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HISTOIRE DES SYSTÈMES DE PERCEPTION ARTISTIQUE

iH'ure. Cola apparaît dune maniCro liappantc, surtout cliex li's classiques do notre siècle. Los flgures de lours grandit cartons et de leiir.s frosques, colorées ou seulement dessinôos, ressemblent plutôt à dos statues de marbre antiques qu'à des ôtres vivants, cela s'entend de soi. Mais mCme le li-ncé de leurs poi'iraits décèle partout leur habitude tt'al- Iribuor plus d'importance au marbre ou au plàli^o qu'au modèle vivant. Ces contours tracés avec une régularité rigoureuse des yeux et de la bouche, ces omhres du plâtre. ce coloris consistant on dégradations schématiques de couloiii's tranchantes, tout nous montre clairement de quelle source sortaient les images génériques maltresses de ces ai'tistcs, combien lis étaient préoccupés, non pas de s'abandonner eui-mômes à la nature, mais tout au contraire d'imprimer à la natui-e leur cachet personnel, c'est-à-dire imité dt' l'antique.

C<! n'ftail pas même oxactonienl l'art antique aussi complet qu'on le connaissait alors, qu'on avait entrepris d'imiter, mais surtout les produits de cet art qui offraient une signification religieuse, mythique, allégoiique, en général fantastique. Do là aussi tl ressort clairement à quel point les " Wînckelmanniens » tenaient non pas à l'art spécifique, ("ost-à-diro à la façon des anciens de caractériser la naluie, mais bien plutôt à une certaine transfiguration des formes, possible à atteindre même sans elle. De là leur préférence exclusive pour les imagos des dieux et demi-dieux, pour les marbres â la Laocoon qui peuplaient les temples, et auxquels les artistes anciens s'étaient efforcés, on le conçoit, de prêter un air tout particulier de solennité, une sorte d'archaïsme traditionnel. Mais à cûtê de cet art plutôt rituel il existe un auti-e art antique, que nous admirons dans les bustes-portraits, les études do draperies, les statues de barbares, les figures de Tanagra de la Jeune Grèce, dans mille (Euvres ravissantes de la miniature, dans les peintiu'os murales de Pompéïes, etc. Les classiques tournèrent, comme le chat autour du pot, autour de cet art plein de vie et d'un réalisme admirable, qui contient la clef de l'intelligence doN statues de dieux elles-mêmes. Ils ont peut-être, à l'occasion,

représenté et reproduit certains de ces sujets ; niais que Ton compare seulement leurs traductions guindées avec les imitations, nées encore sous l'influence de l'art du xviii® siècle, d'un Piranesi et sous les auspices d'un Fragonard * î

Cette conception tout extérieure de l'antique propre aux classiques, contraire à la vérité et par suite à l'art, jette aussi son ombre sur leur appréciation de tous les autres phénomènes de l'histoire de l'art. Qu'ils aient condamné la période immédiatement antérieure des Tiepolo, Watteau, Greuze, Boucher, Fragonard, etc., cela peut s'expliquer aussi en fin de compte par d'autres raisons; mais leur détraction remonta plus haut encore : parmi les grands Italiens, ils choisirent pour leur enfant gâté Raphaël, et qui plus est le formaliste Raphsii^l; c'est aussi qu'ils étaient plus de même souche; les grands Vénitiens Giorgione, Titien, ne furent plus à côté de lui que des barbouilleurs plus ou moins bien doués! Et auprès d'un Lairesse ou d'un Van der Werff (auxquels d'ailleurs ils renoncèrent plus tard aussi), les Rubeus, Hais et Hoogli ne jouèrent que les rôles décoratifs; quant à un Rembrandt, ils ne savaient vraiment qu'en faire.

Les voyages des classiques à Rome caractérisent bien aussi leur tempérament artistique. Lorsque les artistes des écoles antérieures, pour lesquels la nature était la première et suprême maîtresse, les Diirer, les Burgkmair, les Rubens, etc., allaient dans le Sud, nous voyons les impressions nouvelles se marier avec leur art spécifique et porter réellement de nouveaux fruits pour l'art. Les classiques vont, il est vrai, en Italie, pour célébrer avec enthousiasme «le ciel d'un

1. Le grand œuvre antique de Piranesi commença à paraître dès 1736; il ouvrit en quelque sorte la période du style antique Louis XVI auquel on w peut pas refuser le réalisme. Le bel ouvrage de Saint-Non (Voyage pittoresque au royaume de ISaples, 1781), à laqueUe le profond réaliste Fragonard prituue grande part, reflète ce style dans sa maturité. Les classiques ultérieurs traitèrout de « surannée » cette manière réaliste de concevoir l'antique. U vaudrait la peine de consacrer un exposé détaillé à l'étude des phases diverses qu'a traversées la conception de l'antique depuis la première Renaissance italienne du XIII" siècle. Il n'est pas de siècle où une conception erronée de l'antique n'ait causé quelque mal. Sandrart ne donnait-il pas comme conclusion à son « Académie allemande » Tépigraphe suivante :

« C'est ici, jeunesse, qu'il te faut aUer à l'école, et cultiver la Muse qui s'appelle Fantique. Tout ce qu'on imagine de nouveau a son fondement dans l'antique ; c'est à cela qu'on reconnaît l'art. »

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