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LES MOUVEMENTS

Solidarité des différentes régions pendant le tiavail. — Comment se donne un coup de poing. — La coordination des mouvements ; les muscles antagonistes ; le sens musculaires. — Les ataxiques. — La contraction statique. — La raideur dans l’exercice. — L’éducation des muscles.

Association des grandes lonctions organiques aux mouvements des muscles. - De l'effort. — Le portefaix et son fardeau. — L’effort dans les faibles dépenses de force : — une noix trop dure. — Fréquence de l’eQ'ort dans l’exercice. — La course de fond, et la course de vélocité.

Influence des mouvements sur le cours du sang. — L’accélération du pouls ; son mécanisme. — La circulation pulmonaire et ta congestion active du poumon. — La congestion du cerveau par le mouvement. — Les derviches tourneurs. — Le cheval emballé.

Le moindre mouvement exécuté par la Machine Humaine nécessite l’entrée en jeu d’un grand nombre de rouages. Quand un muscle se contracte, il arrive toujours que les muscles voisins, souvent même des muscles très éloignés, agissent avec lui et s’associent à son travail.

Analysons ce qui se passe dans un mouvement aussi simple que possible.

Pour qu’on puisse mouvoir l’avant-bras, il faut que le bras soit fixé, afin de lui fournir un point d’appui. Le bras lui-même doit être immobilisé sur l’épaule, et l’épaule sur la colonne vertébrale et le thorax. Mais le thorax et la colonne vertébrale étant supportés par le bassin et celui-ci par les membres inférieurs, tout le corps est obligé de s’associer au mouvement de l’avant-bras. — De la tête aux pieds, tous les muscles participent au travail le plus insignifiant et le plus localisé.

Le moindre mouvement tend à déplacer le centre de gravité du corps. Pendant le travail des membres, la colonne vertébrale, longue lige osseuse qui représente l’axe du corps, oscille comme

F. LAOnA.NOE. i

U5 ÎKAVAIL MUSCULAIKE

lo fléau d’une balance, à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, pour compenser le déplacement occasionné par le fardeau qu’on soulève ou par le mouvement qu’on exécute.

Les membres inférieurs s’associent presque toujours aux mouvements des membres supérieurs, et, dans beaucoup de cas, l'homme tire en réalité de ses jambes la force qui paraît venir de ses bras.

— « Quand j’avais mes deux jambes, disait un zouave amputé, je donnais un fameux coup de poing! » — Etle zouave avaitraison. Un coup de poing bien asséné est appuyé par tout le corps. L’effort qui lance en avant la main fermée commence dans le jarret qui se tend, puis gagne la cuisse qui projette le tronc dans la direction du coup à donner; les muscles des reins transmettent le mouvement au thorax, et les muscles du thorax à l'épaule qui, à son tour, fouette l’avant-bras et le poing en leur transmettant la somme de force à laquelle a contribué le corps tout entier.

C’est ainsi que chaque mouvement musculaire peut retentir très loin du point où il semble localisé. 11 en résulte qu’un exercice produit quelquefois des effets très marqués sur une région du corps où on ne songerait pas à les chercher.

Les muscles d’un même membre agissent presque toujours tous à la fois dans l’exécution d’un mouvement, et pourtant, dans chaque membre, une moitié des muscles a généralement une action diamétralement opposée à celle de l’autre moitié. Dans l'avant-bras, les muscles de la face antérieure ont pour action de fléchir les doigts et de fermer le poing ; ce sont les fléchisseurs. Ceux de la face postérieure sont extenseurs .et tendent à ouvrir la main. On dit pour cotte raison que les uns sont les antagonistes des autres.

Dans l’exécution d’un mouvement, jamais un muscle n'agit sans que son antagoniste entre en contraction, pour lui faire subir une sorte de pondération et de contrôle. Cette opposition est nécessaire pour modérer, diriger et rectifier le mouvement.

Quand deux hommes conduisent une charrette à bras sur une route en pente, et se mettent, l’un devant pour tii’er, 1 autre derrière pour retenir, on peut dire que l’action du premier est antagoniste de celle du second. Leurs efforts en sens inverse sont jcombinés pour que la charrette n’avance ni trop lentement, ni trop vite, et suive une marche régulière. De même, deux muscles antagonistes sont les régulateurs l’un de l’autre ; quand ils se

LE SENS MUSCULAIKE

L’opposlLion dans une juste mesure, les mouvements sont précis et bien coordonnés.

