ACTION DU CERVEAU
ainsi que, chez un animal fraîchement décapité, une goutte de vinaigre appliquée sur la surface de l’œil provoque un resserrement des paupières.
Le cerveau est donc, comme la moelle épinière, un centre de motilité réflexe ; mais il est de plus un centre de motilité volontaire.
C’est là, au point de vue des mouvements, la caractéristique du cerveau : le cerveau enlevé, tout acte musculaire voulu disparaît avec lui.
11 n’est pas nécessaire d’enlever la totalité du cerveau pour ôter à un animal la faculté de manifester sa volonté par des actes conscients. 11 suffit pour cela de détruire totalement la substance grise, car c’est au sein de cette substance que s’élaborent les excitations volontaires dont l’essence nous est, jusqu’à présent, inconnue. On est parvenu à conserver vivants des chiens privés de cette portion du cerveau, et on a pu s’assurer que tous leurs mouvements sont alors des actes réflexes commandés par les impressions du milieu où ils vivent, et dirigés par l’habitude. Ils ne se meuvent plus que par automatisme.
Le cerveau a, comme la moelle épinière et les nerfs moteurs, A propriété de transmettre les excitations mécaniques ou électriques qu'il subit. Mais il est facile de prévoir les effets que produira sur les organes du mouvement l’excitation d’un nerf, parce qu’on sait bien à quels muscles au juste ce nerf se distribue, tandis qu’il est souvent difficile de préciser l’effet d’une excitation motrice portée sur le cerveau. On ne sait pas toujours, en effet, à quels groupes de muscles correspondent les fibres nerveuses sur lesquelles porte l’action de l’excitant qu’on emploie. De là les résultats souvent inattendus, et quelquefois si bizarres, des blessures qui atteignent le cerveau.
On voit quelquefois, à la chasse, des animaux blessés exécuter des mouvements singuliers.
La perdrix, par exemple, dont un plomb a perforé certaines régions du crâne, s’élève tout d’un coup dans les airs à une grande hauteur en ligne droite, et retombe morte.
Nous avons eu, un jour, l’occasion d’observer un lièvre blessé qui se mit à tourner sur lui-même avec rapidité. Le mouvement se faisait autour de l’axe longitudinal du corps; c’est-à-dire que l’animal semblait se mouvoir autour d’une tige rigide qui l’aurait traversé de la tête à la queue. Il nous sembla d’abord que le lièvre blessé cherchait à fuir et nous étions surpris de la manière mala-
droite dont il s’y prenait pour s’échapper. Mais nous fûmes bientôt convaincu que ses évolutions singulières étaient tout à fait involontaires; elles étaient produites par une impulsion irrésistible. Le lièvre avait reçu un plomb dans la tête, et ce plomb, perforant le crâne, avait atteint un des pédoncules du cervelet. Le choc subi par les fibres nerveuses motrices avait excité tous les muscles avec lesquels elles se trouvaient en communication, et ces muscles, entrant aussitôt en contraction, avaient communiqué â l’animal ce mouvement giratoire dans lequel sa volonté n’entrait pour rien.
D’autres blessures du cerveau peuvent provoquer divers effets de motricité non moins surprenants. C’est ainsi qu’en piquant certains points déterminés de l’encéphale, on produit un mouvement dit de manège par lequel l’animal blessé se met à tourner non plus sur lui-même, mais en décrivant un cercle, comme un cheval dans un cirque.
Ces mouvements sont encore mal expliqués en physiologie, mais ils prouvent au moins qu’une excitation portée sur un seul point très localisé du cerveau peut provoquer des contractions dans plusieurs groupes musculaires à la fois.
C’est que, par suite d’une curieuse disposition anatomique, un grand nombre de fibres nerveuses motrices rayonnant vers des muscles différents peuvent émaner d’un même département très circonscrit de la substance cérébrale. De cette façon, une excitation qui agit sur une très petite surface de l’organe peut être transmise simultanément à plusieurs groupes de muscles, de même qu’â l’aide de communications multiples établies par un réseau de fils, un seul bouton peut mettre en action en même temps la sonnerie de plusieurs timbres électriques.
En 1874, M. Ferrier. fit voir qu’en électrisant certaines circonvolutions cérébrales, on provoquait des mouvements soit dans les yeux, soit dans la langue, soit dans le cou de l’animal en expérience. Il appela centres moteurs ces points du cerveau dans lesquels semblent venir se concentrer toute une série de fibres nerveuses motrices correspondant à des groupes musculaires bien déterminés, et quelquefois très étendus.
Un médecin américain, le docteur Batholow, avec un mépris du sujet humain que nous n’avons pas encore en France, a reproduit, sur un blessé dont le cerveau était mis à nu par un coup de feu, les expériences que M. Ferrier avait faites sur des chiens. Il a pu constater que chez l’homme, aussi bien que chez les animaux, il