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Méditation sixième-, réponses aux quatrièmes objections

ET DIFFICULTÉS DU SUJET

latives à celles que détermine la science dans l’étude du système nerveux, est-ce que, soit rapport de cause à effet, soit rapport d’effet à cause, on ressent, on conçoit des émotions, des affections, des passions, sans ces ébranlements corporels où les chairs, les nerfs du cœur et de l’épigastre sont si manifestement intéressés? Le genre humain tout entier, et ce qu’il renferme de plus inculte, ne sait-il pas que, de même que le plus souvent on sent ou plutôt on s’émeut par l’épigastre, par le cœur, on pense, on ne pense que par la tête, à ce point que, dans l’expression, il confond la plupart du temps et sans l’ombre d’idée de matérialisme, l’esprit avec le cerveau ?

Le corps, dans certaines de ses parties, renferme donc incontestablement les organes, les conditions matérielles de la pensée, aussi bien que les conditions de la vie. C’est là le résultat d’une vue générale, mais certaine, sur laquelle il serait inutile d’insister davantage. Il nous importe beaucoup plus de voir, d’une vue générale encore, mais que nous aurons à approfondir et à détailler en son lieu, dans quel rapport de connexion ou de distinction sont, entre elles, les conditions organiques de la pensée et les conditions organiques de la vie.

Lorsqu’on étudie la nature de l’homme dans le but, si difficile à atteindre, de déterminer les conditions corporelles de l’exercice de -sa pensée, il importe de ne rien négliger de ce qui se rapporte à ce but; dût-on remonter jusqu’à une époque de l’existence qui, de prime abord au moins , semble n’avoir aucun rapport

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avec les actes de cette pensée. L’époque dont je veuï parler comprend, on le pressent bien, l’obscure période de la vie qui précède la naissance, et celle des premières semaines, des premiers mois , de la première année même qui la suivent ; et si l’étude ne peut en paraître bien utile pour celle de l’intelligence, elle peut donner de tout autres résultats pour la détermination de ses organes.

Voilà un embryon, un fœtus, qui sera un jour un être pensant, un homme, un grand homme peut-être. Il existe depuis quelques jours, depuis quelques semaines, si l’on veut même depuis quelques mois. A coup sûr, il ne pense pas encore, à prendre même le mot pensée dans son sens le moins élevé. On peut même douter qu’il sente, ou, s’il sent, c’est à peine si ce qu il éprouve mérite le nom de sensation.

Mais, s’il ne pense ni ne sent, il vit, il vit tout autant et même plus que lequel que ce soit des organes de la mère qui le porte en son sein, et dont il est momentanément une sorte d’organe supplémentaire.

Il vit donc, il ne fait que vivre ; et pourtant il possède, à quelques semaines du moment de la conception, tous les organes attribués plus particulièrement au sentiment et à la pensée. Il a des organes des sens externes , au moins ébauchés; des yeux, des oreilles , des narines , une bouche. 11 a, tout aussi incontestablement, des nerfs de toutes les espèces, des nerfs qui partent de l’extérieur ou de l’intérieur du corps, une moelle épinière, enlin et surtout un cerveau. Et ce cerveau, chose

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remarquable, ce cerveau, qui n’est pas encore l’instrument du sentiment et de la pensée, est, chez l’embryon, le fœtus, bien plus considérable, proportionnellement au reste du corps et au reste du système nerveux, qu’il ne le sera à aucune époque de la vie. 11 gardera môme quelque chose de cette proportion durant toute la période de l’enfance et de l’adolescence, c’est-à-dire durant toute la période antérieure à celle du complet développement de l’esprit.

Ce gros système nerveux du fœtus , système nerveux soit central, soit périphérique, à quoi sert-il donc chez lui? De quelles fonctions est-il l’organe, un des organes, l’organe excitateur? 11 est évidemment l’organe excita teur des fonctions purement vitales, l’organe essentiel de la vie.' Et si l’on ne voulait pas admettre que ce soit, à cette époque, son usage exclusif, on serait au moins forcé d’avouer que c’est son principal usage. En vain dirait-on que le cerveau, le système nerveux du fœtus n’a pas encore acquis toute cette perfection de formes, toute cette richesse et cette fermeté de composition, de texture, que réclame l’exercice des fonctions intellectuelles, et que c’est pour cela qu’il n’a de rapport qu’avec l’activité de la vie. On n’avancerait qu’une pure hypothèse, qui, dans le cas même où elle serait fondée, ne ferait encore, on le sent bien, que confirmer la vérité de notre assertion. Ce sont là, du reste, des faits, des considérations, un point de vue, que nous ne faisons qu’indiquer, mais sur lesquels nous aurons à revenir et à insister.