La coordination des mouvements se perfectionne par l’exercice, mais souvent elle est instinctive et parfaite dès la naissance pour certains actes naturels. Le poussin à peine sorti de la cocjuille citteint du premier coup de bec la graine (ju il a visée, et 1 enfant ne tâtonne pas pour trouver le degré de contraction des lèvres et de la langue nécessaire à l’acte de la succion.

Pour les mouvements d’un exercice quelconque, il est néces-i «aire de faire un apprentissage quelquefois fort long. Bien des études sont nécessaires avant qu’un pianiste n’arrive à porter ;on doigt sur la touche voulue avec autant d’aisance que le poulet porte le bec sur son grain de mil. C’est grâce au sens musculaire que nous pouvons faire l’éducation des muscles antagonistes et réussir, après des tâtonnements plus ou moins longs, à en réaliser le parfait accord.

Le sens musculaire est le sentiment que nous avons de la force avec laquelle un muscle se contracte, et de la direction dans laquelle il agit. C’est grâce au sens musculaire que nous pouvons porter la main ou le pied sur le point précis que nous avons l'intention de toucher. C’est grâce à lui que nous proportionnons la dépense de force à la résistance à vaincre. Ce sens nous guide indépendamment de la vue, et nous permet d’atteindre les yeux fermés les objets dont nous connaissons exactement la situation : différents points de notre corps, par exemple.

Il y a une maladie caractérisée par l’abolition du sens musculaire et le défaut de coordination des mouvements : c’est V ataxie locomotrice. L’ataxique ne sait plus donner à ses muscles une impulsion conforme au mouvement qu’il leur demande. S’il veut prendre doucement un objet, sa main le dépasse, ou le heurte ut le renverse. S’il veut faire quelques pas, ses jambes sont projetées violemment en avant, de côté, en haut. Il a l’air de vouloir frapper quelqu’un du pied, plutôt que de chercher à marcher.

L homme bien portant peut arriver, en exerçant son sens musculaire, à des résultats surprenants. L’adresse des jongleurs, et des équilibristes, est due à la culture de ce sens et à l’éducation des muscles antagonistes.

Dans tous les exercices du corps, les muscles antagonistes jouent un rôle des plus importants, et il est impossible de comprendre certains faits de la fatigue si on ne se rend pas compte de leur action. Autant les muscles antagonistes facilitent le

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

mouvement quand ils ont une action précise et modérée, autant ils peuvent l’entraver quand ils entrent en jeu d’une façon exagérée ou mal à propos.

Supposons que les fléchisseurs et les extenseurs du bras entrent en contraction avec une égale énergie, le membre sollicité par deux forces égales dans deux directions opposées restera immobile. Il est facile de comprendre que cette immobilité ne sera pas le repos. Ce sera la contracture ou contraction statique, ainsi nommée par opposition à la contraction dijnaynique qui s’accompagne de mouvements. 11 est prouvé que la contraction statique des muscles produit plus de fatigue et fait augmenter la température du muscle plus promptement que la contraction dynamique (1).

En langue vulgaire, la contraction statique s’appelle la raideur. Dans les exercices de corps, les contractions exagérées et maladroites des muscles antagonistes produisent la raideur des mouvements. C’est le défaut de tous les commençants et le cachet de l’inexpérience dans un travail d’adresse. — « Pas de raideur dans les doigts, » — dit-on au jeune pianiste. — « De la souplesse dans le poignet, » — répète le maître d’armes à son élève. On demande du liant au cavalier, et on défend au rameur de se contracter.

Un homme inhabile dans l’exercice qu’il pratique fait une dépense de force double ou triple de celle qui est nécessaire. C’est là une difficulté pour doser la quantité réelle de travail effectué, et le médecin qui donne un conseil en matière d’exercice doit toujours tenir compte de l’éducation musculaire de son sujet.

Il faut avoir pratiqué soi-même les exercices du corps pour se rendre compte de l’économie de travail qui résulte d’un mouvement bien coordonné. La dépense musculaire n’est pas diminuée seulement dans les exercices d’adresse ; elle devient moindre aussi dans les exercices qui semblent ne demander que de la force brutale : le fait de soulever un poids, par exemple.

Tous les mouvements demandent un apprentissage, parce que, ainsi que nous le disions en commençant, il n’y a pas de mouvements isolés. Un membre aide l’autre, et l’attitude du corps facilite ou entrave le jeu du bras et des jambes.

Pour que toutes les parties qui concourent à l’exécution d’un mouvement y prennent une part réellement utile, il faut une

(1) Béclard, Physiologie.

