‹ Physiologie de la voix et du chantChapitre 3 sur 8 · Partie postérieure V ^^*- Partie antérieure · texte numérisé non relu

Partie postérieure V ^^*- Partie antérieure

Contre les arythérioïdes contre le tyroïde

C , C Tubercules.

Plus tard, j'ai trouvé une seconde fois la même disposition sur un larynx de femme de 4° â 5o ans.

Je n'ai pu obtenir aucune donnée sur leur voix à l'état de santé. Ces notions sur les points saillans que les apophyses antérieures des cartilages arythénoïdes forment à travers les lames vocales me paraissent bien importantes; elles expliquent déjà un moyen dont notre larynx se sert pour diminuer rapidement la longueur des lames vocales, et par conséquent l'espace compris entre les lèvres de l'anche humaine.

Jusqu'à présent nos doigts seuls ont opéré le rapprochement des arythénoïdes , et par conséquent des lames vocales.

Mais quels muscles peuvent graduellement conduire ces arythénoïdes jusqu'au rapprochement voulu pour l'intersection des lames thyro-arythénoïdiennes inférieures? Voici ce que de nombreuses recherches , des essais multipliés m'ont appris.

Après le rapprochement plus ou moins exact des arythénoïdes , déterminé par la contraction plus ou moins forte des muscles arythénoïdiens , vient Feffet produit par les muscles crico-arythénoïdiens latéraux et, en dernier lieu, par les muscles thyro-arythénoïdiens supérieurs.

Les muscles crico-arythénoïdiens latéraux rapprochent les cartilages arythénoïdes plus que le muscle arythénoïdien, et moins que les muscles thyro-arythénoïdiens supérieurs (1); ce sont ces derniers qui , prenant un point d'appui sur l'angle rentrant du thyroïde, amènent au contact les apophyles antérieures des arythénoïdes.

Les cartilages arythénoïdes jouent donc un rôle toutà-fait passif dans la phonation; ils ne vibrent jamais ; ils ne servent que de point d'appui aux lames vocales, et de point d'insertion aux muscles qui font varier la longueur et la largeur de l'anche humaine. Cette assertion sera encore mieux prouvée lorsque nous aurons étudié l'action des muscles qui forment les sons graves. Plaçons ici, en passant, une observation nécessaire, c'est que les cartilages arythénoïdes ne sont pas mis en

(I) Si ces muscles n'existaient pas , les thyro-arythénoïdiens inférieurs produiraient le contact de ces apophyses antérieures;

mouvement directement d'avant en arrière, ni de dehors en dedans, mais dans une ligne intermédiaire à ces deux directions.

Pour avoir la conviction que les muscles que j'ai nommés produisent l'effet indiqué, il suffit d'imiter leur contraction, en agissant sur eux soir avec les doigts, soit avec des pinces. Il est inutile de dire que cette traction sur les muscles doit toujours être faite dans le sens de leurs fibres.

Nous avons laissé la glotte diminuée de moitié ou àpeu-près, par l'intersection qu'a produite sur les lames vocales la jonction des tubercules. Dans cette position , on voit un espace elliptique compris entre deux lames blanches, nacrées, brillantes, résistantes comme un tendon , lames isolées, comme je l'ai dit, de trois côtés. Ces lames are-boutent ensemble par leur extrémité postérieure et antérieure.

Si, alors, l'aide lance de l'air par la trachée, on voit, on entend ces lames vibrer; elles donnent des sons plus aigus que ceux obtenus précédemment,- mais cette acuité va augmenter encore &i nous rétrécissons l'espace qu'elles laissent entre elles. Pour cela , saisissez par leur partie moyenne les deux lèvres de cette anche, serrez-les graduellement avec les extrémités de pinces à disséquer, ou bien encore comprimez lentement les deux parties latérales du cartilage thyroïde , de manière, à rapprocher de plus en plus, l'une de l'autre, les deux lames vocales, vous obtiendrez des sons très aigus qui arrivent jusqu'au summum de l'acuité. Si vous serrez trop, soit avec les doigts sur le thyroïde, soit avec les pinces sur les lames vocales, vous fermez complètement la glotte et n'avez plus de sons.

