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CHAPITRE ONZIÈME

Il en est de la philosophie êt de ses systèmes comme des livres, comme de toutes choses , hélas ! et des plus grandes choses : habent sua fata. Il y a en philosophie de ces courants, de ces irrésistibles courants d’opinions ou de doctrines auxquels se laisse aller tout un siècle, sans se refuser à aucune de leurs exagérations, dépassant même ces exagérations des siennes propres. La philosophie de Locke ne contenait pas en principe toutes les conséquences qu’on s’est cru en droit d’en faire découler. Elle les contenait beaucoup moins que le cartésianisme ne contenait le mysticisme de Malebranche ou le panthéisme de Spinosa. Condillac et toute son école les en ont déduites pourtant. Le grand mouvement de réaction qui a engendré le dix-huitième siècle se faisait alors contre la philosophie du dix-septième, et plus encore contre les privilèges de son aristocratie. Ce mouvement prit pour drapeau une philosophie, qui, dans sa simplicité et son esprit de mesure, semblait être la philosophie

de l’égalité des classes et de leur égale participation aux charges et aux bénéfices de l’état de société. On sait ce que Condillac, après d’autres et au-dessus de tous, fait delà sensation : tour à tour, et suivant les besoins de son système, un fait, une propriété, une faculté; puis, et pour ce qui est de ce dernier caractère, une faculté qui embrasse et produit successivement ou en même temps toutes les autres : dans l’ordre purement intellectuel, l’attention, la comparaison, le jugement, le raisonnement; dans l’ordre affectif, actif, moral, volontaiie, l’inquiétude, le désir, la préférence, la volonté enfin, la résultante, le dernier, le plus fort des désirs. Dans ce système, comme on le voit, comme on le sait et comme cela a à peine besoin d’être rappelé, toutes les facultés se tiennent, se confondent, beaucoup plus que dans tout autre, puisque toutes peuvent être ramenées à une seule, sont contenues dans une seule , la sensation , ou plus exactement la sensibilité. Il n’y est tenu aucun compte de ce grand fait, de ce fait capital, qui, à quelque point de vue qu’on se place , quelque explication psychologique ou physiologique qu’on en donne , est le fond même de notre nature intellectuelle et morale , le fait d’un dualisme où nous nous sentons si manifestement observateurs et observés, assaillants et assaillis, passionnés et raisonnables, désireux et volontaires. Une pareille erreur, une pareille exagération, une pareille négation de toute vérité, à ne l’envisager que du côté purement scientifique, ne pouvait pas être de bien longue durée. Elle devait faire place à la vérité, ou plutôt à quelque

exagération contraire, et c’est ce qui ne manqua pas d’arriver.

Cette volonté, ce moi distinct de la sensation, auquel on avait refusé sa place, vint la reprendre et ne s’en contenta pas. En Écosse, en Allemagne, et plus tard enfin en France, il finit, en fait de défenseurs et d’apôtres, par n’avoir que l’embarras du choix, un choix quelquefois même embarrassant. Comme il avait été opprimé par la sensibilité et tout ce que peuvent y rattacher les tours de main de la philosophie, s’il ne put la supprimer il 1 opprima, 1 abaissa , 1 obscurcit tant qu’il put à son tour. En France, et du point de vue à la fois psychologique et physiologique, Maine de Biran fut, sur les traces de Leibnitz, l’apôtre de cette réaction, le Monk de la restauration de la volonté et du moi. 11 fit du moi le moi de Médée,

Moi, dis-je, et c’est assez.

