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MOUVEMENTS AUTOMATIQUES

du muscle ; celui-ci entre en action sous l’influence d’une impression sensitive.

Qu’on se figure un nerf sensitif ébranlé par une sensation Vive. Cet ébranlement est conduit par la fibre nerveuse jusqu’à une cellule centrale de la moelle, d’où part un nerf moteur. Cette cellule est à la fois l’aboutissant du nerf sensitif et l’origine du nerf de mouvement. Il peut arriver que l’impression sensitive, au lieu; de continuer à cheminer vers la tête pour aboutir à l’organe desl'acultés conscientes, s’arrête dans la cellule motrice de la moelle. Celle-ci la renvoie alors, transformée en mouvement, dans la direction du muscle où le nerf moteur la conduit. L’impression se réfléchit sur le centre moteur de la moelle et revient sur ellemême, comme pourraient se réfléchir sur la paroi d’une murailleles ondes sonores de la voix qui donnent naissance à Vécho.

Nous pouvons dire, sans trop forcer l’image, qu’un mouvement réflexe est l’écho d’une impression sensitive.

En général, les mouvements réflexes sont très simples et semblent se régler sur l’intensité et la durée de l’excitation qui les provoque : — autant de fois on pince la patte d’une grenouille décapitée, autant de fois le membre s’agite par une courte saccade; — mais il peut arriver que les mouvements réflexes soient pluscompliqués et qu’une seule excitation devienne le point de départ de toute une série d’actes musculaires. Il semble alors qu’une impression unique vienne réveiller dans la moelle épinière comme le souvenir d’un grand nombre de mouvements souvent exécutés ; de même, un seul mot prononcé peut réveiller dans le cerveau le souvenir de toute une série de phrases qui redeviennent présentes à l’esprit. C’est ainsi que l’appui du pied sur le sol peut provoquer, par la simple sensation de contact, toute la série des mouvements de la marche. L’être vivant peut marcher alors, et même courir, sans que son cerveau prenne la moindre part à l’acte musculaire.

Un fait de l’histoire romaine, rapporté par M. Mosso dans son livre la Peur nous donne une curieuse preuve de la puissance automatique de la moelle épinière. L’empereur Commode donnait au peuple de Rome un spectacle fort goûté. Il faisait lâcher dans le cirque des autruches qu’on excitait à courir, et, aussitôt qu’elles étaient lancées à toute vitesse, on leur tranchait la tête avec des flèches en forme de demi-lune. Les animaux décapités ne s’arrêtaient pas sur le coup, mais continuaient leur course jusqu’au bout de la carrière.

LE RÔLE DU CERVEAU DANS L’eXER:iCE

Ce qu’on observe chez un animal décapité qui court nous donne l’image fidèle de ce qui a lieu chez un homme distrait dont les jambes exécutent automatiquement les mouvements de la marche, pendant que son cerveau occupé ailleurs se désintéresse de l’acte effectué. Dans les mouvements automatiques , les choses se passent comme si une série d’actes réflexes venaient se substituer aux actes primitivement volontaires. Le cerveau, après avoir combiné un mouvement , en avoir déterminé la vitesse et le rythme , semble, au bout d’un certain temps, déléguer ses pouvoirs à la moelle épinière ; il se désintéresse peu à peu de l’acte accompli, et intervient seulement de nouveau lorsqu’une circonstance particulière nécessite un^ changement soit dans la direction des mouvements, soit dans leur énergie, soit dans leur vitesse.

V automatisme est la faculté qu’ont certains éléments nerveux d’actionner les muscles sans l’intervention de la volonté. Beaucoup d’organes du corps ont la propriété de fonctionner automatiquement ; le cœur, par exemple, est doué d’un mouvement sur lequel nous n’avons aucun empire : il ne dépend pas de notre volonté d’en accélérer ou d’en ralentir les battements.

L’automatisme n’est pas toujours absolu dans les organes, et beaucoup d’entre eux peuvent, suivant les circonstances, obéir .aux ordres que nous leur donnons, ou se mouvoir au contraire sans que nous en ayons conscience. C’est ainsi que nous respixons involontairement, même en dormant, et que nous pouvons cependant, à volonté, retenir, accélérer ou suspendre les mouvements respiratoires.

Les mouvements des muscles de la vie de relation peuvent présenter, aussi bien que ceux de la vie organique, le caractère de l'automatisme. Les membres et le corps se déplacent en dormant sans que la volonté le commande, et, pendant l’état de veille, une foule d’actes quelquefois compliqués s’exécutent à notre insu. ‘Un homme fortement préoccupé se lève sans y songer, va et vient sans y prendre garde, et exécute par distraction une foule de mouvements dont il ne conserve pas le souvenir. — Ce sont là -des actes automatiques.