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Éclairés ou au moins avertis par ce premier jet de lumière, sortons de ces limbes de l’existence, du sentiment et de la pensée ; franchissons un long intervalle de cette vie, pourtant si courte; arrivons à l’âge adulte; et demandons-nous, toujours d’une manière générale H sauf tous les développements ultérieurs, si, à cet âge, c’est-à-dire , en définitive , dans l’homme , le système nerveux et ses fonctions ne présentent pas quelque chose d’analogue à ce que nous venons d y voir pour l’époque de la vie intra-utérine et pour les premiertemps qui suivent la naissance.

Assurément, les relations du système nerveux, de certaines parties surtout du système nerveux, avec l’exercice de l’intelligence , ces relations sont incontestables, bien qu’ elles 11e soient pas exclusives; cet ouvrage a en grande partie pour but, et aura, je l’espère, pour résultat de le montrer. Il ne saurait donc être question, soit maintenant, soit plus tard, que des conditions et des limites dans lesquelles s’exercent ces relations.

La science actuelle de l’anatomie du système nerveux, c’est là son but, et elle semble y mettre sa gloire, cherche à distinguer dans ce système, d’une part les parties qui sont affectées au mouvement, celles qui sont dévolues au sentiment, celles qui sont particulières à l’entendement, d’autre part celles que réclame, à son tour, l’exercice des fonctions organiques ou de nutrition.

Or, cette science anatomique du système nerveux

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oserait-elle dire qu’elle a atteint ce double ou plutôt ce quadruple but, qu’elle est capable de l’atteindre, qu’il est même dans la nature des choses qu’elle l’atteigne? Oserait-elle dire que , soit dans les filets et les ganglions nerveux qui semblent exclusivement affectés à la vie des organes, soit dans le centre nerveux rachidien et les nerfs qui en émanent, soit dans le centre encéphalique enfin et dans tous les nerfs qui en partent ou qui s’y rendent, elle a pu faire la part de la vie et celle du mouvement, du sentiment et de la pensée? Non, elle ne l’oserait pas; car, si elle cherche dans cette voie, elle sait bien qu’elle n’a pas encore trouvé. Et ce qui lui rend cette recherche encore plus difficile, c’est qu’elle n’est pas bien sûre de la légitimité de son point de départ. Aussi voyez ce qui lui arrive. Après avoir fait tous ses efforts pour distinguer, dans le système nerveux, ce qui appartient à la vie de ce qui est du triple domaine du sentiment, du mouvement volontaire et de la pensée, il lui faut réunir ou rapprocher ce que, tout à l’heure, elle a séparé; comme sont, en effet, réunis ou rapprochés, dans la nature de l’homme, ces trois ou quatre ordres de phénomènes. Cette dernière tâche, il est vrai, n’est pas la plus difficile; car jusqu’à présent l’union n’est que trop étroite, tant est grande, de l’aveu même des anatomistes, sans parler de ce qui ressort de leurs contradictions, la confusion de toutes les parties de l’arbre nerveux. Or, ce que nous venons de dire des efforts de l’anatomie pour faire cesser cette confusion, s’applique bien plus rigoureusement encore aux efforts dirigés vers

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un but analogue par la physiologie expérimentale, qui, du reste, ne peut pas se séparer de l’anatomie.