L KFFORT - ‘

sorte de discipline qui attribue à chaque muscle son rôle particulier. La Volonté qui commande a sous ses ordres une foule d’agents qu’il n’est pas facile de faire agir du premier coup avec ensemble. L’homme qui exerce ses muscles est pareil à un général qui fait manœuvrer ses troupes pour les avoir dans la main au jour de la bataille.

Ainsi s’explique l’augmentation apparente de la force musculaire à la suite de certains exercices. 11 y a certainement augmentation réelle de la puissance de contraction dans le muscle qui travaille tous les jours, mais souvent cette augmentation paraît si rapide qu’on serait embarrassé pour 1 expliquer si on ne songeait pas à faire intervenir l’éducation, nous allions dire le dvesscige des muscles.

Quand un homme soulève de terre un lourd fardeau, on voit la respiration se' suspendre, la face rougir, les veines du cou et du front se gonfler. On dirait qu’au moment où toute la force du corps se déploie, un lien invisible vient étreindre le cou et faire obstacle en même temps à la circulation de l’air dans les poumons et au cours du sang dans les veines.

Les phénomènes qui accompagnent un acte musculaire très énergique ressemblent en effet beaucoup à ceux qui pourraient résulter d’une constriction exercée sur la gorge, et d'un commencement de strangulation. Toutes les fois qu’on lait effort^ les voies aériennes se ferment et les vaisseaux du thorax sont comprimés.

Le portefaix qui veut charger un fardeau sur ses épaules le saisit d’abord, puis, avant de l’enlever de terre, il s’arrête un très court instant comme pour se préparer au mouvement. Ce temps d’arrêt est utilisé par des préliminaires importants.

Avant l’exécution du mouvement, une profonde inspiration doit être faite. L’air est attiré en grande quantité dans le poumon, et le larynx se ferme aussitôt pour l’empêcher d’en sortir. La poitrine se gonfle. Les côtes se trouvent ainsi écartées et repoussées en haut, mais en môme temps il se produit une énergique contraction des muscles abdominaux qui tend à les attirer en bas. L’air qui gonfle les poumons se trouve ainsi soumis à une compression vigoureuse, et les parois du thorax, repoussées en haut

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

d’une part, attirées en bas d’autre part, se trouvent immobilisées par l’action simultanée des deux forces de direction inverse qu’elles subissent.

L’immobilisation des parois thoraciques est le but de cette sorte de lutte des forces antagonistes de la respiration qui oppose les muscles expirateurs aux muscles inspirateurs, et qu’on appelle en physiologie Veffort.hQ?) côtes, devenues momentanément immobiles, peuvent présenter un point d’appui fixe et solide 5 tous les muscles qui s’y attachent, et en particulier aux grandes masses musculaires qui meuvent les bras, la colonne vertébrale et le bassin; ces muscles entrent alors énergiquement en jeu et le fardeau est soulevé.

Aussitôt l’acte musculaire accompli, la poitrine se dégonfle. L’air qui s’y trouvait retenu en est expulsé brusquement, en produisant une sorte de soupir bruyant qui indique la fin de V effort.

L’effort est un acte physiologique qui associe intimement entre eux un grand nombre de muscles et d’os pour les faire concourir au même mouvement, et qui, de plus, associe violemment au travail musculaire deux grandes fonctions de l’économie : la res piration et la circulation.

On regarde généralement l’effort comme un phénomène inti moment lié aux très grands déploiements de force. Il peut pourtant se produire dans bien des cas où la quantité de travail effectué est très faible. La condition essentielle de la production de l’efïort, c’est la nécessité de donner à la contraction d’un groupe musculaire toute la force dont ce groupe est capable.

Chaque fois qu’un homme veut mettre dans un acte musculaire, aussi localisé soit-il, toute l’énergie possible, on voit inévitablement cet acte s’accompagner d’une série de faits physiologiques dont le résultat final est la suspension des mouvements respiratoires.

Regardez un homme qui presse fortement une noix dans sa. main pour la casser. Si les doigts sont très vigoureux et la coquo peu résistante , la contraction musculaire reste localisée dans l’avant-bras , et rien n’est dérangé dans le fonctionnement normal des organes. La physionomie reste calme et la respiration n est pas troublée ; la noix est brisée sans effort. Mais si la coque résiste et que l’homme fasse appel à toute sa force, on voit la contraction musculaire gagner le bras, puis l’épaule, et s étendre enfin au cou, à la poitrine et à l’abdomen. La respiration se suspend, la face se congestionne , les veines du front et du cou se

L’EFl-’OUl

gonflent et font saillie; et quand la noix est enfin brisée, une sorte de gémissement se produit, semblable à celui du portefaix qui a soulevé de terre un fardeau.

