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La prétendue psychose dégénérative du génie

A regarder de près comment Lombroso et ses partisans ;^

choisissent et disposent leurs arguments, on acquiert la conviction que la « psychose dégénérative du génie » établie par eux n'est que le dernier membre, en quelque sorte l'anneau final d'une chaîne entière. Cette chaîne doit, encore qu'ils ne l'expriment pas directement, enlacer toute l'humanité : c'est la théorie de l'irresponsabilité universelle ! En ce qui concerne les crimes et les criminels, cette théorie a déjà sensiblement pénétré dans la justice de presque tous les pays, elle est soutenue par le noble souffle humanitaire qui traverse notre vie publique plus encore que notre vie privée; elle influe non seulement sur les jurés, mais encore sur les juristes et les médecins experts, et môme l'Église, d'ailleurs inexorable, consent à voir dans le péché capital du suicide une triste fatalité, partout où elle semble pouvoir le faire.

Tout cela est sans doute très beau et assurément chrétien. Mais il est pourtant du plus haut intérêt, pratique aussi bien que scientifique, d'introduire un système sérieux dans celte conception modifiée et ce redressement de ce qui est anormal et dangereux pour Tensemble. Par le fait que nous excusons simplement comme « morbide » tout ce qui nous déplaît chez d'autres comme chez nous-mêmes, nous ne nous bornons pas à nous engager sur un plan incliné, nous renonçons aux meilleurs moyens d'amélioration. Sans doute, tout ce qui n'est pas sain est morbide; mais placer simplement la source de tout phénomène malsain dans une dégénérescence psychophysique, c'est substituera la recherche scientifique un axiome commode. Tout homme a déjà, en vertu de l'instinct de conservation personnelle, un penchant à considérer son bien-être personnel plus que celui de ses semblables; mais c'est une entreprise mauvaise, contraire à la civilisation, que de voir, sans plus d'ambages, dans cet instinct, en lui-même des plus sains puisqu'il est naturel, l'émanation d'un germe morbide. Neuf fois sur dix, ce sont peut-être seulement les images acquises, les

G. HIRTH. i/|

idées, les événements de la vie, Féducation, les conditions sociales, qu'il nous faut déclarer malsaines et, par suite, morbides. De ce point de vue, la question prend un toul autre aspect. On peut toujours ensuite éloigner de notre justice la notion de « châtiment » et regarder celui-ci comme une arme nécessaire et personnelle de la société contre des éléments rebelles — nous n'avons pourtant pas permission de renoncer au droit de corriger les monstruosités, d'améliorer de force et, le cas échéant, d'anéantir les éléments de cette sorte î

Quant à la prétendue psychose du génie, Lombroso lui attribue, dès Tabord, un caractère épileptique* :

« Si l'on compare, dit-il, les phénomènes donnés dans Tépilepsio et ceux que nous avons observés chez des hommes de génie, on est amené à penser que la création géniale émane d'une forme dégénérative de psychose qui appartient à la famille des épilepsies. Cette opinion s'appuie sur les faits suivants : origine d'hommes de génie sortis de faniilles disposées par l'hérédité aux maladies mentales, etc., apparition du génie à la suite de lésions à la tète, anomalies crâniennes (capacité trop grande ou trop petite du crâne — asymétrie) ; développement précoce tant physique qu'intellectuel, lacunes fréquentes de conscience (amnésie et anesthésie, somnambnlisme, courses inquiètes, poltronnerie, accès religieux en dépit d'une incrédulité prononcée, délire fréquent pour des motifs futiles, dédoublement de la personnalité * et aussi misonéisme, qui se pi^sente également chez des criminels à côté de Fapathie. Même la prédilection pour des animaux est conmiune aux hommes de génie (Lord Byron, le prince Pûckler, Schopenhauer) et aux dégénérés et épileptiques. Les absences d'esprit des grands hommes, dit Tonnini, ne sont souvent rien de plus qu'une manifestation épileptique. Une preuve particulièrement forte est le manque de cœur général chez tous les hommes de génie, fous ou non, qui fait de nos conquérants des voleurs sur une plus large échelle. »

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