Lorsque la physiologie expérimentale cherche à déterminer, par analogie, dans le système neiveux central, pour ne parler en ce moment que de lui, les conditions organiques des phénomènes sensitils et intellectuels, elle constate, nous n’y faisons pas opposition, que telle partie de ce système, le cerveau, est la condition, l’organe de ces deux ordres de manifestations. Cela résulte, nous l’admettons, de ses expériences. Mais ce qui résulte aussi de ses expériences, et ce quelle ne dit pas, ce qu’elle ne voit pas, ce à quoi elle ne prend pas garde, absorbée qu’elle est par ses préoccupations, c’est que ces centres nerveux, ce cerveau, ces hémisphères cérébraux , ne sont pas seulement les organes du sentiment et de l’intelligence, mais qu’ils sont aussi les organes de la santé générale ou delà "vie. Cette sauté générale en effet, cette'vie, sont presque immédiatement aussi compromises par les expériences ou les mutilations physiologiques que les actes de perception et d’instinct. Les animaux qui y sont soumis souffrent, deviennent malades, meurent, enfin, par le lait de ces mutilations. Or, à coup sûr, jusqu’à présent au moins, la physiologie expérimentale n a pas su distinguai , daus ces mutilations et leurs suites, ou plus exactement dans les centres nerveux où elle les opère, la part de la saute physique et de la vie de celle de 1 intelligence.

11 y a un dernier ordre de preuves qui montre jusqu à quel point se confondent, dans le corps humain et même

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dans les plus nerveux et les plus importants de ses organes, les conditions matérielles de la vie et de la pensée. Ce sont les expériences naturelles opérées par la maladie. Voilà une maladie, une altération cérébrale, soit lente, soit aiguë, soit spontanée, soit provoquée, qui détermine une lésion, un trouble des facultés de l’intelligence. Mais, est-ce là le seul trouble qu’occasionne cette maladie, cette altération? Ne détermine-t-elle pas, en même temps, soit à la longue, soit subitement, un trouble de la santé et de la vie; sans qu’il soit possible, bien entendu, de distinguer, dans la maladie, dans l’altération cérébrale, la part qui revient au trouble de l’intelligence de celle qui revient au trouble de la vie?

Une connexion très-étroite, dans le corps humain et jusque dans ses parties les plus exclusivement nerveuses, entre les conditions organiques de la pensée et les conditions organiques de la vie, c’est donc là ce qui, de prime abord, au moins, et d’une vue générale, la seule qui nous soit possible en ce moment, est ou paraît être dans la nature la plus vraie des choses. C’est cette connexion qui est le premier point à constater dans ces recherches, soit que plus tard il s’agisse de l’approfondir et de la confirmer, soit qu’au contraire on parvienne à l’expliquer, à la restreindre, sinon à la faire cesser.

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ARTICLE II. '

De la différence et de la distinction des deux natures de l'homme quant à la manière dont sont établis, pour chacune d’elles, les rapports de l’organe à la fonclion. — Deuxième condition et deuxième difficulté du sujet.

Lorsqu’on ne fait que jeter, sur les fonctions corporelles ou vitales, un coup d œil rapide et supeifîciel, on croit avoir assez fait de leur donner pour oiganes ces appareils spéciaux qui ont bien , en effet, ce caractère et qui tirent de là leur nom. Mais ce n est là qu une vue incomplète , que rectifie la moindre réflexion sur l’organisation animale et plus encore sur loiganisation humaine. Les fonctions corporelles ou vitales, en effet, ont en réalité deux ordres de parties ou d’organes: une partie intime, purement vitale, excitatrice, qui a son siège dans le système nerveux cential , une partie extérieure, en quelque sorte plus corporelle, constituée par l’appareil spécial de la fonction. Si dans ces fonctions corporelles, on s’adresse à leur première partie, c’est-à-dire à leurs conditions nerveuses, oh arrive, en fait de distinctions spécifiques, à quelque chose de presque aussi inconnu, aussi secret, aussi difficile que l’inconnu, le secret, le difficile des conditions organiques des fonctions intellectuelles, quelque chose , nous l’avons déjà laissé pressentir et nous n en disons rien de plus ici parce que nous aurons beaucoup à en parler plus tard, qui se confond peut-être, dans

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une certaine mesure, avec ces dernières conditions.

Mais si, de ces conditions intimes et nerveuses de la vie ou des fonctions, vitales ou corporelles, on passe à leurs conditions organiques extérieures et spéciales, pour comparer à cet égard ces fonctions aux fonctions intellectuelles, la scène alors change complètement, et l’on voit s’établir et se creuser entre les unes et les autres une différence, une séparation qui est presque un abîme. C’est là le second point de vue et la seconde difficulté de notre sujet.