En Allemagne, et du point de vue métaphysique, ontologique , et pour tout dire du point de vue allemand, Fichte était allé bien autrement loin que Maine de Biran. Dans sa doctrine, si cela peut s’appeler une doctrine, le moi ne se contentait pas d’être le moi , c’est-à-dire à peu près tout dans la conscience humaine, il voulait être encore à peu près tout au dehors d’elle , c’est-à-dire le non-moi. En marche et armé en guerre, l’armet de Mambrin sur la tête, il ne s’arrêtait que lorsqu’il rencontrait quelque obstacle , un moulin à vent, un trou-

peau de moutons, et sur cet obstacle il posait résolument l’envers de son justaucorps, le non-moi. Claire ou non, puissante ou grotesque , cette manière d’envisager la volonté, le moi, ne faisait pas moins de la volonté, du moi, un personnage on ne peut plus distinct dans la pensée humaine, le seul vrai personnage de cette pensée, peu différent, M. de Rémusat l’a remarqué avec raison, du cogito de Descartes , mais d’une personnalité plus originale , et d’un plus pittoresque ajustement. Je ne veux pas, hélas ! rappeler ce que , par le malheur des temps, est devenu le moi dans cette même Allemagne, entre les mains des successeurs de Fichte , des successeurs de Kant et de Leibnitz ; ce serait à fendre le cœur et à tirer les larmes des yeux. Je le prends et je le garde, ce moi, des mains de J. Gottlieb Fichte, et à l’époque où ce grand homme, rachetant si magnifiquement les ténèbres de sa philosophie , mettait vaillamment son moi spirituel et corporel au service de la liberté allemande et de l’affranchissement de son pays.

Je le retiens, dis-je, et j’ajoute qu’un pareil moi, un moi aussi distinct, aussi prééminent, serait tout ce qu il y aurait de plus commode, une vraie trouvaille, pour les déterminations organiques d’une physiologie de la pensée. On ferait d’un pareil moi tout ce que l’on voudrait, ou plutôt tout ce qu’il voudrait. Rien de plus simple que de lui donner, à l’exemple de M. Flourens, sans pour cela avoir besoin de se livrer à aucune expérimentation physiologique, tout le cerveau pour organe, et cela bien plus encore chez l’homme que chez les bi-

pèdes emplumés. On pourrait tout aussi bien ne lui attribuer pour instrument que la partie centrale de cet organe, le centre ovale de Yieussens, le lieu de rencontre , si rencontre il y a, des origines nerveuses, le sensorium commune non-seulement de la sensibilité , mais de l’imagination, mais de la mémoire, mais du jugement.

Toutefois, ce surtoutà quoi se prêterait ce magnifique isolement du moi, sa suprématie sans rivale , ce serait un siège , une condition organique , tout à fait séparée aussi, tout à fait supérieure, tout à fait prédominante. Or, c’est un siège de cette sorte que Descartes n’a pas manqué d’assigner à la volonté; Descartes, comme nous venons de le voir, le vrai précurseur, le père du moi de Fichte. Le lecteur ne connaît pas assez, malgré tout ce qu’il nous a déjà fallu lui en dire, la magnifique position physiologique que ce grand homme avait faite à ce fils aîné , à ce fils unique de ses entrailles philosophiques. Le lecteur ne sait pas assez quelle importance il attachait à cette question des rapports de lame aux organes ; quelle assurance il portait dans la solution qu’il croyait én avoir donnée. Il faut donc absolument qu’il nous permette de lui offrir ici un plus ample échantillon de la physiologie de la pensée, telle qu’on l’entendait au grand siècle. On dit qu’en fait de roman notre siècle, à nous, ne le cède à aucun autre. Sans vouloir lui contester ce mérite, nous affirmons qu’en œuvres de ce genre il n’a rien produit, nous ne disons pas d’aussi amusant, mais d’aussi fort et d’aussi original que le roman de physio-

logie psychologique auquel Descartes a donné le titre de Passions de l Ame.

« ART. 31 (dudit roman).

« Qu’il y a dans le cerveau une petite glande en laquelle l’âme exerce ses fondions plus particulièrement que dans les autres parties.

