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L'auteur fait plus loin des restrictions

3. L'exemple des aveugles-nés ne saurait être invoqué, selon M. Hirth, contre la théorie nativiste. D'abord, leur vue sans lentille est incomplète ; puis le sens du toucher s'est trop fortifié chez eux pour laisser immédiatement sa libre allure à la vue ; on ne peut enfin attendre qu'un organe resté si longtemps inactif fonctionne aussitôt d'une manière normale. On peut dire encore que le dernier travail de la vision ne dépend pas seulement de l'état de l'appareil dioptrique, mais de l'organisation d'un centre, aux dépens duquel l'évolution psychique chez Taveugle-né s'est faite précisément.

ser sa coquille, ils i'acccplont comme une chose naturelli» dans le jeune enfant, en la baptisant notion innée de causalité, et quant aux expériences par lesquelles le petit poulet agrandit ses représentations innées de l'espace, ils ne les appliquent à riiomme que par l'intermédiaire des facultés intuitives, de l'entendement. Laissons-là ces loques philosophiques dont les précepteurs ambitieux du genus homo affublent leur élève. Une exagération du nativisme plus digne d'être examinée, c'est l'attribution à la rétine d'une aptitude innée à projeter ses impressions au dehors en des directions définies, c'est-à-dire l'hypothèse qu'il existe une manière de rapports fixes des points rétiniens à ceux de l'espace.

M. Hirth a montré déjà implicitement, à propos de l'identité, que cette hypothèse de la projection ne peut tenir, en tant qu'elle concerne les deux yeux. Les mômes raisons qui valent contre l'identité et la correspondance exacte des deux rétines, empêchent d'admettre que l'œif-double projette au dehors une image identique des deux rétines. Reste à débattre si une telle projection est admissible pour l'un des yeux seul, et s'il est possible d'assigner, à l'aide de la petite image rétinienne, à tous les points, contours et dimensions, leur place exacte et précise dans le champ objectif.

Il faudrait répondre affirmativement, s'il était vrai que nous « mesurons des angles » à vue libre. Aussi bien, quelques savants qui opposent des doutes à la théorie de la projection admettent pourtant cela. Wundt affirme expressément, par exemple, que dans le champ de la vision, pour l'œil au repos, la distance des points entre eux est mesurée par l'angle visuel, et que cet angle nous fournit, en général, la mesure de la grandeur des objets. Mais à qui la fournit-il donc? Il ne saurait être question ici que de la vision monoculaire, puisque le géomètre lui-môme, muni de ses appareils, ne peut mesurer aucun angle avec les deux yeux. L'hypothèse repose sur une conclusion erronée, introduite par la méthode mathématique. L'angle est une abstraction circonstanciée qui n'a jamais eu et n'aura jamais rien à faire avec la mesure optique de l'homme de la nature. Nous ne pouvons faire d'un instrument une partie intégrante du champ visuel monoculaire qu'autant que nous établissons deux ou plusieurs lignes visuelles Vune après Vautre et lisons la grandeur des angles du point de partage. Le géomètre ne mesure, avec l'aide de ses instruments, que des angles dont le sommet se trouve en dehors de l'œil;

INTRODUCTION XXXI

dans les mesures les plus parfaites, obtenues au moyen des lunettes, etc., le sommet en est passablement éloigné. Si on voulait Timaginer sur la rétine, on se mettrait en contradiction avec l'optique, laquelle nous enseigne que les rayons (et aussi les lignes visuelles de l'angle !) sont diversement brisées par la cornée, le cristallin et le corps vitré, avant d'atteindre le foyer optique de la rétine. Du reste, deux points du cbamp visuel objectif, aussitôt que nous les distinguons comme séparés de nous, projettent de nouveau leurs images sur des parties différentes de la rétine, en sorte que les arcs seraient à mesurer sur la rétine, — non pas dans le champ extérieur. Le déplacement du point-sommet dans les milieux réfringents de l'œil serait trop énorme pour que Ton pût songer à le faire.

Il ne reste donc qu'à recourir aux mouvements de l'œil. Nous devrions, avec les mouvements libres du regard, déterminer la grandeur de l'arc et estimer l'angle d'après cette grandeur et notre éloignement. Comme nul artiste ne songe à s'enquérir de l'angle dans ses estimations, il fallait nous j3orner à accepter une « trigonométrie inconsciente ». A quoi, d'ailleurs, celle-ci pourrait servir, on ne le voit pas du tout; rar si nous pouvions une fois déterminer la longueur de l'arc et les côtés, l'angle serait superflu.