Ces notes aiguës sont plus difficiles à obtenir que celles du médium; il faut plus d'efforts clans l'insufflation. Du reste, l'expérience sur le cadavre est , ici , d'accord avec ce qui se passe dans la vie., ou les notes sur-aiguës demandent, pour leur formation, plus d'efforts de la part du chanteur que celles qui occupent une ligne moins élevée dans l'échelle musicale. L'effet de resserrement que, dans cette expérience, on obtient par les doigts ou par les pinces est déterminé, sur un larynx vivant, par la contraction graduée des muscles thyro-aryithénoïdiens inférieurs. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet (1).

Pour la formation de ces notes sur-aiguës, le larynx trouve une puissance fortement auxiliaire dans les muscles hyo-thyroïdiens. te dernier auteur, que je sache, qui ait écrit sur la voix, Bennati dit « que l'os hyoïde est fixé «pour chaque son, afin de faciliter la contraction des «muscles du larynx et amener les notes. » (2).

Cette assertion est évidemment une erreur, car les sons de médium et les sons graves se produisent très-bien sans l'intervention de l'os hyoïde, ce que nous prouverons aisément à mesure que nous avancerons dans notre exposition du mécanisme vocal.

Nous avons déjà expliqué comment les notes du me-

(1) Remarquons que les muscles constricteurs sont placés autour de la glotte de telle manière qu'ils deviennent plus forts, plus puissans à mesure que , par leur insertion , ils se rapprochent du centre de la glotte.

(2) Lorsque ce Mémoire a été envoyé à l'Institut, je n'avais pas connaissance des recherches de M. Muller, professeur d'anatomie à BerliD, faites aussi sur la voix et envoyées au môme concours. Je viens de me procurer son ouvrage imprimé depuis peu et plein d'expériences très-savantes et très-ingénieuses»

dium pouvaient être formées , et l'os hyoïde n'a pas eu besoin d'y jouer un rôle.

L'hyoïde ne sert vraiment que pour aider à former les notes les plus aiguës.

Tous les auteurs disent, tous les observateurs annoncent que, dans la projection de notes élevées, le larynx remonte et se jette en avant. Ils expliquentce fait par la nécessité de raccourcissement du tube sur-laryngien dans la formation de ces notes élevées; mais une autre explication plus juste résulte de mes recherches; c'est que, lorsque les muscles hyo-thyroïdiens doivent agir sur le larynx, ils prennent un point d'appui sur l'os hyoïde. Pour fournir ee point d'appui, il faut que l'hyoïde soit fixé par la contraction des muscles milo-hyoïdiens , génio-hyoïdiens , etc. — Cette fixation de l'os hyoïde étant établie, les muscles hyo-thyroïdiens se contractent (i), élèvent le cartilage thyroïde et impriment un léger mouvement de bascule à ses parties latérales; or, dans cette contraction des muscles hyo-thyroïdiens et dans ce mouvement des parties latérales du thyroïde, qu'arrive-t-il ? Prenez un larynx séparé d'un cadavre, conservant et ses rapports avec l'os hyoïde et tous les muscles qui s'y attachent; fixez fortement le cartilage cricoïde, tirez en haut et un peu en avant l'os hyoïde de manière à imiter la contraction des muscles hyothyroïdiens Yous voyez alors les lames vocales que

nous avons laissé rapprochées par la contraction du muscle thyro-arythénoïdien supérieur jusqu'au contact des tubercules arythénoïdiens ; vous voyez, dis-je, les

(I) Remarquons que ces muscles s'attachent obliquement sur le thyroïde, précisément dans l'endroit qui répond aux laines vocales.

lames vocales présenter plus de tension, devenir légèrement concaves supérieurement (i) , et donner des notes d'autant plus élevées que vous tirez plus fortement sur l'os hyoïde. J'ai été bien étonné et j'ai beaucoup admiré la première fois que j'ai vu ce résultat.

Bien souvent j'ai recommencé l'expérience 5 j'ai quelque fois observé que cette contraction des muscles thyrohyoïdiens, toujours représentée par la traction que j'exerçais sur eux ou sur l'os hyoïde , éloignait légèrement Tune de l'autre les lames de l'anche humaine , et cependant, en tirant de plus en plus, j'obtenais tonjours des notes dont l'acuité augmentait. J'avais peine à me rendre compte de cet effet, puisque la glotte devenant plus ouverte aurait dû produire des notes moins aiguës.

