MM. Jacubowitsch et Owsjannikow
trices clans les parties sensitives du système nerveux, des cellules sensitives dans ses parties motrices, des cellules sympathiques dans ses parties motrices ou sensitives. Une pareille découverte ferait du bruit sans nul doute, et serait de nature à conduire à des résultats physiologiques, et, qui sait, psychologiques, tout à fait inespérés.
Quoiqu’il en soit de cette idée, sur laquelle il ne nous appartient pas d’insister, on ne peut nier qu il n y ait dans toutes ces opinions, dans tous ces prétendus faits d’anatomie microscopique du système nerveux, bien des variations, des incertitudes, des contradictions, detcontradictions quelquefois du même physiologiste avec lui-même. On ne peut nier qu’elles ne soient de nature à faire quelque peu hésiter sur les conclusions soit physiologiques, soit surtout psychologiques, à tirer des soi-disant découvertes de cette anatomie.
Eh bien ! ces variations, ces incertitudes, ces contradictions, je les mets un moment de côté. Je les mets de côté, et je suppose que tous ces joujoux de l’anatomie du système nerveux soient devenus des réalités sérieuses; je suppose qu’à cet égard on soit aussi sur du microscope qu’on l’est d’un bon œil, bien naturel et bien nu ; je suppose que sur les divers points de la structure intime du tissu nerveux tous les microscopes, comme tous les yeux , soient parfaitement et irrévocablement d accord; je suppose que les cellules nerveuses soient bien et dûment des cellules , à une , deux, dix pôles ou sans pôles ; que les fibres nerveuses soient bien des fibres ,
et que ces libres soient des tubes remplis par un vrai liquide et un cylindre d'axe solide ; je suppose, et ceci est encore bien plus exorbitant, qu’on sache ce que tout cela a de rapports avec la mécanique intellectuelle, s’il y a une telle mécanique. Toutes ces exorbitantes hypothèses admises pour des réalités, me fera-t-on l’honneur de me dire si Ton sait, si Ton comprend ce que le microscope, ce ne serait même pas trop du télescope, pourrait dans ce mécanisme et ses conditions montrer de différence du cerveau d’un grand homme à celui d’un petit , ou plus exactement d’un petit cerveau de grand homme à un grand cerveau de petit homme ; quelles différences , en d’autres termes, il pourrait signaler entre les fibres canaliculées et les cellules à noyau de l’un, et celles de l’autre ; différences expliquant comme quoi le grand cerveau du petit homme ne constitue entre les mains de l’esprit qu’un mauvais instrument, tandis que le petit cerveau du grand homme en constitue un excellent? Assurément, il est possible que de telles différences de texture existent non-seulement entre les cerveaux des hommes de nul et de haut mérite , mais entre les cerveaux d’hommes plus rapprochés par la dose et la qualité de l’esprit. Mais ces différences, non-seulement nous ne les connaissons pas , mais nous ne les comprenons pas. Je crois pouvoir me permettre de soupçonner que nous ne les connaîtrons ni ne les comprendrons jamais.
Tout ce que je viens de dire de la structure intime et microscopique du cerveau, considérée dans ses rap-
ports avec le développement de l’intelligence et les degrés ou les différences de ce développement, s’applique et aussi rigoureusement à la composition chimique de cet organe. Malgré des travaux recommandables dont l’origine remonte à Fourcroy et plus encore à Vauquelin, rien jusqu’à présent de plus obscur et de plus mal établi que cette composition. Rien, chose remarquable et bizarre, rien qui sorte plus de la ligne même des recherches de la chimie organique, ne fût-ce que par la bizarrerie des dénominations.
M. Couerbe, le premier chimiste, je crois, qui se soit occupé de l’analyse du cerveau à un point de vue en quelque sorte psychologique, admet dans cet organe cinq substances qu’il nomme siéaroconote , céphalote , éléencéphol , cérébrote , cholestérine. Comme et d’après Yauquelin, il y admet aussi du soufre; il y admet surtout du phosphore ; et voici comment il s’exprime sur les usages de ce dernier élément.
« De ce fait qu’on trouve (suivant M. Couerbe), 2,30 pour 100 de phosphore dans les cerveaux d'hommes ordinaires, 1 à 1 ,30 dans les cerveaux d’idiots, 4 à 4,50 dans le cerveau d’aliénés, il faut conclure que le phosphore est le principe excitant du système nerveux. J’ai hésité longtemps à supposer que le phosphore pût jouer un rôle dans les fonctions du cerveau; mais qu’y aurait-il d’ étonnant que cet élément prît une si grande part dans les fonctions du système nerveux?... 11 suivrait de ces idées et de ce qui précède : que l’absence du phosphore dans l’encéphale réduirait l’homme à la
triste condition de la brute; qu’un grand excès irrite le système nerveux, exalte l’individu, le plonge dans le délire épouvantable que nous appelons folie, aliénation mentale; enfin qu’une proportion moyenne rétablit l’équilibre, fait naître les plus sublimes pensées, et produit cette harmonie admirable qui n’est autre chose que l’âme des spiritualistes. »
Yoilà, certes, le phosphore chargé d’importantes fonctions; le voilà comme devenu le principe même de l’intelligence. Malheureusement pour cette âme phosphorée de M. Couerbe, et heureusement pour la vieille âme des spiritualistes, il ne paraît pas qu’il y ait grand compte à tenir, nous ne disons pas des idées de ce chimiste, mais de son analyse h
Aussi l'analyse du cerveau a-t-elle été reprise en sousœuvre. Elle l’a été notamment par M. Frémy, et le travail de ce savant a eu pour résultat l’annihilation à peu près complète des résultats obtenus par M. Couerbe. Les substances que M. Frémy admet dans cet organe sont : 1° une matière blanche nommée acide cérébrique; 2° de la cholestérine ; 3° un acide gras particulier appelé oléo-phosphorique ; 4° des traces à' oléine, de margarine et d’acides gras; principes qui ne sont plus ceux qu’avait admis M. Couerbe, lesquels, au dire de M. Frémy, ne sont pas des principes, mais d’assez mauvais composés 1 2. Mais ce que ruine surtout le travail de