‹ Physiologie de la penséeChapitre 8 sur 51 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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dans la limite de la sensibilité physique ou de la sensation animale. Or, la sensation de l’animal n’est pas plus l’aperception de l’individu homme qu’elle n’est le simple mouvement végétatif de la plante ou le produit d’une impulsion. Ainsi se trouvent posées les bornes des deux sciences physiologique et psychologique. Tout ce qui sort de la libre activité tombe sous les lois nécessaires de la nature morte ou vivante, et appartient à la physique. Les facultés, les fonctions de la vie animale, prise dans toute son étendue, sont du propre ressort de la physiologie, qui laisse à part et au-dessus d’elle la science des facultés de l’être libre, intelligent, moral1. »

Les conséquences de cette doctrine anthropologique de Maine de Biran me semblent évidentes. S’il n'y a d'intellectualité que dans les actes et les phénomènes du moi voulant, libre et moral, si les affections, les passions, et enfin les sensations, sont des phénomène? étrangers au moi et de nature purement physiologique, on en peut dire à peu près autant de toutes les espèces de conceptions ou d’idées, et jusqu’aux plus réflexives, en un mot de toutes les manifestations de l'entendement. Dans le plus grand nombre des cas, elles ne sont ni plus volontaires ni plus libres que les sensations, et ne doivent pas plus que les sensations être rattachées au moi voulant. Le domaine de la psychologie se trouvera ainsi considérablement restreint, et celui de la physiologie glorieusement, mais dangereusement agrandi.

t . Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme, p. 89.

ET DIFFICULTÉS DU SUJET. 25

Dans cette doctrine, en effet, ou plutôt dans cette hypothèse, le moi organique, le moi cerveau, le vieil antagoniste du moi esprit, pour se substituer entièrement à ce dernier, n’aurait peut-être pas un bien grand effort à faire. Il lui suffirait, ce semble, de montrer, ou il suffirait qu’on montrât pour lui , que le moi esprit luimême, par suite de l’union naturelle qui lie intimement l’entendemept à la sensibilité et la volonté à l’un et à l’autre, est loin d’être toujours aussi libre dans cette volonté que le prétendent les partisans de son autonomie, et, par cela même, la spirituabté dont cette autonomie leur semble être la condition, se trouverait gravement compromise.

Mais heureusement que de telles conséquences ne découlent que d’une doctrine erronée des rapports du physique et du moral de l’homme, doctrine qui repose elle-même sur une détermination fausse de ce qu’il faut entendre par ce physique et ce moral. Il suffira donc, pour les prévenir, de se détourner de cette doctrine, et de rentrer, sur ce sujet, dans le droit et grand chemin du sens commun et de la vérité.

Non, sans doute, nous ne faisons pas dans notre moi nos sensations, nos affections, puisqu’elles nous viennent et ne peuvent pas ne pas nous venir d’impressions corporelles, soit extérieures, soit intérieures. Mais nous sommes loin d’y faire toujours soit nos idées, soit même nos voûtions, souvent si dépendantes, les unes comme les autres, de nos dispositions affectives, et même de nos dispositions purement organiques. De plus, ce point de

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départ, toujours corporel, dessensatioDS et des émotions, n’est pas une raison de prétendre que nous y soyons moins intellectuels que dans les idées et les voûtions. Nous sommes intellectuels, sinon au meme degTé, au moins au même titre, dans les unes aussi bien que dans les autres. Non-seulement les sensations sont ou peuvent être le point de départ des idées et l’occasion des voûtions, mais elles peuvent être aussi leur point de retour, celui au moins des premières, comme cela est si manifeste dans les fausses sensations, soit du sommeil, soit de la veille. EUes sont en outre, et nécessairement, le substratum , l’accompagnement obligé des unes et des autres. On ne pense pas et l’on ne veut pas sans sentir, c’est-à-dire sans signes et sans affections. Quand on a une idée et une voûtion, le sentiment et l’affection sont là, quelque part, et même tout près, qui s’y lient; sentiment et affection sans lesquels l’idée, la voûtion, n’existeraient pas, ne seraient pas perçues. «L’âme, dit Aristote, ne peut rien penser sans une image sensible 1 . » L’entendement, ajoute Bossuet, ne définit rien que l’imagination ne s’en mêle. Il se mêle des images sensibles dans la considération des choses les plus spiritueûes, par exemple de Dieu et des anges, et quoique nous les rejetions de notre pensée, comme choses fort éloignées de l’objet que nous contemplons, elles ne laissent pas de le suivre2. » Et les

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