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MÉCANISME DE LA PHONATION

Ici se trouve la difficulté de la question. Pour moi j'affirme que les difïerens sons de la voix humaine sont

produits par les lames vocales ou lames thyro-arythénoïdiennes inférieures (1)

Toutes les autres parties de l'appareil delà phonation ne jouent qu'un rôle très-secondaire.

La voix humaine se compose de sons graves (Lasse et baryton), de sons aigus (contre-alto-soprano, etc.), de sons intermédiaires (ténors). On a remarqué qu'elle pouvait parcourir trois octaves.

Voyons, dans un larynx, comment se forment les noies du médium , les notes aiguës et enfin les notes graves.

Prenons un larynx ausssi frais que possible, je veux dire aussitôt qu'il sera permis de l'enlever sur un cadavre 5 conservons la trachée dans toute sa longueur, puis enlevons le larynx en le laissant uni à l'os hyoïde et à la langue. Le pharinx sera fendu dans sa partie postérieure et tout le larynx soigneusement essuyé dans ses cavités. Je fais souffler par un aide dont la bouche est appliquée au tube fixé à la partie inférieure de la trachée; on comprend que je ne mets ce tube que pour empêcher le contact des lèvres de l'aide avec une trachée de cadavre.

Je rapproche légèrement les cartilages arythénoïdes , de manière à simuler l'action plus ou moins forte des muscles arythénoidiens , et j'obtiens des sons qu'on reconnaît facilement pour être ceux d'nne voix humaine.

Il serait curieux de s'assurer si cette voix d'un cada-

(I) Notons bien que toutes les fois que, dans le cours de ce Mémoire , je dis lames vocales , j'entends désigner les lames thyro-arythénoïdiennes inférieures. C'est à elles seules qu'appartient cette dénomination puisqu'elles seules vibrent. - Pour désigner les repl.s thyro-arytbénoïdiens supérieurs, jè dirai cordons ou bords glott.ques

supérieurs

vre rappelle exactement celle que le même homme avait à l'état de vie et de santé. Je n'ai pu vérifier cette particularité; seulement, après la mort d'individus que j'avais pu observer malades, j'ai presque toujours retrouvé une grande similitude entre leur voix de cadavre et leur voix pendant la maladie (1).

Il est reconnu, comme nous l'avons déjà dit, que le rapprochement des cartilages arythénoïdes est nécessaire à la formation de la voix sur le cadavre ; il en est de même pendant la vie: les expériences faites sur un grand nombre d'animaux me l'ont prouvé. Par conséquent, la phonation est un phénomène actif, dépendant de la volonté, phénomène qui exige une contraction musculaire, celle du muscle arythénoïdien. Dans l'état de repos , la glotte ne vibre pas (disons une fois pour toutes que, par glotte, nous entendons l'espace compris seulement entre les lames vocales); si on l'examine telle qu'elle se présente sur un cadavre, on voit qu'elle est triangulaire; le sommet du triangle est très-aigu, il est antérieur; les angles postérieurs sont arrondis; dès qu'on rapproche légèrement les cartilages arythénoïdes, elle devient ovalaire. J'ai vu, dans quelques larynx, la glotte en repos présenter ses bords ou ses lèvres presque parallèles, c'està-dire qu'ils étaient rapprochés postérieurement plus qu'ils ne le sont dans la majorité des larynx observés.

Ceci posé, il devient facile de comprendre pourquoi l'insufflation par la trachée ne produit pas de sons dans une glotte en repos. Les bords de cette glotte, en effet,

(I) il est bien entendu que pour chercher cette similitude, il faut laisser le larynx en place sur le cadavre, autrement le timbre serait change.

sont trop éloignés l'un de l'autre pour intercepter le passage de l'air; ils ne reçoivent pas alors une impulsion assez forte pour vibrer; mais si l'on rapproche les cartilages arythénoïdes, comme le ferait la contraction arythénoïdienne , ces bords glottiques resserrent l'intervalle qui les séparait; la colonne d'air , chassée par l'expiration, les rencontre et les met en vibration (1).

Ainsi, voilà produite la voix habituelle , la voix ordinaire.

