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ORGANISATION NERVEUSE DE L'INTELLECT ARTISTIQUE

ment autre chez les anciens Égyptiens que chez les Français du XVIII® siècle, elle est aujourd'hui encore autre chez les Chinois que chez nous. Chacun tient son goût pour bon, il ne peut môme en juger autrement, et il n'est pas un seul artiste au monde qui soit jamais embarrassé pour trouver des raisons concluantes en faveur de son art propre.

Il est vrai, pour nous expliquer les centaines et milliers de jugements de goût, rapides et sûrs, que nous nous formons en une heure, dans un musée par exemple, pour y voir des comparaisons sponta,nées avec un nombre infini de combinaisons de souvenirs, nous devons rompre avec la conception en faveur : la mémoire ne doit plus ôtre pour nous une sorte de pharmacie, où chaque souvenir actuel est enfermé soigneusement dans un tiroir ou dans un flacon, jusqu'à ce que le gardien, l'esprit, vienne l'en tirer selon les besoins. S'il en était ainsi, nos jugements de goût seraient chose bien misérable.

Dans la réalité, c'est l'inverse qui se produit : les souvenirs se présentent à nous, ils surgissent sans attendre notre appel de leur cachette apparente, et par leur propre force ils i'ed(^viennent ce qu'ils étaient déjà lors de leur naissance, facteurs de véritable sensation et, selon le cas, faits de conscience. En d'autres termes, nous devons concevoir la mémoire, non comme un ministère de notre esprit pourvu d'une administration spéciale, mais comme une somme d'états des perceptions emmagasinées peu à peu par les divers organes des sens. Nous devons admettre qu'ils entrent ou rentrent^ d'euxmêmes dans la conscience d'après les mêmes lois que les communications actuelles des organes périphériques ; si tout le processus nous paraît obscur, c'est qu'en chaque cas particulier nous sommes livrés presque sans volonté à la libre action de l'organisme. Une fois ou l'autre nous pouvons

1. Cette alternative est importante. Maintes fois apparaissent dans notre consrience des souvenirs de perceptions actuelles, perçues elles-mêmes presque dans rt'tat de non attention. Une reproduction secondaire nous rend seulement attentifs à maints phénomènes ; de même d'autres vivent seulement en nous par l'effet d'une imai^e souvent tardive. Que de fois entendons -nous dire : « Je vois maintenant pourquoi telle ou telle chose était ainsi : je me rappelle maintenant cette circonstance, à laquelle je n'avais prêté alors aucune attention ! »

donner l'impulsion première au jeu d'étincelles des accumulateurs électriques de notre mémoire, mais nous ne sommes presque jamais sûrs de la marche du phénomène dans ses détails. Souvent l'appareil refuse d'entrer en jeu, et nous croyons alors qu'il n'est plus chargé — ; nouvelle erreur j)resque toujours, car en général le simple effort de « réflexion » prouve que le souvenir existe encore, mais hésite à paraître. C'est toujours le cas lorsque l'image ahsente de notre souvenir nous est représentée de nouveau pour actuelle et (|ue nous la reconnaissons alors ; la reconnaissance serait impossihle , si le souvenir en question était entièrement disparu.

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