Il contrariait le résultat d'autres expériences Mais à

force de recommencer cette expérience , je suis arrivé^à comprendre le fait, et voici l'explication:

lorsque la glotte est dans l'état où l'ont placée les muscles thyro arythénoïdiens supérieurs, si les muscles thyro-arythénoïdiens inférieurs , ceux qui embrassent entre eux les lames vocales, viennent à se contracter, ils resserrent graduellement ces lames qui sont restées concaves entre elles; la glotte alors diminue et des sons aigus s'obtiennent. Je rappelle ici ce que j'ai déjà dit plus haut.

(I) Dans ce cas, la glotte présente en effet deux concavités 1° celle qui reste entre ses lames ; 2° une concavité de totalité , je veux dire que les extrémités antérieures et postérieures sont légèrement tirées en haut , et le milieu reste plus déprimé. — J'ai vu aussi quelquefois, au moment où les notes sur-aiguës s'échappent , la glotte soulevée par ce courant d'air, de sorte qu'elle présentait une courbure à convexité supérieure et concavité inférieure, par conséquent toute contraire à celle que je viens d'indiquer au n° 2.

Pour me faire mieux comprendre , supposons une glotte présentant dans son ouverture normale dix lignes de longueur, c'est-à-dire clans sa dimension antéro-po^stérieure. — Par le contact des tubercules elle n'a plus que cinq lignes de longueur; à mesure que le muscle thyroarythénoïdien si fort, si puissant se contracte, ces cinq lignes qui restaient peuvent diminuer par fraction de lignes jusqu'à l'oblitération complète. Mais pendant que cette contraction s'opère, que les muscles hyo-thyroïdiens entrent en action, alors on voit ces lames vocales pre'senter plus de tension, devenir plus brillantes, et on entend les sons sur-aigus.

J'avance donc ici une assertion d'une grande portée, c'est que les lames vocales, comme lèvres de l'anche humaine et non comme cordes, peuvent présenter plus ou moins de tension; c'est que dans les notes aiguës, le larynx a, pour leur formation, deux moyens, l'un le rapprochement graduel des lames vocales; l'autre , leur tension plus ou moins forte.

J'avoue que, plusieurs fois après avoir observé cette tension variable des lèvres glottiques , je doutais encore de cette possibilité, je croyais me tromper; mais je l'ai observé si souvent que je suis arrivé à cette conviction , que la glotte peut varier ses notes suivant les degrés de la dimension de ses diamètres et suivant la tension des lames qui la forment.

De plus, en étudiant le mécanisme des notes graves , ] ai encore retrouve ce phénomène de tension plus ou moins grande.

En recommençant souvent sur des larynx l'expérience de la formation des notes aiguës, il m'est arrivé, plus d'une fois , d'obtenir une série de notes presque conformes

à une gamme régulière, ascendante, gamme diatonique.

Pour terminer, je conclus que les notes les plus élevées sont données par les lames vocales sous L'influence combinée de la contraction des muscles thyro-arythénoïdiens inférieurs et hyo - thyroïdiens .

Examinons maintenant le mécanisme laryngien dans les notes graves.

Ce sont elles, ces notes de Lasse, de baryton que j'ai eu le plus de peine à trouver sur le cadavre.

Puisque les notes aiguës , me disais-je, s'obtiennent par la diminution graduelle des diamètres de la glotte, les notes les plus graves doivent se produire dans la plus grande amplitude de la glotte. J'ouvrais donc la glotte, le plus possible, en pressant sur les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs, et malgré tous les efforts d'insufflation, je n'obtenais aucun son. J'ai souvent recommencé, varié l'expérience et toujours ces notes de basse, m'échappaient.

Enfin, après- bien des tâtonnemens, je suis arrivé à reconnaître que pour les produire, il faut, avant tout, rapprocher les cartilages arythénoïdes au premier degré. C'est la même condition que celle que nous avons reconnue indispensable pour obtenir la voix ordinaire. Ainsi que je l'ai déjà plus d'une fois dit, la glotte, dans l'état de repos, d'immobilité normale, ne vibre pas 5 pour la formation d'un son, il faut toujours ce premier rapprochement des cartilages arythénoïdes.

Ceux-ci étant donc au point voulu , tirez plus ou moins fortement sur les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs pour imiter leur contraction 5 vous obtiendrez aussitôt des sons dont la gravité augmente ou diminue suivant le degré de contraction de ces muscles.

Et dans ce cas qu'arrive-t-il ? c'est que les lames vocales , au lieu de laisser subsister entre elles le petit intervalle plus ou inoins elliptique qu'avait formé le rapprochement arythénoïclien , deviennent presque parallèles par l'effet de la contraction des crico-arythénoïdiens postérieurs, et suivant la force de cette contraction , Fintervalle qui sépare ces lames parallèles augmente ou diminue; mais elles restent toujours assez rapprochées Tune de l'autre pour recevoir l'impulsion de l'air et vibrer.