Dans ce premier rapprochement des cartilages arythénoïdes opéré par la contraction du muscle arythénoïdien, une partie seulement de la face interne des arythénoïdes est en contact. Mais resserrez fortement le muscle arythénoïdien, en d'autres termes, rapprochez davantage les cartilages arythénoïdes l'un contre l'autre, vous voyez alors les tubercules de Santorini se rencontrer d'abord s puis se déjetter en arrière et s'arranger de manière que le droit passe ordinairement sous le gauche (2). Si les cartilages arythénoïdes n'avaient formé qu'une seule pièce avec les cartilages de Santorini, si ces derniers n'étaient pas mobiles sur les premiers, le renversement de ces petits cartilages ne pourrait pas avoir lieu, et le rapprochement des arythénoïdes eût été très-

Ci) Quand on parle à voix basse, la glotte est en repos, c'est-à-dire que le muscle arythénoïdien ne l'a pas mise en état de vibrer par le rapprochement des arythénoïdes. - Il n'y a don z qu'un frôlement de l'air.

(2) Lorsque les tubercules de Santorini sont en contact, on voit audessous d'eus un petit espace presque circulaire , borné en bas par la partie moyenne du bord supérieur du muscle arythénoïdien. — Dans plusieurs expériences , j'ai cherché si ce petit espace jouait un rôle dans la formation de quelques notes. - Je me suis convaincu que les bords qui le circonscrivent ne peuvent donner aucune vibration.

limité. On comprend ainsi pourquoi ces cartilages de Santorini sont toujours mobiles, même dans l'âge le plus avancé. Maintenant, embrassez avec les doigts tous les cartilages arythénoïdes , c'est-à-dire vos doigts étant portés sur le bord externe des arythénoïdes et sur leur base, rapprochez ces bases, amenez au contact les deux apophyses antérieures des arythénoïdes; alors si3 pendant que vos doigts ont pratiqué ainsi une compression graduelle sur les arythénoïdes , l'insuflalion a été continuée par la trachée, vous entendrez des sons dont l'élévation se manifeste aussi graduellement.

Or, dans ces expériences, qu'est-il arrivé? C'est que les lames vocales ont éprouvé un rapprochement normal d'abord, c'est-à-dire celui qui est nécessaire à la production de la voix ordinaire; la pression ayant continué, les deux apophyses antérieures des arythénoïdes se rencontrent, elles pressent l'une contre l'autre; alors les lames vocales , sur le plus grand nombre des larynx, sont diminuées de moitié dans leur étendue antero-postérieure. J'ai trouvé quelques larynx où cette diminution de longueur dans les lames vocales n'était pas exactement de moitié, mais de plus d'un tiers; j'en ai vu d'autres où cette section de la lame vocale était exactement d'un tiers, de sorte qu'antérieurement il restait les deux autres tiers pour vibrer.

Voyez une glotte à l'état d'immobilité ; à travers les fibres aponévrotiques que constituent les lames vocales, vous apercevez cette apophyse antérieure faire une légère saillie , se dessiner comme un point plus ou moins apparent, suivant les âges, suivant les individus. Ces deux petits tubercules sont toujours séparés plus ou moins l'un de l'autre; ils ne sont jamais en contact, â

moins que vous n'ayez en main un larynx très-mou , sans consistance, soit qu'un commencement de putréfaction ait ramolli les tissus, soit que cette molesse tienne au genre, de maladie et de mort, ou bien encore qu'eu voulant essuyer la cavité laryngienne, nous n'ayez dérangé la position naturelle des parties.

J'ai disséqué le larynx d'un vieillard de j5 ans, homme grand, très musculeux , qui m'a présenté dans la glotte une disposition remarquable q e je n'avais pas encore rencontrée; c'est que ce point qui établit ordinairement intersection dans la moitié de la longueur des lames vocales faisait une saillie très-forte dans la glotte, de telle manière que cette glotte semblait divisée en deux parties égales, une antérieure ovalaire, l'autre postérieure composée de deux bords parallèles.

Je. Y ai esquissée ici rapidement pour en donner un aperçu.

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