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LA COURBATURE (SUITE

Objection à notre théorie. — Les sédiments uratiques sont-ils dus il la transpiration provoquée par l’exercice ?

I/obsei-vation des faits contredit l’opinion des auteurs à ce sujet.

Une expérience de fatigue : — de Limoges à Paimbœuf à l’aviron.

Accord des faits d’observation et de l’analyse chimique. — L’exercice produit un état d’uricémie. — Analogie de la courbature de fatigue et de certains états fébriles. — La courbature de fatigue et l’accès de goutte.

Raison de l’immunité pour la courbature dans l’état d’entraînement. — Rôle des tissus de réserve. — Les produits de désassimilation.

Rôle de l’acide urique dans la courbature. — La courbature est une auto-intoxication.

Une première objection se présente contre la conclusion que nous venons de formuler.

Certains auteurs considèrent une urine qui déposé à la suite du travail musculaire non pas comme un liquide contenant plus de matières excrémentitielles qu'à l’état normal, mais comme un liquide plus concentré, c’est-à-dire contenant moins d’eau pour la même quantité de principes en dissolution. Les sédiments urinaires ne seraient pas plus abondants dans les urines qui déposent à la suite du travail, mais l’eau qui les tient en dissolution aurait diminué. De là, saturation plus grande du liquide et tendance au précipité (1). Si la théorie de ces auteurs était vraie, les sédiments urinaires n’indiqueraient pas un changement dans la composition chimique du liquide; ils signifieraient seulement qu’une partie de l’eau habituellement éliminée par le rein a été rendue par d’autres voies, et notamment par la peau. La transpiration excessive serait donc la véritable cause de la formation des dépôts.

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, art. « ürlne >/>

K. Laobanoe.

tA FATIGUE

Deux arguments majeurs peuvent être opposés à cette théorie. — En premier lieu, il arrive souvent que l’urine est aussi abondante les jours où elle offre des sédiments que les jours où elle n’en présente pas. Nous avons pu nous en assurer grâce à une cinquantaine d’observations prises sur des sujets divers. Il est maintes fois arrivé au cours de ces observations que, la transpiration ayant été très modérée et l’urine se trouvant plus abondante que d’ordinaire, des sédiments se font produits, le sujet ne se trouvant pas accoutumé au travail. — Par contre, nous avons pu constater que, chez les hommes parfaitement entraînés, il se produit très fréquemment, au cours du travail , des sueurs profuses, sans que pour cela les urines se troublent.

Une longue observation de fatigue, prise sur un ami et sur nousmême, nous a permis de contrôler pendant neuf jours consécutifs le résultat des études que nous avions déjà faites, et leur donnera sans doute une plus grande autorité.

Au commencement d’août 1886, nous sommes partis, dans un canot, avec l’intention de parcourir à force de raines^ dans le plus court espace de temps possible, la distance qui sépare Limoges de Paimbœuf. Nous avons ainsi effectué en neuf jours un parcours de SSO kilomètres en ramant continuellement avec deux avirons chacun, « à deux de couple », suivant l’expression technique, obligés en outre de faire un travail supplémentaire excessif en faisant passer notre lourd bateau par-dessus les barrages élevés et presque à sec qui coupaient, au nombre de 83, le cours de la Vienne.

Cette énorme dépense de force musculaire ne nous a jamais courbaturés, parce que nous étions l’un et l’autre endurcis par un entraînement de deux mois. Après des journées de douze et quatorze heures de travail au grand soleil, par les jours les plus chauds de l’année, nous avons éprouvé des souffrances variées, mais jamais celles de la courbature; jamais il ne nous est arrivé de nous trouver, le matin au lever, moins dispos que la veille, et pourtant la fatigue était poussée à ses dernières limites pendant le travail, et, quand nous quittions les avirons, nous nous sentions à bout de forces. L’exercice était poussé jusqu’au surmenage, puisque, malgré une nourriture très substantielle, largement arrosée de vin et surtout de café, nous avons maigri chacun de dix livres en neuf jours. Pourtant la courbature ne nous a jamais atteints, mais jamais aussi nos urines, chaque jour observées, n’ont présenté le moindre sédiment uratique.

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