Dans la recherche et la détermination des organes extérieurs ou proprement dits des fonctions corporelles ou vitales, la tâche n’est pas difficile ; la détermination se fait en quelque sorte d’elle-même, embrassant à la fois et d’un même regard l’organe et la fonction. C’est là l’essence de cette détermination. Cela est tout simple, puisque la fonction, ou plus exactement l’acte, n’est que l’organe agissant. Aussi dans les recherches les plus profondes, comme dans les expositions les plus élémentaires , l’anatomie ou l’étude des organes ne se sépare-t-elle pas de la physiologie, ou de l’étude et de la détermination de la fonction ou de l’acte. On ne connaît l’organe que lorsqu’on a étudié la fonction sous tous ses aspects et dans toutes ses phases, de même qu’on ne connaît la fonction que quand on a étudié et analysé l’organe jusque dans ses moindres éléments. Cette double étude, cette double détermination, simultanée et en quelque sorte identique, comment se fait-elle? En définitive, par les sens, par la vue, soit directement, soit en

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vertu d’une induction. Sans doute, la plus grande partie du jeu des organes et de son résultat se passe dans l’intérieur, l’obscurité du corps. Mais ce n’est pas là un obstacle pour l’anatomie, non plus que pour la physiologie; et trop souvent elles sont aidées, dans ces recherches, par la maladie et les résultats qu’elle occasionne.

Or, qu’est-ce que saisissent les sens, qu’est-ce que saisit, qu’est-ce que détermine la vue, dans la recherche de ces fonctions corporelles, de leurs conditions, c’està-dire de leurs organes, de leurs actes, c’est-à-dire de la fonction elle-même ?

Ce que saisissent ici les sens , et particulièrement celui de la vue, ce sont des conditions en définitive mécaniques ou de mouvement, ce sont des mouvements qui, en conséquence de ces conditions, sont produits dans l’intérieur ou aux limites du corps humain , mouvements d’un corps liquide, ou solide, ou aériforme, qui y est introduit, ou en est expulsé, ou y chemine ; le tout s’opérant suivant les lois générales du mouvement . modifiées, comme elles doivent l’être dans un corps organisé, vivant et animé.

Bien que ces idées me semblent évidentes par ellesmêmes, je ne crois pas inutile d’en rendre, par un court exemple, la vérité plus claire encore. Cet exemple, je le demanderai à la fonction de la respiration , ne considérant de cette fonction que ce qui est purement respiratoire, c’est-à-dire le fait de l’entrée de l’air dans la poitrine et de sa sortie de cette cavité. Envisagée à ce point de vue, qu’est-ce que nous présente cette fonction?

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Elle nous présente, clans un corps vivant, un phénomène mécanique analogue ou plutôt identique avec le phénomène du soufflet, avec le mécanisme en vertu duquel l’air entre dans un soufflet et en sort. Les parois de la poitrine, le corps du soufflet humain, se dilatent, et avec elles le poumon, la peau intérieure du soufflet. Le vide se fait dans le poumon, ou plutôt dans ses cellules; l’air extérieur se précipite, par la bouche et le nez, dans le tuyau respiratoire, le tuyau du soufflet; il va remplir et dilater les cellules pulmonaires. Par un mouvement alternatif ou opposé au précédent, les parois de la poitrine, le corps du soufflet toujours, se contractent, reviennent sur elles-mêmes, et avec elles le poumon qu’elles compriment; l’air est chassé et sort de la poitrine, ou plutôt du poumon, par le tuyau respiratoire, le tuyau du soufflet; et ainsi de suite, tant que la vie et son soufflet durent.

Dans cet acte, cette fonction de la respiration que je viens de prendre pour exemple, dans le rapport de cette fonction à son organe , que voyons-nous, et comment voyons-nous?

Nous voyons s’accomplir sous nos yeux un acte mécanique, dans des conditions déterminées et suivant les lois du mouvement et les propriétés de la matière. Tout nous y est présent du môme coup, en même temps; tout y concorde, l’organe, l’acte, le résultat. Dans un organe essentiellement dilatable, élastique, perméable, le vide se fait; l’air extérieur vient combler ce vide. Un mouvement en sens inverse ne tarde pas à se produire.