«... En examinant la chose avec soin, il me semble avoir évidemment reconnu que la partie du corps en laquelle l’âme exerce immédiatement ses fonctions n est nullement le cœur, ni aussi tout le cerveau , mais seulement la plus intérieure de ses parties , qui est une certaine glande fort petite, située dans le milieu de sa substance, et tellement suspendue au-dessus du conduit par lequel les esprits de ses cavités antérieures ont communication avec ceux de la postérieure , que les moindres mouvements qui sont en elle peuvent beaucoup pour changer le cours de ces esprits, et réciproquement que les moindres changements qui arrivent au cours des esprits peuvent beaucoup pour changer les mouvements de la glande.

« Comment on conçoit que cette glande est le principal siège de l’âme.

« La raison qui me persuade quel’âme ne peutavoir en tout le corps aucun autre lieu que cette glande où elle exerce immédiatement ses fonctions, est que je considère que les autres parties de notre cerveau sont toutes doubles, comme aussi nous avons deux yeux, deux

mains , deux oreilles , et enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont doubles, et que d’autant que nous n’avons qu’une seule et simple pensée d’une même chose en même temps, il faut nécessairement qu’il y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux, ou les deux autres impressions qui viennent d’un seul objet par les doubles organes des autres sens se puissent assembler en une avant qu’elles parviennent à l’âme, afin qu’elles ne lui représentent pas deux objets au lieu d’un , et on peut aisément concevoir que ces images ou autres impressions se réunissent en cette glande par l’entremise des esprits qui remplissent les cavités du cerveau ; mais il n’y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent ainsi être unies, sinon ensuite de ce qu’elles le sont en cette glande.

« Comment l’âme et le corps agissent l’un contre l’autre.

« Concevons donc ici que l’âme a son siège principal dans la petite glande qui est au milieu du cerveau, d’où elle rayonne dans tout le reste du corps par l’entremise des esprits des nerfs, et même du sang, qui, participant aux impressions des esprits, les peut porter par les artères en tous les membres; et nous souvenant de ce qui a été dit ci-dessus de la machine de notre corps, à savoir que les petits filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties, qu’à l’occasion des divers mouvements qui y sont excités par les objets sensibles,

ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce qui fait que les esprits animaux, contenus en ces cavités, entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverses façons qu’ils sont capables d’être mus, et aussi que toutes les autres causes qui peuvent diversement mouvoir les esprits, suffisent pour les conduire en divers muscles ; ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de l’âme est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent ces esprits, qu’elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu il y a de diversités sensibles dans les objets; mais quelle peut aussi être mue diversement par l’âme, laquelle est de telle nature qu’elle reçoit autant de diverses impressions en elle, c’est-à-dire qu’elle a autant de diverses perceptions qu’il arrive de divers mouvements en cette glande ; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée que de cela seul que cette giande est. diversement mue par l’âme ou par telle autre cause que ce puisse être, elle pousse les esprits qui 1 environnent vers les pores du cerveau qui la conduisent par les nerfs dans les muscles , au moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres.

tt Quel est le pouvoir de l’àme en regard du corps.

« Toute l’action de l’âme consiste en ce que par

cela seul qu’elle veut quelque chose, elle fait que la

petite glande à qui elle est étroitement jointe se meut en la façon qui est requise pour produire l’effet qui se rapporte à cette volonté.

« Comment on trouve en sa mémoire les choses dont on veut se souvenir.

« Ainsi, lorsque l’âme veut se souvenir de quelque chose, cette volonté fait que la glande, se penchant successivement vers divers côtés, pousse les esprits vers divers endroits du cerveau , jusqu’à ce qu’ils rencontrent celui où sont les traces que l’objet dont on veut se souvenir y a laissées ; car ces traces ne sont autre chose sinon, que les pores du cerveau par où les esprits ont auparavant pris leur cours, à cause de la présence de cet objet, ont acquis par cela une plus grande facilité que les autres à être ouverts derechef en même façon par les esprits qui viennent vers eux ; en sorte que ces esprits, rencontrant ces pores, entrent dedans plus facilement que dans les autres, au moyen de quoi ils excitent un mouvement particulier en la glande, lequel représente à l’âme le même objet et lui fait connaître qu’il est celui duquel elle voulait se souvenir.