Lorsqu'on veut obtenir du larynx des sons graves, il faut avec l'annulaire et le petit doigt de la main gauche agir sur les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs, plus, avec le pouce et l'index de la même main, rapprocher les cartilages arythénoïdes.

J'indique cette manière de faire, parce qu'avant d'avoir trouvé ce procédé, je ne pouvais agir simultanément sur toutes ces parties à la fois et que les doigts d'un aide gênent l'expérimentateur.

Voulez-vous encore changer la gravité de cessons, maintenez toujours les cartilages arythénoïdes dans un certain degré de rapprochement, plus, imitez la contraction des muscles crico-thyroïdiens ; alors on voit deux effets se produire, i° le renversement du cartilage thyroïde sur le cricoïde; 2° l'éloignement l une de l'autre des faces latérales du thyroïde, d'où résulte une tension plus grande des lames vocales, un agrandissement dans le diamètre antéro-postérieur de la glotte, et enfin un autre agrandissement graduel dans son diamètre transverse.

Les muscles sterno-thyroïdiens favorisent l'effet du crico-thyroïdien. J'ai reconnu aussi que moins les la-

mes vocales sont tendues, que plus elles sont longues, plus les sons deviennent facilement graves et moins il faut de force au courant d'air.

Ainsi l'anche humaine augmente ou diminue la tension de ses lames, soit dans la formation des notes graves, soit dans la production des notes aiguës.

Ce phénomène est bien remarquable; il concourt à nous faire comprendre toute l'étendue de la puissance laryngienne dans le chant et dans ses effets. Il peut nous surprendre d'autant plus que. rien de semblable n'existe dans les anches de nos instrumens.

Qu'en conclure.... sinon que l'homme n'a pas encore bien compris tout le mécanisme des fonctions qu'exécute son organisation, et que son génie n'a pas encore su imiter tout ce qu'il a compris.

Une autre réflexion se présente , c'est que dans la formation des sons aigus et des sons graves, le thyroïde représente les cartilages arylhénoïdes. Je veux dire que certains muscles agissent sur ce thyroïde pour mouvoir les lames vocales, de même que d'autres agissent sur les arythénoïdes pour donner aussi une impulsion à ces mêmes lames. Le thyroïde agit sur leur extrémité antérieure, et les arythénoïdes sur leur extrémité postérieure.

Le mouvement de bascule qui tend les lames vocales postérieurement , mouvement opéré par les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs, est parfaitement représenté par la mobilité du thyroïde en avant et en bas sur le cricoïde. déterminé par le muscle crico-thyroïdien.

On voit que tout le mécanisme de la phonation que je viens d'exposer, est le résultat d'études faites sur le larynx de l'homme. Il faut étudier l'homme dans l'homme

lui-même; tous les rapprochemens tirés de l'étude faite sur les animaux ne sauraient être rigoureusemeut appliqués à l'homme.

Disons, pour ceux qui voudraient répéter nos expériences, qu'il n'est presque point, de larynx qui se ressemblent dans leurs détails anatomiques , qu'il en faut voir et disséquer et expérimenter beaucoup pour se former une opinion; que surtout il ne faut pas pour l'étude de la phonation se servir de larynx trop jeunes; les cartilages sont trop mous, ils plient sous les doigts, ils se prêtent mal aux expériences , et donnent des résultats infidèles.

Les larynx vieux sont trop durs, les articulations trop peu mobiles, et le cartilage thyroïde en partie ossifié ne cède plus à la contraction musculaire. C'est précisément ce changement d'organisation qui rend tremblante, mal assurée la voix des vieillards.

Pour toutes les expériences laryngiennes, il faut absolument des larynx adultes.

En commençant a exposer le mécanisme de là phonation, j'ai affirmé que tous les sons que peut donner la voix humaine , sont exclusivement produits par les vibrations des lames vocales.

Prouvons d'abord que ni les ligamens thyro-arythénoïdiens supérieurs , ni les cartilages arythénoïdes ne peuvent donner de vibration.