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En vertu de cette même élasticité et compressibilité du poumon, ses cellules se rapetissent et presque se comblent ; l’air comprimé en sort; et tout cela a lieu conformément à des dispositions calculées jusque dans leurs moindres détails, dispositions qui sont les conditions de l’acte, et qui constituent, en définitive, les rapports de l’organe à la fonction. L esprit est pleinement satisfait. Il a tout vu, croit avoir tout expliqué , tout savoir, et il ne comprendrait pas qu’on pût tenter de remonter au delà.

Veut-on pénétrer plus avant dans l’étude du mécanisme respiratoire, aller de sa partie en quelque sorte extérieure à sa partie intérieure, intime, à celle qui touche de plus près au but de la respiration, l’hématose? Ici encore on se convaincra que la formule des rapports de l’organe à la fonction est la même: un mouvement perçu parles sens, ou, à leur défaut, conclu par l'esprit, suivant des conditions organiques qui le nécessitent, l’expliquent, en y étant étroitement corrélatives.

L’air atmosphérique, parvenu jusque dans les dernières ampoules du tuyau respiratoire s’y trouve en contact avec les ramifications les plus tenues des vaisseaux qui ramènent le sang noir ou azoté des cavités droites du cœur. Chacun sait ce qui se passe alors : il se fait un double départ, une double combinaison, un double mouvement des éléments de 1 air et du sang mis ainsi en contact. Une partie de l’oxygène de 1 air va au sang, soit pour s’unir au carbone, que de son côté ce sang abandonne, et qui doit être rejeté par l’expiration

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sous forme d’acide carbonique , soit pour se mêler au sang et pour lui redonner de la vie et de l’éclat. Toujours est-il qu’à ces profondeurs mêmes de l’organisation, les choses ne se passent pas autrement qu’à sa surface, et cela dans toutes les hypothèses anatomiques et physiologiques. C’est toujours de la matière qui se meut, suivant les propriétés de cette matière et les lois de ce mouvement* et, bien que la vue .puisse rarement et difficilement saisir ce mouvement à ces profondeurs et dans ces ténèbres, l’esprit en est aussi assuré et se l’explique aussi bien que les plus grossiers mouvements extérieurs du corps.

En somme donc et d’une manière générale, dans les fonctions corporelles, lorsqu’on fait momentanément abstraction de leur partie nerveuse et excitatrice, et des rapports que, par son intermédiaire, elles peuvent avoir avec, l’exercice de la sensibilité et de la pensée, tout est parfaitement connu et clair, tout s’explique de soimême. L’esprit perçoit p.ar les sens, soit dans son propre corps, soit dans un corps semblable au sien, les fonctions et leurs organes, les perçoit du même coup d’œil; rapportant les premières aux derniers comme à leurs conditions nécessaires, se rendant parfaitement compte, et cela dans tous les détails, de leurs rapports de cause à effet, ne demandant, ne cherchant, à cet égard, et ne désirant rien de plus, les résumant enfin dans une formule qui satisfait à la fois les sens et la raison, la formule d’un mouvement produit, imprimé ou reçu.

Dans ce même corps, dans le corps de chacun de

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nous, ou plutôt dans cette personne, qui est chacun de nous, et qui est matériellement délimitée par les limites du corps, se passent d’autres phénomènes qui ne tombent plus sous les sens, bien que les sens ou leur exercice puissent, au moins pour un certain nombre d’entre eux, en être le point de départ. Ces phénomènes

sont ceux de l’intelligence.

Qu’on prenne, parmi ces phénomènes , Ceux qui occupent le rang le plus élevé, ou, si Ion veut, le plus intellectuel, les phénomènes de la réflexion la plus pure et la plus métaphysique, ou ceux qui tiennent de plus près au corps, à la sensation, ceux qui sont cette sensation même , ce qu’on y retrouvera toujours et dans tous, c’est une nature essentiellement différente de celle des phénomènes corporels. Réductibles tous et essentiellement au fait de conscience, ils ne tombent que sous sa lumière; ils sont, en quelque sorte, cette lumière; sans elle, ils n’existeraient pas. Ils ne se lient, dans leur aperception, à aucune idée, à aucune conception de mouvement, d’organe, de mécanisme. Certaines conditions préliminaires de la sensation, telles, par exemple, que les conditions des sensations optiques ou acoustiques, peuvent être ou sont un mécanisme et le mouvement qui en est la suite; mais ces sensations, en elles-mêmes, pour 1 esprit dans lequel elles se pioduisent et existent tout entières , ne sont ni mécanisme ni mouvement. Si elles ont un organe intérieur, une condition intérieure, la détermination de cet organe, de cette condition, ne peut se faire, ne se fait nullement