On est , au premier abord, surpris qu’un acte dans lequel les fléchisseurs des doigts sont, en somme, les seuls muscles direclement mis en jeu, puisse nécessiter l’entrée en contraction de muscles très éloignés , et on ne comprend pas du premier coup que, pour fermer la main avec toute l’énergie possible, il faille contracter les muscles de l’abdomen.

C’est que le corps est formé d’une multitude de pièces mobiles, et qu’un muscle ne peut donner toute sa force contractile si l’une de ses extrémités ne prend pas appui sur un point fixe. Il faut donc, si on veut fixer l’avant-bras, que le bras soit immobilisé sur l’épaule, celle-ci sur le thorax, et le thorax lui-même sur le bassin. Or ce résultat ne peut être atteint sans qu’une grande masse d’air soit retenue dans le poumon, car le poumon gonflé d’air comprimé est le seul point d’appui fixe que puissent trouver les pièces osseuses mobiles du thorax. Le poumon rempli d’air forme une sorte de coussin résistant sur lequel les muscles de l’abdomen appliquent fortement les côtes en les attirant en bas.

C’est ainsi que, par un enchaînement de contractions musculaires successives, des mouvements localisés dans l’extrémité des membres peuvent demander le concours des muscles abdominaux et des côtes, et déterminer en définitive la compression du poumon et des organes thoraciques et abdominaux, en un mot tous les résultats de Veffùrt.

L’effort, phénomène si complexe, qui associe les grandes fonctions de l’organisme aux actes musculaires les plus localisés , résulte donc de l’impossibilité de fixer un os des membres sans que tous les os qui composent le tronc soient complètement immobilisés. Son but est de faire du thorax, du cou et du bassin un tout rigide et résistant, de souder en une seule pièce le système articulé que représente le tronc.

Lue perturbation profonde se produit toujours dans l’organisme pendant l’effort, car cet acte entrave momentanément la respiration et la circulation.

Le poumon sert de point d’appui aux côtes et subit une pression proportionnée à 1 intensité du travail. Le premier résultat de cette pression énergique, c’est de distendre les cellules pulmonaires lemplies d air, d où possibilité des déchirures de leur paroi.

LK TRAVAIL MUSCUl.AIRE

Mais le poumon lui-même transmet la pression qu'il subit auA organes qui l’avoisinent, les gros vaisseaux, le cœur. Le sang esl refoulé dans les veines caves et reflue dans les veines périphériques, qui se gonflent et deviennent saillantes au cou et au front. Les capillaires sont gorgés de sang et la circulation est momentanément interrompue dans les organes, le cerveau, le poumon.

Les grosses artères et le cœur lui-même subissent aussi l’influence de l’effort ; le calibre de l’aorte peut être momentanément effacé, et les battements du cœur suspendus pendant un instant par la compression qu’il subit. La tension du sang se trouve fortement augmentée dans les veines et dans les artères pendant la durée de l’effort. Aussi voit-on souvent les efforts prolor.gés donner lieu à des ruptures de capillaires veineux, quelquefois même à des déchirures de veines d’un fort calibre. Dans les efforts les plus modérés, la stase sanguine, la congestion passive momentanée des organes internes ne peuvent être évitée.?.

Le mécanisme de l’effort nous a montré combien il est difficile aux grandes fonctions organiques de s’isoler du travail des muscles, quand ceux-ci se contractent avec une très grande énergie. Mais il n’est pas nécessaire que le travail soit très intense et que l’effort se produise pour que toute l’économie subisse l’influence de la contraction musculaire. Nous allons voir que la mise en action des muscles amène toujours des modifications importantes dans le fonctionnement des grands appareils de l’organisme, et cela quelle que soit la modération de l’acte musculaire effectué.

Si on étudie le cours du sang dans les artères d’un muscle en travail, on constate que le liquide y circule avec une plus grande activité qu’au moment du repos. Ce résultat s’observe, aussi minime que soit le travail effectué, et aussi peu volumineux que soit le muscle agissant.

Ainsi un instrument enregistreur spécial étant adapté à l’artère nourricière du masseter d’un cheval, si on note la vitesse du (•.ours du sang à divers moments, on remarque une accélération li’ès manifeste du courant au moment où l’animal fait agir le muscle, — pour mâcher l’avoine, par exemple. — Il se fait un afflux plus considérable du liquide sanguin vers l’organe 'ui

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