Pour cela, je coupe en travers et dans toute leur épaisseur les replis supérieurs de la glotte , et tous les sons que j'obtenais d'un larynx, avant cette section, restent exactement les mêmes. Il faut prendre garde, dans cette expérience, que les bords de la section ne tombent sur les lames vocales, parce qu'alors ce contact empêche

leur vibration. J'ai vu ce fait se présenter lorsque ces replis glottiques supérieurs sont très-mous; alors je retranchai entièrement ces replis tbyro-arythénoïdiens supérieurs, et les sons graves ou aigus s'échappaient avec la même facilité lorsque mes doigts plaçaient les lames vocales en situation convenable.

Pour les cartilages arythénoïdes, je les ai coupés en travers, réséqués au niveau du muscle arythénoïdien qui se trouve ainsi mis à nu par son bord supérieur, et lorsqu'avec mes doigts, je représentais l'effet des muscles qui ouvrent ou ferment la glotte , j'obtenais les mêmes sons qu'avant la mutilation de ces cartilages.

Il y a plus, c'est qu'on peut couper les cartilages arythénoïdes encore plus bas, tout près de leurs bases, en laissant intacte l'insertion des lames vocales sur les apophyses antérieures de ces cartilages; alors , si l'on rapproche les lames vocales au point de mettre en contact les tubercules arytliénoïdiens, vous obtenez encore tous les sons aigus. Pour opérer ce rapprochement, il faut presser avec les doigts sur les arythénoïdes et fermer avec soin, avec ces mêmes doigts, l'ouverture formée par la section des cartilages arythénoïdes, ouverture qui établit communication avec l'intérieur du larynx, parce que, sans cette précaution, l'air poussé par l'aide s'échapperait sans frapper les lames vocales.

Les autres sons médium et graves s'obtiennent aussi, mais plus difficilement à cause des précautions à prendre pour bien fermer l'ouverture résultant de la section, tout en cherchant à placer convenablement les lèvres de i'anche en position nécessaire â ces sons.

J'ai répété plusieurs fois sur des chats et des chiens rkàns les expériences que Bichat et M. Magendie ont

faites. J'ai compris facilement pourquoi, sur les animaux vivans,la voix est nulle après la section en travers des cartilages arythénoïdes ; c'est que, quoique le muscle arythénoïdien se contracte pour rapprocher ces cartilages, l'ouverture produite par cette section ne se ferme pas, et l'air expiré s'échappe avec un bruit sourd, mai8 sans mettre en vibration l'anche vocale, tandis que sur les larynx humains la phonation continue, pareequ'ainsi que je l'ai dit , mes doigts ferment la perforation.

Lorsque je fais des recherches sur un larynx, j'ai l'habitude de le soumettre à mes expériences pendant qu'il est intact; ensuite j'enlève l'épiglotte, les replis arythéno-épiglottiques, les muscles thyro-arythénoïdiens supérieurs, une portion même du cartilage thyroïde, portion que je coupe horizontalement au-dessus des muscles thyro-arythénoïdiens inférieurs; alors ce larynx ainsi dépouillé de tous ses accessoirs, réduit à sa plus

^rande simplicité me laisse voir très-facilement la glotte " i et les mouvemens que j'imprime aux lames vocales.

Bien souvent, en étudiant des larynx et voyant le sommet et les bords de l'épiglotte, les replis arylhénoépiglotiques et les sommets des cartilages arythénoïdes circonscrire entr'eux un espace variable dans sa forme et ses dimensions, je pensais qu'il était possible que des vibrations fussent données par ces parties. Nous avons déjà cité à ce sujet l'opinion de M. Savart,et nous avons promis de chercher jusqu'à quel point elle était fondée.

Eh bien! j'ai vingt fois essayé de faire produire des sons par ces parties à qui je donnais divers degrés de rapprochement; je dirigeai contre elles un courant d a*

que je faisais varier dans sa force et sa rapidité, je n'ai jamais pu obtenir de sons, mais seulement une espèce de frôlement. Dans cette expe'rience, lorsqu'on abaisse Fépiglotte vers les cartilages arythénoïdes pour resserrer l'ouverture par laquelle on veut laisser e'chapper l'air, il faut prendre garde que ce fibro-cartilage n'embrasse les cartilages arythénoïdes et ne les rapproche , parce que, dans ce cas, on obtient des sons, mais qui sont produits par les lames vocales. Si l'on ne faisait pas attention, on pourrait faire erreur.

