‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 7 sur 184 · LES ORGANES DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

LES ORGANES DU MOUVEMENT

La moelle épinière semble formée par la réunion de tous les nerfs du tronc et des membres. Elle a la forme d’un gros cordon blanc, auquel viennent aboutir aussi bien les nerfs sensitifs que les nerfs moteurs, et qui se continue avec le cerveau, dont elle est en quelque sorte un prolongement.

Deux substances entrent dans sa composition: l’une est blanche comme le tissu des nerfs, l’autre présente une coloration grise.

La substance blanche forme les couches extérieures de la moelle. Elle présente la même structure élémentaire que les nerfs, et offre les mêmes propriétés conductrices que ces organes; mais, étant formée par des fibres nerveuses sensitives, aussi bien que par des fibres motrices, elle a des propriétés mixtes : sa région postérieure est conductrice des impressions sensitives, tandis que sa région antérieure transmet les excitations motrices.

Par sa substance blanche, la moelle épinière ne diffère nullement des nerfs. Si on la sectionne transversalement, les mouvements volontaires sont abolis dans tous les muscles qui reçoivent .eurs nerfs des parties situées au dessous de la section. Si, au contraire, on pince fortement ou si on électrise ses cordons antérieurs , on provoque des contractions involontaires dans les muscles innervés par les points sur lesquels porte l’excitation.

La substance grise fait de la moelle un centre nerveux, c’està-dire un organe capable non plus seulement de conduire une excitation motrice , mais encore de provoquer spontanément un mouvement dans le système musculaire. Elle est formée par des cellules irrégulièrement sphériques présentant des prolongements filamenteux qui les mettent en communication les unes avec les .autres, et qui les rattachent aussi anatomiquement et physiologiquement aux tubes nerveux moteurs et sensitifs. La cellule nerveuse est l’élément le plus élevé dans la hiérarchie des tissus vivants : quand on la rencontre dans un point du système nerveux, on peut être sûr que cette région est douée d’une puissance propre et ne relève d’aucune autre.

Le pouvoir propre de la moelle épinière se révèle par la faculté qu’elle a de provoquer des excitations motrices dans les muscles sans le secours du cerveau, et sans l’ordre de la volonté.

Lli THAVAIL ML’SCL'LMKt:

Des animaux décapités peuvent faire spontanément des mouvements, pourvu que leur moelle épinière soit intacte.

Un canard auquel on vient de couper la tête bat des ailes et peut même marcher quelques pas.

Sur le corps d’un homme qui vient d’être décapité, si on pince fortement le bras ou la jambe, ces membres se retirent comme si le supplicié sentait l’impression subie par la peau, et cherchait à s’j^ soustraire.

Tous ces mouvements ont l’apparence des mouvements voulus; ils sont cependant inconscients et involontaires, comme tous ceux qui s’exécutent sans le concours du cerveau.

Pour donner une idée du pouvoir de la moelle épinière réduite à son action propre, et agissant sans l’aide du cerveau, on ne peut mieux faire que de citer la curieuse expérience qui suit ;

« Si on coupe la tête à une grenouille, l’animal s'agite et se « tord pendant un instant, puis s’arrête. Il resterait toujours immo- « bile s’il était tenu sous une cloche, dans un milieu humide, à « l’abri de toute excitation. Mais si l’on touche une de ses jambes,

« ou si on laisse tomber dessus une goutte de vinaigre, la gre- « nouille cherche aussitôt à fuir et à éloigner la cause qui a « troublé son repos. Verse-t-on la goutte de vinaigre sur la jambe « gauche, elle cherche à s’essuyer avec la droite, et vice versa. » A première vue, cela paraît intelligent, et la grenouille semble avoir fait acte de volonté consciente; si on poursuit l’expérience, on voit pourtant que le mouvement de la grenouille dépourvue de cerveau n’est qu’une réponse mécanique à une excitation vive, et nullement un acte calculé en vue d’échapper à un danger.

