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TRAVAIL APPARENT ET FORCE DÉPENSÉE

Il n’est pas toujours facile d’évaluer la quantité de travail représentée par un exercice. L’effort n’est pas toujours apparent et ne se manifeste pas toujours par un déplacement du corps. Dans certains cas , la force que dépense un homme est paralysée dans son effet par une force égale que lui oppose un adversaire. C’est ce qu’on voit, par exenqile, dans l’exercice de la lutte. D’autres fois, le travail apparent n’est pas augmenté, mais la dépense de force est rendue plus grande par la disposition défavorable des leviers osseux qui exécutent le mouvement. Ainsi l’exercice qui consiste à faire la planche n’exige, en somme, que le soutien du poids du corps par la force des bras; mais l’attitude horizontale que prennent le tronc et les jambes décuple la dépense de force musculaire et augmente par conséquent la violence de l’exercice.

Il faudrait prolonger trop longtemps l’analyse pour arriver à trouver le chiffre exact représentant en kilogrammètres la quantité de travail que demande chaque exercice et les modifications que font subir à ce chiffre les divers procédés par lesquels on peut l’exécuter. Il suffira de rappeler qu’il existe des artifices pour diminuer la dépense de force qu’un exercice représente et qu’il y a aussi des procédés pour l’augmenter. On peut employer des procédés dits de voltige qui consistent à utiliser la vitesse acquise parle corps, ou des procédés de force qui suppriment tout élan et forcent des muscles antagonistes à entraver l’action des muscles agissants en ralentissant le mouvement. — C’est ainsi que la lenteur dans l’exécution d’un acte musculaire peut augmenter beaucoup la dépense de force ; pour se baisser vivement, il suffit de relâcher tous les muscles de la cuisse, tandis que, pour se baisser avec une très grande lenteur, il faut faire agir vigoureusement les muscles extenseurs, afin d’empêcher le corps de céder à la pesanteur et le maintenir dans ses attitudes successives de descente en agissant sur des leviers placés dans une direction très défavorable.

Il est important de déterminer la quantité réelle de travail qu’un exercice nécessite, et de distinguer un exercice violent d’un exercice difficile ou d’un « tour de force » , car les effets sont bien différents dans les deux cas.

Dans un « tour de force », la somme du travail supporté par l’organisme peut être assez faible, mais généralement le travail local est très considérable, eu égard h la force des muscles qui l’exé-

LES EXERCICES -WOLENTS

cutent. Le résultat de l’exercice est alors surtout local , et peut même ne pas se faire sentir sur l’ensemble de l’organisme. En s’exerçant continuellement à soulever des poids à bras tendus, par exemple, on pourra arriver à développer outre mesure les muscles qui étendent le bras sur l’épaule ; mais la grande fonction de l’organisme, la respiration, la circulation, etc., ne participeront pas ou participeront peu au travail. L’exercice représentera une dépense de force capable de fatiguer rapidement les quelques muscles qui entrent en action , mais insuffisante pour ébranler vivement la masse du sang et pour activer le jeu du poumon.

Dans un exercice difficile, dont l’exécution demande la coordination parfaite du mouvement , la pondération exacte de l’effort de chaque muscle, il se fera surtout une dépense d’influx nerveux et les muscles pourront ne faire qu’un faible travail mécanique. Les centres nerveux auront alors plus de part dans l’exercice que les fibres musculaires; les facultés psj^chiques du sujet entreront plus vivement enjeu que sa force musculaire.

La gymnastique, telle qu’elle s’enseigne aujourd’hui en France dans les établissements d’éducation, demande la plupart du temps à celui qui s’y livre un long apprentissage et un véritable travail d’esprit. Le trapèze, la barre fixe, les anneaux sont des engins avec lesquels on exécute des tours d’adresse plutôt que du travail, dans le sens mécanique du mot. Beaucoup d’élèves travaillent en vain pendant des mois entiers à apprendre un « rétablissement » ou un « équilibre », et, le jour où ils finissent par découvrir le | procédé, le truc musculaire^ ils exécutent tout d’un coup avec la plus grande facilité l’acte musculaire qui semblait, la veille encore, au-dessus de leurs forces.

Si nous cherchons à résumer les faits exposés dans ce chapitre, nous arriverons à conclure qu’il n’est pas toujours facile d’évaluer à première vue la quantité de travail effectuée pendant un exercice et de déterminer le degré de « violence » de cet exercice. Ni la difficulté que présente l’exécution des mouvements, ni l’effort local qu’ils nécessitent, ne peuvent servir à caractériser l’intensité du travail, et une analyse rigoureuse est le plus souvent nécessaire pour évaluer la force dépensée.

Mais, à défaut de l’analyse mécanique, les résultats physiologiques d’un exercice peuvent nous servir de base pour apprécier son degré de violence. Los grandes fonctions vitales s’associent a l’exercice musculaire avec d’autant plus d’énergie que le travail

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