Dans cette même expérience, si je mets Panche hu* maine en état de vibrer, j'obtiens la phonation ordinaire qui s'échappe plus ou moins sonore, plus ou moins étouffée, suivant que je ferme ou que j'élargis l'ouverture bornée par Fépiglotte, les replis arythéno-épiglottiques et les cartilages arythénoïdes.

L'isthme du gosier, c'est-à-dire l'ouverture formée endessus par le voile du palais; sur les côtés, par ses piliers ; en-dessous, par la base de la langue, a-t-elle quelque action sur la modulation de la voix? peut-elle, comme voulait l'établir Bennati , avoir la faculté de produire les notes sur-laryngiennes ou de second registre, appelées encore par quelques écri vaines voix de tête, par opposition aux autres qu'ils nomment voix de poitrine ?.

Ici, je réponds négativement, et voici pourquoi: Sur un cadavre frais, j'ai scié Fos maxillaire inférieur sur la symphise, afin d'avoir plus de facilité pour examiner le fond de la bouche. Après l'avoir soigneusement essuyé, avec des pinces j'ai rapproché puis éloigné en

divers sens les parties qui forment cette ouverture ; j'ai cherché à les faire vibrer par l'insufflation clans la trachée; je n'ai jamais pu obtenir même l'apparence d'un son.

Calculant que les pinces peut-être empêchaient les vibrations des parties sur lesquelles elles reposaient, j'ai fait l'expérience d'une autre manière.

J'ai placé un fil au travers des deux piliers du voile du palais de sorte que l'anse qu'ils représentaient se resserrait plus ou moins, et avec elle l'intervalle qui sépare ces piliers selon que je tirais sur les extrémités du fil ramené hors de la bouche; je poussais aussi la base de la langue en arrière; ainsi je faisais varier à mon gré l'ouverture gutturale.

L'aide poussait de l'air dans la trachée; cette colonne d'air se trouvait, selon mes désirs , plus ou moins arrêtée contre l'ouverture du gosier, mais aucun son ne se faisait entendre. Du reste, la plus simple inspection pouvait, d'avance, faire pressentir ce résultat, car ces parties sont évidemment trop mollement organisées, ne présentent pas. assez de résistance pour vibrer-

Voulant savoir quelle influence elles pouvaient avoir sur le son produit à la glotte, j'ai fait une troisième expérience.

J'ai commencé par tirer du larynx un son que j'avais tien soin de reconnaître; ensuite je rapprochais, à divers degrés, les piliers stapylins, la base de la langue 5 même la luette que j'avais aussi traversée par un fil; alors, je faisais produire une deuxième fois le même son que j'avais noté; et après avoir, plusieurs fois, fait cette expérience, je me suis convaincu que cette ouverture gutturale ne faisait qu'étouffer, à divers degrés , le son produit à la glotte. Au premier moment, j'ai cru que le

son s'élevait à mesure que je fermais l'isthme guttural; mais, en recommençant souvent l'expérience, je suis arrivé à cette conviction que le timbre du son est changé par ce resserrement , que le son est voilé , obscur , mais que, dans un aucun cas, il n'est abaissé ou élevé. Vous produisez absolument le même effet lorsque, laissant échapper librement un son par la bouche , vous le recevez dans vos deux mains rassemblées au-devant d'elle et réunies de manière à former une cavité superposée aux lèvres.

Si vous rétrécissez l'ouverture antérieure formée par vos mains, vous rendez le son obscur; il est altéré dans son timbre, mais la note reste la même; il devient plus clair lorsque vous ouvrez davantage la cavité représentée par vos mains.

Quelle influence le pharynx ou plutôt le canal musculeux qui commence au larynx et finit à l'isthme du gosier, a-t-il sur la voix ? Pour chercher la solution de cette question, j'ai fait l'expérience suivante:

Sur un cadavre j'ai isolé le pharynx , je l'ai laissé intact et attaché, d'une part, à la base du crâne, de l'autre au larynx. En faisant produire une note à la glotte, j'allongeais ou raccourcissais le tube pharyngien, et dans tous les mouvemens qui faisaient varier cette longueur pharyngienne, la note n'était pas changée. Quelquefois la paroi postérieure du pharynx se repliait sur le larynx et gênait l'émission de la note, mais ce n'était là qu'un accident, qu'une faute dans l'expérience.

J'ai encore fait l'expérience d'une autre manière. J'ai enlevé un larynx frais, j'ai lié autour du cricoïde une petite vessie par une de ses extrémités; j'avais rendu

cette vessie souple en la mouillant légèrement; j'ai pratiqué une ouverture sur l'autre extémité de la vessie et j'ai fait souffler.