« Que chaque volonté est naturellement jointe à quelque mouvement de la glande, mais que, par industrie ou par habitude, on la peut joindre à d’autres.

« Toutefois ce n’est pas toujours la volonté d’exciter en nous quelque mouvement ou quelque effet qui peut faire que nous l’excitons (la glande). Mais cela change selon que la nature ou l’habitude ont diversement joint chaque mouvement de la glande à chaque pensée. Ainsi, par exemple, si on veut disposer ses yeux à regarder un objet fort éloigné, cette volonté fait que leur prunelle s’élargit, et si on les veut disposer à regarder un objet fort proche, cette volonté fait qu’elle s’étrécit ; mais si l’on pense seulement à élargir la prunelle, on a beau en avoir la volonté, on ne l’élargit point pour cela, d autant que la nature n’a pas joint le mouvement de la glande qui sert à pousser les esprits vers le nerf optique en la façon qui est requise pour élargir ou étrécir la prunelle avec la volonté de l’élargir ou étrécir, mais bien avec celle de regarder des objets éloignés ou proches. Et lorsque en parlant nous ne pensons qu au sens de ce que nous voulons dire, cela fait que nous remuons la langue et les lèvres beaucoup plus promptement et beaucoup mieux que si nous pensions à les remuer en toutes les façons qui sont requises pour proférer les mêmes paroles, d’autant que 1 habitude que nous aAons acquise en apprenant à parler a fait que nous avons joint l’action de l’âme, qui, par l’entremise delà glande, peut

mouvoir la langue et les lèvres, avec la signification des paroles qui suivent de ces mouvements plutôt qu’avec ces mouvements mêmes.

« En quoi consistent les combats qu’on a coutume d’imaginer entre la partie inférieure et la partie supérieure de l’âme.

« Ce n’est qu’en la répugnance qui est entre le

mouvement que le corps, par son esprit, et l’âme, par sa volonté, tendent à exciter en même temps dans la glande, que consistent tous les combats qu’on a coutume d’imaginer entre la partie inférieure de l’âme qu’on nomme sensitive et la supérieure qui est raisonnable, ou bien entre les appétits naturels et la volonté ; car il n’y a en nous qu’une seule âme et cette âme n’a en soi aucune diversité de parties. La même qui est sensitive est raisonnable, et tous ses appétits sont des volontés. L erreur qu on a commise en lui faisant jouer divers personnages qui sont ordinairement contraires les uns aux autres, ne vient que de ce qu’on n’a pas bien distingué ses fonctions d’avec celles du corps auquel seul on doit attribuer tout ce qui peut être remarqué en nous qui répugne a notre raison , en sorte qu’il n’y a point en ceci d’autre combat , sinon que la petite glande qui est au milieu du cerveau pouvant être poussée d’un côté par l’âme, et de l’autre par les esprits animaux qui ne sont que des corps, ainsi que je l’ai dit ci-dessus, il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires

et que la plus forte empêche l’autre. Or, on peut distinguer deux sortes de mouvements excités par les esprits dans la glande : les uns représentent à lame les objets qui meuvent les sens, ou les impressions qui se rencontrent dans le cerveau et ne font aucun effort sur sa volonté ; les autres y font quelque effort, à savoir ceux qui causent les passions ou les mouvements du corps qui les accompagnent; et pour les premiers, encore qu’ils empêchent souvent les actions de l’âme, ou bien qu ils soient empêchés par elles, toutefois, à cause qu’ils ne sont pas directement contraires, on n’y remarque point de combats. On en remarque seulement entre les derniers et les sentiments qui leur répugnent; par exemple entre l’effort dont les esprits poussent la glande pour causer en l’âme le désir de quelque chose et celui dont l’âme la repousse par la volonté qu’elle a de fuir la même chose ; et ce qui fait principalement paraître ce combat, c’est que la volonté n’ayant pas le pouvoir d’exciter directement les passions, aiusi qu'il a été dit, elle est contrainte d’user d’industrie et de s'appliquer à considérer successivement diverses choses dont, s il arrive que l’une ait la force de changer pour un moment le cours des esprits, il peut arriver que celle qui suit ne l’a pas et qu’ils le reprennent aussitôt après, à cause que la disposition qui a précédé dans les nerfs, dans le cœur et dans le sang, n'est pas changée ; ce qui fait que 1 âme se sent poussée presqu’en même temps à désirer et à ne pas désirer une même chose : et c’est de là qu’on a pris occasion d’imaginer en elle deux puissances qui se

