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ACCÉLÉRATION DU POULS

travail, et le débit de son artère nourricière se trouve augmenté.

Mais tout ne se borne pas là. L’accélération constatée dans la région vasculaire qui fournit le sang au muscle se propage bientôt de proche en proche aux gros vaisseaux, puis au cœur, et à tout l’arbre circulatoire. Au bout de quelques minutes le sang circule dans toutes les artères, même les plus éloignées de la tête, avec la même vitesse que dans celles de la mâchoire, et, finalement, les mouvements si limités de la mastication se trouvent avoir produit une augmentation de la fréquence du pouls. On comprend combien ce résultat doit être plus prompt et plus intense quand le mouvement, au lieu de se localiser dans un petit groupe de fibres contractiles, s’étend à des masses musculaires puissantes, ainsi qu’il arrive dans les exercices violents.

L’accélération du pouls pendant le travail est le résultat d’une sorte d’aspiration du sang vers les muscles qui se contractent. C’est une loi de la vie que tout organe en activité attire à lui une plus grande quantité de liquide nourricier qu’à l'état de repos. On a constaté la vérité de cette loi même dans les glandes qui sécrètent. On ne peut descendre à l’explication intime de ce phénomène ; on se borne à constater qu’il est général et que tout stimulant d’une fonction vitale est cause d’un afflux du sang vers l’organe qui entre en activité. — Ubi stimulus , ibi ftiixus. — Telle est la formule qui exprime le fait sans l’expliquer.

Ainsi l’excitation produite par l’influx nerveux sur la fibre contractile attire au muscle une plus grande quantité de sang, et, pour fournir ce surcroît de liquide, la masse sanguine est attirée avec plus de vitesse vers l’élément excité. L’accélération du pouls est un phénomène physiologique, et non, comme on pourrait le croire au premier abord, un fait mécanique. Ce n’est pas la pression des muscles gonflés par la contraction qui active la circulation dans les artères ; c’est plutôt une sorte d’aspiration exercée par les muscles devenus plus avides de liquide sanguin.

Cette explication se confirme par les indications que donne le manomètre mis en communication avec une artère. L’instrument accuse une diminution de tension dans le vaisseau au moment du travail (Chauveau, Comptes rendus de V Académie des sciences^ 1837). La pression serait augmentée, au contraire, si l’accélération était due au refoulement du sang par les muscles.

La contraction musculaire peut cependant être invoquée comme cause mécanique capable d’accélérer le cours du sang dans les veines et les vaisseaux capillaires. La pression qui

résulte du gonflement des muscles en action peut ainsi devenir un facteur de l’accélération du courant sanguin pendant le travail. Elle n’en est, en tout cas, qu’un facteur accessoire.

Quelles qu’en soient les causes, l’accélération du cours du sang pendant l’exercice est un fait constant. Il est constant, par conséquent, que les organes sont traversés à ce moment par une plus grande quantité de ce liquide. Il y a congestion active de tous les organes au cours de l’exercice violent; de Ki, fonctionnement plus intense.

Il ne sera pas sans intérêt d’étudier d’après les faits les conséquences de la congestion active qui accompagne tout mouvement très énergique. Cette congestion active est la période réellement utile des exercices du corps, celle à laquelle ils doivent leur pouvoir fortifiant. Un homme qui se trouve dans cette période de suractivité de tous ses organes bénéficie d’une augmentation considérable de toutes les forces nutritives. Tous les organes et tous les tissus du corps sont le siège d’une circulation plus active, et nous savons que la nutrition d’un organe est en proportion de la quantité de sang qui s’y porte.

Sous l’influence de la quantité plus grande de liquide sanguin qui traverse le poumon, cet organe, solidaire du cœur, active son jeu pour introduire dans l’économie une plus grande quantité d’air. Les combustions vitales, grâce à ce surcroît d’oxygène, sont plus énergiques et plus complètes. — Si l’on nous permet une image vulgaire, l’exercice augmente l’intensité des combustions vitales, comme le rideau d’une cheminée baissé sur le foyer active la combustion du bois en augmentant le tirage.

La durée de cette période salutaire de l’exercice est très variable suivant les individus. Chez les uns il faut une dépense musculaire considérable pour obtenir cet épanouissement de la force vitale dû aux congestions actives : ce sont les natures fortes et habituées à l’exercice. Pour les natures faibles, pour les personnes accoutumées à l’immobilité complète, à l’inaction des muscles, le moindre mouvement, la moindre promenade produisent ces résultats.^ L'homme de cabinet appelle exercice le' jeu de billard ; pour le pugiliste qui s’entraîne en vue d’un combat de boxe, 1 exercice des haltères est un jeu qui le distrait sans fatigue.

L’effet le plus intéressant peut-être de cette congestion active des organes sous l’influence de l’action musculaire est celui qu en ressent le cerveau. Tous les penseurs ont remarqué que l’exercice l)bysique favorise le travail cérébral. Les Péripatéticiens discu-

EXCITATION CÉRÉI5HALE

SI

laient en marchant, et trouvaient plus facilement leurs arguments quand le corps était échauffé par la promenade. — « La marche et le mouvement, dit J. -J. Rousseau, favorisent le jeu du cerveau et le travail de la pensée. »

L’excitation du cerveau peut aller très loin sous l’influence de la cong3stion active déterminée par l’action musculaire. On peut se griser de mouvement, et, chez certains cerveaux prédisposés soit parleur organisation native, soit par des idées exaltées ou par des passions, l’exercice musculaire est souvent le prélude d’actes analogues à ceux de l’ivresse et même de la folie. Les danses des sauvages , les contorsions des derviches tourneurs, amènent, sans le secours d’aucune boisson alcoolique , un état de surexcitation cérébrale capable de produire les phénomènes nerveux les plus violents.

On raconte que nos ancêtres les Gaulois, au milieu de l’excitation d’une bataille, étaient pris quelquefois d’une sorte d’ivresse qui les rendait furieux et insensibles aux blessures.

Sans aller jusqu’à l’ivresse, l’exercice, au début, produit chez tout le monde une excitation légère, une sorte entrain. La jeune fille qui danse se met en train et passerait la nuit et le jour, oubliant la fatigue ; un quart d’heure de valse la met dans le même état qu’un verre de champagne. Le cheval vigoureux se met en train par un léger temps de galop et s’anime quelquefois si fort qu’il subit une sorte de vertige et s'emballe.

Tous ces faits sont le résultat d’une légère congestion cérébrale. Les effets apparents de l’exercice sur l’individu sont, du reste, semblables à ceux que produit l’alcool : même teint animé, mêmes yeux brillants, même allure décidée.

L’exercice a un effet excitant sur toutes les fonctions organiques , parce qu’il active la circulation du sang dans tous les organes. Le sang fait subir à tous les points de l’économie l’excitation que la volonté a envoyée aux muscles pour les faire agir, et cette excitation est d’autant plus marquée que le sang s’échauffe par le frottement contre les parois des vaisseaux qu’il parcourt avec plus de rapidité, et qu’un sang échauffé devient plus excitant.

Ainsi, pendant que les membres se meuvent, les organes internes ne peuvent rester dans l’inertie, et l’organisme entier fonctionne avec plus d’énergie sous l’influence de la contraction musculaire.

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