HISTOIRE DES SYSTÈMES DE PERCEPTIOX ARTISTIQUE
bleu éternel » et autres splendeurs de l'Hespérie, à roccasion aussi l'art du pays, sa noblesse et le feu de ses couleurs; mais ce que nous considérons aujourd'hui comme la plus riche floraison de l'esprit artistique italien, les Léonard et les Verrochio, les Michel-Ange et les Titien, ne leur donnent ([u'une émotion fugitive, parce qu'ils manquent d'intelligence pour la nature intime de leur art. Une fécondation du talent, <^omme il est arrivé pour un Antonello de Messine dans les Pays-Bas et, inversement, pour bien des artistes du Nord en Italie (non pas toujours sans doute à leur avantage), était exclue d'avance chez les classiques.
L'histoire de lart nous fournit la pleine confirmation de cette vérité, déjà évidente pour des raisons purement optiques, que l'étude de la nature et la technique artistique grandissent et déclinent l'une avec l'autre. Les modèles naturels, en effet, ont dans leurs éléments matériels et dans les nuances de leurs couleurs une délicatesse et une mobilité mille fois plus grandes que n'importe quelles copies, et l'œil môme le plus perçant et le mieux exercé ne cesse jamais de <lécouvrir de nouvelles finesses dans la nature ; on peut donc dire : il n'y a ni techniques ni styles qui fassent parfaitement droit à la nature; le progrès dans le faire ne peut jamais ôtre que relatif, en général même une technique brillante ne peut guère échapper à l'exclusivisme dans l'indication des divers tons, puisque l'œuvre sortie de main d'homme ne saurait posséder cette propriété de la nature, de montrer tout à la fois dans le jour le plus favorable les masses les plus grandes et les plus intimes détails. En face de la nature, l'artiste n'a donc pas seulement le devoir de rectifier sa propre technique et de l'affiner en raison du progrès de ses connaissances, mais il doit savoir qu'aucune limite ne lui est en général fixée dans ce perfectionnement tout original. Au contra're, celui qui veut fonder son art à l'école et par la copie d'œuvres humaines, emprunte non seulement une conception étrangère de la nature, mais aussi une technique étrangère; il n'apprend pas à pénétrer la nature avec le regard d'aigle du véritable artiste, il croit bien plutôt lui faire droit en s'appropriant contre toute
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justice les compliments et excuses qu'un autre a imagînr's pour soi-môme et non pour lui, l'imitateur !
Car toute vraie œuvre d'art, si grande encore qu'elle soit (on peut en dire autant des œuvres scientifiques ou litlrraires !), n'est qu'un hommage plus ou moins ingénieux rendu à la nature et accompagné d'une révérence dont Tliumilité répond au degré de cette vénération; et cette révérence veut dire : « Je me suis loyalement efforcé de te sonder ; je vois que je n'atteins pas jusqu'à toi, mais je n'ai pu mieux faire. » C'est le sentiment de tension de nos souvenirs qui s'exprimi^ ainsi (page 120). Mais sur quoi l'imitateur servile de l'art d'autrui peut-il s'excuser vis-à-vis de la mère commune? Lui qui, dans sa présomption à courte vue, n'a pas seulement tenté de regarder la vérité face à face, il n'a pas le moindre droit de s'associer à l'hommage des arts, et que peut-il balbutier, sinon de mensongères et lourdes flatteries ?
Mais le plus grand malheur est encore qu'une conversion parfaite* n'est plus possible. Les images fausses réapparaissent chaque fois au jour, en dépit de tous nos elTorls pour nous en dégager. De là cette loi impérieuse que dans tout enseignement des arts plastiques il faut commencer par l'étude de la nature, et la poursuivre tant qu'on ait acquis une certaine organisation fixe des images vraies et d'une technique qui réponde à la conception indépendante de la nature.
Et pourtant nous aimons les grands maîtres de tous les temps et de tous les pays, et nous aspirons à connaître leius œuvres immortelles 1 La culture générale n'est pas seule à réclamer ce commerce intime, l'art plastique lui-môme romprait avec les lois du progrès, s'il passait indifférent auprès des créations de prédécesseurs supérieurement doués.
Comment donc concilier cette seconde exigence avec tout ce qui précède? Rien de plus simple. Nous considérerons l'œuvre d'art pour ce qu'elle est en réalité : comme un extrait surprenant de la nature, comme une ingénieuse interprétation, comme un poème. On se réjouit tant que Ton veut la vue de ces créations, on forme son bon goût à leur étude, mais on ne les copie pas et on ne les apprend pas par