combattent. Toutefois on peut encore concevoir quelque combat, en ce que souvent la même cause qui excite en lame quelque passion excite aussi certains mouvements dans le corps auxquels l’âme ne contribue point et lesquels elle arrête ou tâche d’arrêter sitôt qu’elle les aperçoit, comme on éprouve lorsque ce qui excite la peur fait aussi que les esprits entrent dans les muscles qui servent à remuer les jambes pour fuir et que la volonté qu’on a d’être hardi les arrête. «

Cet extrait de la physiologie cartésienne de la pensée et particulièrement de la volonté paraîtra peut-être un peu long; mais n’est-il pas encore plus instructif? N’estce pas quelque chose de curieux et qui donne singulièrement à penser qu'une telle fantasmagorie , montée et montrée par un aussi grand esprit? En vain dirait-on qu’elle était la conséquence obligée de ce dualisme excessif, où l’âme et la machine ne pouvaient communiquer qu’à l’aide de l’action divine. Là est précisément la chimère , point de départ de toutes les autres. C’est que Descartes n’est pas seulement le Descartes du discours de la Méthode, des Méditations, delà Géométrie , de la Dioptrique , de Y Algèbre. Il est encore et tout autant le Descartes des Tourbillons , des Météores , des Principes de la philosophie, du Traité des passions. Comme Leibnitz et plus d’un autre grand génie, il avait dans l’esprit son côté chimérique qui l’a emporté bien souvent loin du raisonnable et du vrai. Mais jamais il ne s’y est plus laissé aller que dans le roman de psychologie physiologique dont nous venons de donner un extrait.

Ce roman, la science actuelle a-t-elle quelque chose, une histoire, à mettre à la place? Peut-elle, avec plus de raison et de vérité, déterminer dans l’économie humaine, nerveuse, cérébrale, les conditions, le siège, l’organe plus particulier de la volonté , du moi , de l’âme en un mot , car il ne s’agit ni plus ni moins ici que d’elle ? Nous prendrions notre réponse dans Descartes , si déjà nous n’avions cité le passage qui la renferme ', et où ce philosophe, par une contradiction qui l’honore , rentre, on peut le dire, dans la vérité. Toutefois nous n’irons pas aussi loin que va ou qu’a l’air d’aller Descartes, lorsqu’il fait du corps une sorte de tout indivisible, dont toutes les parties ont les mêmes rapports avec l’âme et son unité. Ce serait mentir à la fois à la conscience du genre humain et aux résultats de l’observation scientifique, que de ne pas rattacher au système nerveux central, au cerveau , les conditions organiques prochaines de l’exercice de la volonté, qui sont aussi celles de la raison. La volonté, malgré la distinction qui a été faite et qui a dû l’être de cette suprême faculté, malgré le rang qui lui a été assigné, la volonté est trop inséparable des hautes facultés de l’entendement , elle s’unit de trop près avec elles, pour qu’on puisse l’en séparer dans ce qui est de ses conditions organiques. Pour le désir, l’affection, la passion, ces conditions, nous l’avons dit, pourraient être non-seulement le cerveau, mais tout

1 . Traité des passions, art. xxx. — Voir le chapitre II, page 61, du présent volume.

l’ensemble, ou une partie de l’ensemble nerveux. Mais la volonté, comme la raison, ne semble pas comporter d autre organe que celui qu’enveloppe et protège la boite osseuse du crâne, cette citadelle de l'âme, où 1 ame raisonnable , il y a deux mille ans, avait été placée par Platon.

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