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de la même manière que la détermination, en quelque sorte mécanique, des organes des fonctions corporelles. Dans toutes les fonctions ou pour toutes les facultés intellectuelles, cette détermination, si elle peut avoir lieu, n’est et ne saurait être qu 'empirique; c’està-dire qu’il n’y a aucun rapport à établir, aucun rapport que l’on conçoive, entre les phénomènes intellectuels et les conditions, n’importe lesquelles, déformé générale ou particulière, de texture, de composition, de mouvement, des parties du corps humain qu’oblige à regarder comme les conditions matérielles de ces phénomènes ce fait, qu’ils ne peuvent se manifester en dehors de l’existence ou de l’intégrité de ces parties. C’est là ce que signifient, et ce que ne démontrent que trop les systèmes , pour ne parler que des principaux , de l’ assistance , de Y occasionalisme , de Y harmonie préétablie , du médiateur plastique , lesquels ne sont pas autre chose que des déclarations d’ignorance. Une certaine vague sensation , rapportée, dans et par suite de l’acte sensitif ou intellectuel, à telle ou telle partie du corps, à la tête, au crâne, par exemple ; la relation établie par l’anatomie entre tel organe de sensation, d’émotion, et telle partie des centres nerveux; la nécessité, la condition de l’existence de ces mêmes nerfs, de ces mêmes centres nerveux, pour l’accomplissement de tel acte sensitif ou intellectuel, démontrée par les expériences physiologiques ou les maladies : tels sont, en gros, les divers moyens de démonstration de l’affectation de telle ou telle partie corporelle, nerveuse, à telle

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ou telle manifestation sensitive ou intellectuelle, démonstration tout à fait empirique, d’où l’on conclut et dénomme X empirisme des rapports des fonctions intellectuelles à leurs organes.

ARTICLE III

Nature de la pensée. Indétermination naturelle des faits et des facultés qui la constituent. - Troisième condition et troisième difficulté du sujet.

Nous venons de voir quels sont les deux pre mienpoints de vue (points de vue qui constituent deux difficultés, deux grandes difficultés) desquels doit nécessairement se faire la recherche des conditions organiques delà pensée, à savoir : l°le mélange, la solidarité, au moins et jusqu’à plus ample informé probables, de ces conditions avec les conditions organiques de la vie ; 2° X empirisme de leur détermination.

Il y a un troisième point de vue, un troisième élément de la détermination de ces conditions organiques, point de vue ou élément qui constitue une difficulté peutêtre encore plus grande que les deux difficultés précédentes. Cette difficulté et cet élément proviennent de la nature même de la pensée, nature que traduisent et représentent, quant à l’objet de ces recherches, le mélange et la solidarité des divers ordres de faits qu elle embrasse, l’indétermination naturelle des facultés dans lesquelles on la décompose.

J’ai donné à ce livre, ou aux recherches qui le cons-

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tituent, le titre de Physiologie de la pensée, et ce titre, sur lequel je me suis expliqué *, ce titre dit suffisamment ce qu’exprime pour moi le terme générique de pensée. Pour moi , comme pour le père de la philosophie française et pour son disciple Malebranche, la pensée, c’est tout ce qui, dans la personne humaine, n’est pas son corps, ses organes, sa vie et toutes leurs sortes de mouvements. La pensée, c’est-à-dire tout résultat de l'activité de lame, comprend la sensation tout aussi bien que la réflexion , la passion tout aussi bien que la volonté. «Qu’est-ce qu’une chose qui pense, dit Descartes? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent2.» «C’est, ajoute-t-il ailleurs, le même esprit qui s’emploie tout entier à vouloir et tout entier à sentir et à concevoir 3 ; et toutes les opérations de la volonté, de l’entendement, de l’imagination et des sens sont des pensées 4 ; les sentiments mêmes de faim, de soif, de douleur, etc..., ne sont autre chose que certaines façons confuses de penser « C'est, l’entendement , continue et conclut en quelque sorte Malebranche, qui imagine les objets absents et qui sent ceux qui sont présents, et les sens et l’imagination ne sont que l’entendement apercevant les

\. Voir la note A à la tin du volume.

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