Quelque partisan de la théorie adverse refusera peut-être de se rendre. Conduisons-le, par une nuit épaisse, dans une tourbière, et chargeons-le de mesurer les angles des petites lumières qui y brillent çà et là par les huttes et les endroits déserts. Il nous dira : « L'irradiation ne me permet point de reconnaître la distance ; je ne sais pas si c'est l'arc d'un angle aigu ou une hypoténuse. » Mais est-ce que l'irradiation ne joue pas aussi un rôle pendant le jour? Sommes-nous jamais, au plein jour ou au crépuscule, si assurés des distances et des arcs au moyen desquels nous joignons des apparitions lumineuses faibles ?

En réalité, nous ne sentons que des lumières, des surfaces diversement colorées, qui nous paraissent plus ou moins grandes, rapprochées et nettes, selon leur éclat et le pouvoir réfringent de l'œil. Môme dans la vision monoculaire, où nous avons la sensation dim champ visuel à peu près plat, il nous est difficile d'assigner aux dimensions des plans diversement colorés leurs vrais rapports de grandeur. Il suffit de considérer, en fermant un œil, un cercle blanc et un cercle noir très rapprochés l'un de l'autre, sur fond gris, pour se convaincre de l'incertitude de notre jugement. Bien que nous les ayons tracés peut-être nous-mêmes et sachions

qu'ils ont le môme rayon, le blanc nous semble néanmoins plus grand que l'autre. C'est une nécessité physiologique.

M. Hirlh ne comprend pas comment, dans ce cas-là, on peut parler, ici d'illusions optiques, et là d'une projection extérieure, ne fût-elle juste qu'à peu près. Mieux vaudrait reconnaître simplement que nous avons des représentations inégalement grandes des deux cercles, tout en sachant qu'ils sont d'égale grandeur et à une môme distance de notre œil, et quoiqu'ils projettent sur la rétine des images également grandes (c'est une question encore î). Mais ce n'est là qu'un exemple frappant entre plusieurs. En réalité, notre sensation est toujours fausse, lorsque différentes énergies, colorées ou lumineuses, agissent sur nous. Si l'on tient compte de tous les facteurs, clarté, disposition relative, longueur ou brièveté des ondes, etc., on se convaincra que l'illusion est la règle, et qu'il ne saurait être question d'une projection extérieure précise, pour la vision ordinaire.

Les motifs qui ont conduit à l'accepter et à la défendre, il faut les chercher dans le souci de la perspective monoculaire-géométrique et dans l'habitude qui a prévalu de traiter les questions d'optique mathématiquement. Hering a dit qu une ligne idéale, sans espace, nous est donnée par la rencontre de deux plans différemment colorés. Il n'a pas remarqué que ces plans donnent alors, au contraire, parleur opposition, la sensation d'un trait beaucoup plus fort que la simple ligne noire qu'on tracerait sur du papier blanc. Si nous assemblons très exactement deux plans de môme couleur, notre œil ne verra pas davantage la ligne « mathématique ». Il faut donc, si nous voulons nous entendre, nous débarrasser de ces concepts mathématiques et remettre en leur place les vraies impressions lumineuses. Celles-ci ne sont pas projetées au dehors ; notre œil n'envoie au loin ni regards ni clartés. L'image rétinienne, peut-ôtre correcte en soi, est transmise à l'œil intérieur en des milliers d'agrandissements, et ici, ce ne sont pas les angles et les distances qui sont mesurés, mais les valeurs lumineuses qui sont pesées. On pourrait plutôt comparer la pi'ojection au dehors des sensations lumineuses à l'écho, qui nous renvoie notre propre voix d'un point du voisinage, ou aux sensations douloureuses que l'amputé localise à la place de son pied absent. La possibilité que nous avons de marquer des lignes de visée en étendant le bras et le doigt, ou en disposant une lunette entre notre œil et des points de l'espace, fait que nous nous figurons saisir dans notre œil les objets mômes. En réalité, nous ne voyons que des images optiques des objets,

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