d’accepter cette différence de développement organique comme le témoignage physiologique de cette infériorité.
Aristote, Platon, les Grecs du temps de Périclès, dans
leur opinion plus ou moins réfléchie d’un grand cerveau pour un grand esprit, avaient-ils tort, avaient-ils raison? Ils avaient à la fois l’un et l’autre, mais plus tort que raison, comme on va le voir.
Pour ne pas sortir de la nature vivante et même de la nature animée, et même plus particulièrement encore de la nature de l’homme, il est hors de doute qu’un grand corps est un corps puissant, ou au moins un corps plus puissant qu’un petit corps ; de gros muscles sont de forts muscles; de gros organes, des organes même de la vie végétative, sont de forts organes : c’est là une proposition qu’il suflit, en quelque sorte, d’énoncer, et vraie à 'posteriori comme à priori. Mais il y en a une autre qu’il faut sur-le-champ énoncer à côté de la première, qui lui fait contre-poids, la rectifie, attendu qu’elle n’est pas moins vraie : c’est que la règle ci-dessus posée souffre de trop nombreuses exceptions ; qu’il y a de petits corps, de petits muscles, de petits organes, aussi forts, aussi actifs, aussi productifs (quand il s’agit de viscères), plus forts même, plus actifs, plus productifs, que les grands.
Pour expliquer d’aussi graves exceptions (car on appelle cela des exceptions, en ajoutant aussi judicieusement qu’une règle doit toujours en avoir), on a dit qu’il pourrait bien se faire que ces petits organes, aussi fort; et aussi actifs que les gros, ne fussent petits qu’en apparence, qu'ils eussent en réalité une masse, représentée par leur pesanteur spécifique, égale à celle des grands ou des gros organes, et qui les placerait, à
l’égard de ces derniers, sur le pied de l’égalité. Pure hypothèse absolument et que ne légitime aucun fait consigné dans les annales de la science. Nulle part, en effet, n’y est mentionnée la mise en rapport et en proportion de la pesanteur spécifique des organes avec leur degré de force ou d’activité.. On a dit de même et pour la même explication, que cette force des petits organes, égale à celle des gros, est due à l’existence et par conséquent à l’influence d’un système nerveux, soit périphérique, soit central, plus considérable ou plus actif. Plus actif, c’est un mot, l’expression de ce qui est en question, une pétition de principe, un rien. Plus considérable, c’est une hypothèse, dont ce que nous allons dire du développement du système nerveux central dans ses rapports avec le développement de l’intelhgence montre l’inanité.
Il y a deux manières d’évaluer le développement du cerveau, deux manières qu’on peut employer concurremment ou séparément, suivant ce que les circonstances permettent ou indiquent : le mesurer ou le peser. On pèse le cerveau , soit dans sa totalité , soit dans ses deux ou trois parties principales, en ayant soin de le débarrasser préliminairement des membranes qui l’enveloppent. On le mesure , en général , à travers le crâne , défalcation faite de l’épaisseur des parois de cette cavité osseuse, dans des conditions, avec des précautions, suivant des procédés qui donnent à l'opération une exactitude suffisante. Je n’entrerai, à cet égard, dans aucun détail, bien que de nombreuses
recherches personnelles 1 m’en donnassent la facilité. Je n’ose penser que, dans cet ouvrage, j’offre au lecteur un édifice bien agréable à l’œil, ni même à l’esprit. Mais au moins ne lui en montrerai-je pas la charpente. Seulement cpi’il se persuade bien que cette charpente existe, qu’elle est solide et correcte. Je le dirai sans fausse modestie, je crois être, en ces matières, au moins un bon ouvrier.