Les mouvements de la marche sont, de tous les actes muscu-

CONDITIONS DE l’ AUTOMATISME 3o3

laires, ceux qui deviennent le plus facilement automatiques. Il n’est personne qui n’ait remarqué combien le cerveau s’isole facilement et participe peu au travail des jambes, quand on fait une promenade à pied ; on peut discourir, rêver et même composer des vers en marchant. Il serait au contraire difficile de détourner la pensée des muscles qui agissent quand on exécute un tour de trapèze ou qu’on fait des armes. Plus l’exercice est difficile, plus l'intervention de la volonté et la concentration de l’esprit sont nécessaires à son exécution. Et pourtant les exercices qui étaient le plus difficiles dans les débuts finissent par s’exécuter automatiquement au bout d’un certain temps de pratique. Tous les « gentlemen » qu’on A^oit passer à cheval, se soulevant gracieusement de la selle à chaque battue du trot , exécutent ce mouvement sans y donner la moindre attention et laissent aller leur corps à une impulsion tout à fait automatique. Si vous voulez savoir eombien leur cerveau travaillait à leurs débuts dans le trot à l’anglaise, regardez passer un dimanche, sur les Champs-Élysées, ees commis de magasin , raidis sur leur bête de louage , s’efforçant en vain de « s’identifier » au mouvement qui les cahote et témoignant, par la contraction de leur visage, de la profonde tension d’esprit qui les absorbe.

La première condition pour qu’un exercice devienne automatique et s’exécute sans aucun effort d’attention, c’est qu'il soit parfaitement connu et que l'apprentissage en soit depuis longtemps terminé.

Pour que l’exercice puisse s’exécuter sans l’intervention des facultés conscientes, diverses autres conditions sont nécessaires, et en premier lieu l’absence à'effort. Nous savons que l’effort est une contraction de tout le corps ayant pour but de comprimer énergiquement tous les os du squelette, afin de former de ces différentes pièces mobiles un tout rigide capable de donner un point d’appui solide aux muscles agissants. Il est impossible de garder une complète liberté d’esprit quand on fait un effort. Les muscles, obligés d’entrer en jeu avec toute l’énergie possible, semblent avoir détourné à leur profit l’innux nerveux cérébral.

Un homme qui met toute sa vigueur dans un mouvement quel qu’il soit se sent complètement absorbé par son effort et perd momentanément la notion de ce qui l’entoure. Si l’on vous parle au moment où vous tirez sur un dynamomètre pour donner la mesure de toutes vos forces, vous ne gardez qu’un souvenir confus des F. Lagrange. oo

LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE

mots que vos oreilles ont entendus, vos facultés conscientes étaient détournées et accaparées par l’effort ; tant il est vrai que les actes cérébraux et les actes musculaires, quoique si différents dans leur essence, s’exécutent souvent à l’aide du même instrument. Il semble que le cerveau, instrument du travail musculaire aussi bien que du travail intellectuel, est accaparé par les muscles quand ceux-ci doivent donner toute la force possible; dès lors, la pensée n’en a plus la libre disposition et ne peut se manifester avec sa lucidité habituelle. Cette prise de possession du cerveau par les muscles explique l’inintelligence habituelle des athlètes et des hommes qui se livrent à des travaux grossiers. Le cerveau d’un homme qui a fait trop d’efforts musculaires est un outil faussé qui ne peut plus s’adapter au travail d’esprit.

Ainsi l’exercice auquel on est le plus accoutumé et le travail le plus facile cessent de devenir inconscients dès qu’ils nécessitent un effort.

Deux conditions essentielles s’imposent donc pour que le travail musculaire puisse devenir automatique ; ce sont l’habitude parfaite de l’exercice exécuté et la modération de l’effort musculaire qu’il nécessite.

Beaucoup de circonstances encore favorisent l’automatisme et permettent au travail de s’exécuter sans l’intervention de la volonté. L’étude n’en a pas encore été méthodiquement faite, car personne n’a cherché jusqu’à présent à tirer de ce phénomène si curieux de l’automatisme les déductions pratiques qui en découlent pour les applications hygiéniques de l’exercice musculaire.

Il est un fait d’observation assez difficile à expliquer, mais dont personne ne contestera la vérité ; c’est que la régularité dans les mouvements tend à rendre le travail automatique. Chez le mar^ cheur qui a gardé longtemps un pas uniforme , les facultés conscientes ne président plus au mouvement ; le cerveau ne commande plus; les muscles obéissent à une série d’effets réflexes dont le point de départ se trouve dans les sensations qui accompagnent l’appui et le lever du pied. Plus régulièrement se leproüuit la sensation qui détermine l’effet réflexe, et plus exactement fonctionne le mécanisme auto-moteur auquel est due la progrès^ sion. Tout le monde a remarqué l’influence du rythme sur les mouvements. H y a des airs de musique qui sont « entraînants »; leur cadence bien marquée devient le régulateur des mou\ements.

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