HISTOIRE DES SYSTEMES DE PERCEPTION ARTISTIQUE
cœur! Le principe vînl de l'amour de la véritij est bien supérieur à ce culte d'album d'âmes de jeunes flUes aux cordes sensibles. A celui-là seul qui l'aime directement et sans intermédiaire, la nature ouvre ses meillcui's secrets, Anticus Plato sed inagis arnica veritas !
La conséquence qui s'impose est que la connaissance dos œuvres d'art ne doit jamais devenir une étude capalilc d'étouffer ou même d'éliminer l'observation de la natuic : cette connaissance ne doit, comme source d'instruction secondaire, prendre une plus large place dans ia vie et le travail du jeune apprenti de l'art, qu'une fois que la nature lui a révélé son cliarme magique. L'étude des chefs-d'œuvir ne devrait donc être au début qu'une revue rapide, contemplative ; elle ne devrait pas ôtrc imitattve. Cela n'exclul pas la possibilité pour le jeune artiste ou amateur de ti-acer de temps à autre, d'après une œuvre étrangère, l'esquisse rapide de quelque attitude gracieuse et pleine de goût, di' chercher à ressentir pour son compte le «o6/e contour qui le frappe çà et là, d'insérer dans son cahier de notes telle solution intéressante d'un problème technique, tel trait dr maître, telle mauière originale de ti'aiter la lumière ou l'ombre '. Mais la chair et les os de son étude, il doit les demander à la connaissance de la nature acquise par le Iriivail personnel.
C'est en ce sens que j'ai toujours désiré voir comprendic mon " recueil de foi-mes »', trop souvent, hélas! employé dans les écoles comme simple collection de « modèles rie dessin ». Je ne m'oppose pas à ce que l'élève aussi examiui'
1. Lu coDseil i(UU j'ai douné dins ma Jdies mr Vensiigntment du datin tt la callurt di la voeation, 3* rdition, Muaich, 1SS7, i>age IS et suit., a phllé à plu:; d'un malentendu. Je reconmiaiidG rétudc et la reproduction éventuelle de iatsins de maltreK reconnus pour leur valeur, non pas comme équiraleut de 1Y-tude de la nature, maig seulement pour permettre à l'élëTc de surmonter utl'I' moins de peine les premières difticultés techniques ; l'important, ici, est moius l'objet de la représentation que le procédé d'exécution. Nais J'accorde que Iv conseil, dans les termes où il était conju au passage cité, pouvait èlrc mal entendu : même la copie destinée à l'enseignement de la technique devrait étri' réduite en strict nécessaire ',
2. Publication de l'auteur parue depuis 1877, sous le titre de « Formeii- BChatt <• ou (édition trauçalBe) L'Art pratique. C'est un recueil d'environ 2,000 planches d'après les chefs-d'œuvre do tous les temps, [Note du Trad.)
attentivement ces feuilles, disposées dans un ordre quelconque au point de vue du style ou des objets, et je le recommande même ; mais ce ne devrait être qu'un moyen de le délasser et de l'exciter, comme les chefs-d'œuvre symphoniques qu'on fait entendre au débutant en musique ; on ne devrait les lui montrer qu'une fois son travail exécuté, et ce travail devrait être l'étude de la nature !
Si on procède ainsi, on poun^a parler alors d'une base saine du système mémoriel artistique. On peut même dire que cette méthode en elle-même, envisagée pour sa qualité et tant qu'il ne se produit aucune surcharge en quantité, ne saurait entraîner à sa suite aucuns troubles nerveux ou même aucune dégénérescence psychique. Il n'est pourtant pas juste de rendre l'art spéciflque, le commerce intime du sens visuel et de ses « mémoires executives » avec la nature, responsable des complications souvent dangereuses mêlées d'un élément visionnaire, d'exagérations poétiques, de fanalisme religieux, de passions démoniaques et autres produits monstrueux de la culture intellectuelle de serre chaude!