Une note étant produite par le rapprochement arythénoïdien , j'allongeais ou raccourcissais ma vessie , la note n'était pas changée.

Quand ma vessie s'affaissait et se mettait au-devant de la glotte , le mouvement que j'imprimais à cette vessie donnait un son brisé, une espèce de clapotement semblable à l'effet produit par l'agitation de la main devant la bouche pendant la phonation.

Le son, clans tous ces cas, change donc de timbre, de caractère, mais la note, musicalement parlant, reste la même.

Ainsi le tuyau sur-lar)Tngien formé par les parties que nous venons d'examiner, n'a d'autre effet, ainsi que le dit M. Magendie, que de se mettre en harmonie avec le larynx, de favoriser la production des tons, de leur donner plus de rondeur, etc.

Une autre preuve que le tube sur-laryngien ne joue qu'un rôle très-secondaire dans la formation des notes, est donné par une expérience bien simple.

Abaissez le menton vers le sternum , faites porter votre menton par deux ou trois doigts qui, réunis, reposeront transversalement sur le sternum; ces doigts mesureront ainsi la distance qui sépare le menton du sternum, et vous avertiront si , par quelque mouvement involontaire, vous changez la position. — Chantez alors la gamme

diatonique toutes les notes seront produites avec

plus de difficulté, certainement, que lorsque toutes les parties coordonnent librement leurs mouvemens; mais enfin elles sortent assez claires et précises pour qu'on ne

conserve aucun doute sur la possibilité de les produire sans changement bien sensible dans les dimensions du tube sur-laryngien (1).

Ce que j'ai dit du tube laryngien s'applique aussi à la trachée dont les changemens de dimension en longueur et largeur ne font ni monter ni descendre la note.

Voici l'expérience à l'appui de cette assertion; jJai fait souffler dans la trachée en lui conservant toute sa longueur, d'autre fois en ne conservant que deux anneaux attachés au cricoïde, anneaux nécessaires pour recevoir la ligature destinée à fixer le tube.

J'ai ajusté plusieurs tubes les uns aux autres de manière à simuler une trachée longue d'un, deux et trois pieds. J'ai resserré soit avec mes doigts, soit avec des lacs la trachée, et l'insufflation opérée dans ces diverses tentatives m'a démontré que le son restait invariable dans tous les changemens donnés aux dimensions trachéales; seulement, plus je soufflais fort, plus le son était intense, et réciproquement.

Concluons donc que la trachée n'a d'autre effet sur la

(I) MM. les docteurs Diday et Pétrequin ont publié, cette année, sur la voix un Mémoire écrit avec beaucoup de talent. Ils expliquent que la voix de Duprez , notre célèbre chanteur, est une nouvelle voix , voix sombrée , dans laquelle le cartilage thyroïde reste immobile malgré les notes aiguës ou graves.

Mes recherches sur le larynx m'ont aussi clairemeut démontré que la glotte peut rigoureusement produire toutes les notes par les changemens'seuls de ses dimensions. Mais les mouvemens en haut et en bas du thyroïde viennent puissamment en aide à la formation de ces notes, ainsi que je l'ai démontré dans l'exposition du mécanisme de la phonation.

phonation que de s'accommoder au volume d'air nécessaire à l'émission des sons. Pour les sons aigus qui demandent au courant d'air plus de force, elle est plus longue et plus étroite que pour L'émission des sons graves.

De plus, dans ces divers essais , j'ai fait une observation qui n'est pas sans importance, c'est sur l'usage de l'épiglotte dans la phonation. On se rapelle que M. Magendie , d'après des recherches faites par M. Grénié , a émis l'opinion que l'épiglotte pouvait servir à enfler les sons sans les élever. Pour m'en assurer, j'ai enlevé toute l'épiglotte , j'ai fait souffler en augmentant graduellement la force du courant d'air ; la note obtenue ne changeait nullement , elle s'enflait très-bien sous la force plus grande de l'insufflation. L'épiglotte est donc inutile au résultat qu'on lui supposait.

J'ai encore fait l'expérience d'une autre manière. Dans ma musette, j'ai placé une anche au lieu ordinaire, j'ai dirigé sur elle un courant d'air tour à tour fort, faible, lent ou rapide. Le son qu'elle produisait s'enflait à volonté, et cependant il n'y avait point de lamelle audessus de l'anche. La note ne changeait pas, elle variait seulement de force , d'intensité , de sonorité, en un mot

elle était filée.