Pour les rapports à établir entre le développement général du cerveau et celui de l’intelligence, il y a un fait hors de doute, et c’est bien la moindre chose. Ce fait consiste en ceci, qu’à partir et au-dessous d’une certaine limite, d’un certain chiffre de pesanteur ou de volume, le cerveau n’est. plus et ne saurait plus être que l’instrument de l’idiotisme ou de l’imbécillité. C’est un piano auquel manquent une ou deux octaves, et où l’esprit ne peut monter assez haut. Si l’on voulait, approximativement, à quelques grammes ou à quelques millimètres près, exprimer ce chiffre, on pourrait dire que, du point de vue du développement du crâne, représenté par sa grande circonférence, sa circonférence horizontale, ce chiffre minimum est de 430 à 460 millimètres (16 ou 17 pouces), et qu’au point de vue corrélatif de la pesanteur de l’organe, il est d’environ 1,000 grammes. A ces chiffres et au-dessous il n’y
i. Voir, dans le second volume, les deux mémoires : sur le Poids du cerveau considéré dans ses rapports avec le développement de l’intelligence; sur le Développement du crâne considéré dans ses rapports avec ce môme développement .
a que des imbéciles , dans l’acception scientifique du mot. Au-dessus, c’est-à-dire de 25 à 60 millimètres (un ou deux pouces), ou de 100 à 200 grammes au-dessus, l’esprit a retrouvé tout ce qu’il lui faut d’instrument ou de matière. Son jeu peut être aussi parfait avec oloà 540 millimètres (19 ou 20 pouces) de circonférence cérébrale, qu’avec 550 à 580 millimètres (22 ou 23 pouces), avec 1,100 grammes qu’avec 13 ou 1,400. De graves et braves encéphalotomistes, qui voudraient bien réduire toute la science de l’homme et de son intelligence à la dissection et au pesage du cerveau, ont essayé de soutenir la proposition contraire. «La grandeur de l’esprit, ont-ils dit, ou à peu près, est la grandeur de la cervelle et du crâne. Yoyez plutôt, ont-ils ajouté, le cerveau des grands hommes, de ceux au moins chez lesquels on a pu évaluer le développement de cet organe ou de son enveloppe osseuse. Yoyez le cerveau de Cromwell, qui pesait six livres un quart (mesures anglaises) ; celui de Byron, qui pesait 2 kil. 238 gr.; celui de Cuvier, qui pesait 4 kil. 829 gr.; celui de Dupuytren, qui pesait 1 kil. 436 gr. Quelles plus magnifiques et plus décisives preuves de la réalité de cette assertion? »
Sur ces quatre faits je ferai d’abord trois observations. La première, une observation générale, consiste en ceci, qu’il y a eu très-certainement erreur ou malentendu dans les pesées qui les constituent. Quelque simple que puisse paraître une opération de cette nature, rien de plus facile, si l’on n’en a pas une grande habitude, que
d’y mettre du plus ou du moins; du plus surtout, quand l’imagination prévenue a fait sa pesée à l’avance : c’estlà ce dont une certaine expérience personnelle ne me permet pas de douter.
Ma seconde observation, c’est que pour le cerveau de Cromwell, un Anglais, il faut se rappeler qu’il est question de mesures anglaises, suivant lesquelles la livre est environ d’un quart moindre que la nôtre (370 grammes à peu près au beu de 500). D’où il suivrait que le cerveau de Cromwell, au lieu de peser, pour nous, ou en mesures françaises, 3 kil. 125 grammes, n’aurait pesé que 2 kil. 230 grammes, chiffre à peu près identique à celui du cerveau de Byron, et qui, suivant moi, ferait encore de ces deux cerveaux deux organes incontestablement fantastiques
Ma troisième observation, relative au cerveau de Cuvier, est que ce cerveau a du être mal pesé, et qu’on lui a fait un prêt involontaire de deux à trois cents grammes. Cela résulte pour moi de la manière dont a été faite l’opération, et de communications sérieuses avec le physiologiste qui y a pris le plus de part 2.
Voilà mes trois observations. Veut-on que je les abandonne? J’y consens, ou plutôt je m’y empresse. Mon raisonnement n’en sera que plus concluant.
Cromwell, le protecteur Obvier Cromwell, avait, je le veux bien, dans le crâne quatre livres un quart de cer-
t . Voir la note I.