J'ai aussi remplacé, dans ma musette, l'anche ordinaire par une autre plus large ou plus étroite dans son ouverture, l'intonation variait. Ce résultat est connu depuis long-temps; mais un fait qui l'est moins, dont j'ai trouvé aussi la démonstration, c'est qu'il faut que les dimensions de l'anche soient en rapport avec le réservoir d'air et le corps de l'instrument , fait qui peut nous expliquer la nécessité de la trachée de s'accommoder aux diverses ouvertures de l'anche humaine.

Nous devons conclure nécessairement que dans le larynx, la faculté attribuée à l'épiglotte n'existe pas.

Cependant je comprends que, dans une anche de nos instrumens, cette lamelle placée par M. Grenié puisse agir comme il le dit. Dans ces instrumens, lorsque nous voulons enfler la note, nous pressons involontairement plus fort avec nos lèvres sur l'anche ; cette pression inaperçue resserre l'anche et élève la note. La lamelle modifie peut-être cet effet. Mais dans le larynx , comme dans l'anche de ma musette, les dimensions de l'ouverture glottique ne changent pas sans la participation hien sentie de la volonté.

Outre les usages généralement attribués à l'épiglotte, elle a peut-être encore un autre mode d'action^ il est possible que la crête médiane qu'elle présente sur sa face inférieure vienne se placer au-dessus de la glotte et reproduire les sons flûtês. Cette idée est admissible lorsqu'on se rappelle l'effet produit par un corps tranchant placé perpendiculairement devant les lèvres rapprochées pour la formation du sifflet. On sait qu'alors les sons aigus du sifflet peuvent acquérir la douceur de ceux de la flûte.

Quoi qu'il en soit, il est certain que, par les muscles arythéno-épiglottiques , l'épiglotte pent s'abaisser sur le larynx. Ces muscles n'existent pas chez tous les individus; ils ont donc quelques usages particuliers , mais non indispensables aux fonctions de la vie. S'il est vrai, comme quelques physologistes persistent à le penser, malgré les savantes recherches et les ingénieuses expériences de M. Magendie, s'il est vrai que l'épiglotte soit nécessaire a la facilité de la déglutition , les mouvernens en arrière de la langue au moment où s'opère cette dé-

glutition , suffisent évidemment pour repousser le cartilage épiglottique sur la glotte. Les muscles arythénoépiglottiques ont donc une autre destination.

J'ai remarqué de plus que les replis arythéno-épiglottiques n'ont pas, proportionnellement , la même longueur chez tous les sujets.

Ainsi , quelques larynx les présentent assez courts pour qu'en ouvrant fortement la glotte par la pression avec les doigts sur les muscles crico-arythénoïdiens postérieurs , ces ligamens agissent sur l'épiglotte qu'ils abaissent vers le larynx. Chez d'autres individus, ces mêmes replis sont absolument sans influence sur la position de l'épiglotte, quelleque soit la contraction des crico-arythénoïdiens postérieurs.

Je pense arriver un jour à donner à ce sujet quelques explications; mais je n'ai pas eu le temps de rassembler jusqu'à ce jour assez de faits ni d'expérimenter suffsamment. Je veux cependant rendre compte d'un effet bien évident produit par l'épiglotte.

Si Ton essaie de chevroter ou de faire un roulement avec une seule note, on sent manifestement l'épiglotte qui s'agite sur la glotte; si, sans produire de notes, on imprime par l'expiration un mouvement rapide à cette épiglotte,'on entend un bruit sourd, un frôlement, une espèce de râle. C'est le même bruit qui a lieu dans l'action de ronfler. Si l'on inspire en tenant l'épiglotte rapprochée de la glotte, on entend aussi manifestement ce ronflement.

L'épiglotte peut donc servir â donner aux sons quelques caractères particuliers ; mais il faut toujours que le son soit produit à la glotte; elle n'en peut donner aucun par elle-même.

Ce qui prouve que, dans le roulement et le chevrotement d'un son glottique, l'épiglotte est rapidement agitée sur le larynx , c'est que si Ton tire fortement en avant la langue de manière à relever l'épiglotte, il devient impossible de produire les effets cités.

J'ai rencontré des épiglottes dont les formes variaient. Ainsi, chez un vieillard, j'ai trouvé l'épiglotte presque exactement ronde et découpée sur sa circonférence comme une dentelle.

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