« Goltz et Portes, ayant pris une grenouille, enlevèrent le cer- « veau et puis la plongèrent dans l’eau contenue dans un vase de « verre. En la touchant, ils la virent nager comme pour fuir, et « sauter même hors du vase. Ayant ensuite réchauffé 1 eau très « lentement, de manière à arriver sans transition brusque à une « température très élevée, la grenouille ne bougea pas, ne cher- « cha pas à sauter hors dti vase, et finalement se trouva cuite, « sans avoir fait aucun acte qui indiquât qu elle eût conscience « du danger (1). »

Les mouvements de la grenouille décapitée sont des mouvements réflexes.

Dans les mouvements réflexes, la volonté ninlersienl pas

(i) Mosso, la Peur. Paris, Fùlix Alcnu

vnivrai::.\TS nf;r;.E\'n:s 9

L’excitant de l’acte musculaire est une sensation qui remonte tout le long du nerf sensitif jusqu’à un point donné de la moelle épinière d’où part un nerf moteur. La fin du nerf sensitif et le com mencement du nerf moteur se rencontrent dans une même cellule de la moelle, d’où part un troisième filet nerveux se dirigeant vers le cerveau.

Quand l’impression sensitive, au lieu de cheminer vers la tête par ce troisième filet ascendant, s’arrête dans la moelle épinière, celle-ci la renvoie transformée en mouvement dans la direction du muscle, où le nerf moteur la conduit. L’impression se réfléchit sur le centre moteur et revient sur elle-même au lieu de continuer sa route, comme se réfiéchissent les ondes sonores de la voix, qui, se heurtant contre un mur, reviennent en arrière pour donner naissance à l’écho.

On peut dire qu’un mouvement rétlexe est Vécho d’une impression sensitive.

11 n’est pas nécessaire que le cerveau soit détruit pour que les mouvements réflexes se produisent: il suffit qu’il ne prenne pas part à l’acte musculaire. Dès lors, celui-ci n’est plus voulu et se produit inconsciemment, comme on l’observe chez un homme endormi, ou même chez un homme préoccupé, qui, suivant une expression aussi vulgaire que juste, a « la tête ailleurs » et ne songe pas à ce qu’il fait. On voit tous les jours un homme préoccupé dépasser en marchant le seuil de sa porte, où il se proposait pourtant d’entrer. On dit qu'il est distrait et que ses jambe-^ agissent par un mouvement automatique. Ce mouvement automatique de la marche a été d’abord très laborieusement appris par l’enfant, puis il est devenu d’une exécution si facile que le cerveau n’y prend aucune part. La sensation que produit 1 ' sol sur la plante du pied, quand il s’y repose, détermine, par effet réflexe, un mouvement de l’autre membre qui vient son tour se poser en avant du premier, et ainsi de suite. Cette succession régulière des mouvements des jambes qui sont tantôt reposées sur le sol, tantôt enlevées de terre, peut se faire sans qu ■> la volonté y prenne part et sans que le cerveau *en ait conscience.

Dans les exercices du corps, une foule de mouvements peuvent devenir automatiques par l’habitude, et il arrive que, pendant leur exécution, la volonté peut s’occuper ailleurs sans participer à l’action des muscles. C’est alors la moelle épinière seule qui préside à ces mouvements, en dehors de toute intervention du cervoaii.

LE TKAVAIL MUSCULAIRE

Nous aurons l’occasion, en parlant des applications thérapeutiques de 1 exercice , de mettre à profit les notions sommaires que nous venons d’exposer. Nous ferons ressortir l’importance qu il y a pour l’homme surmené par le travail de tête à rechercher de préférence les exercices automatiques, qui n’exigent pas l’entrée en jeu du cerveau.

La moelle épinière peut dans bien des cas, grâce à son pouvoir auto-moteur, suppléer le cerveau, et présider seule à des mouvements très compliqués. Mais son intégrité absolue est nécessaire pour 1 accomplissement des mouvements automatiques ou réflexes. Si on introduit la tige d’un stylet dans le canal vertébral d une grenouille fraîchement décapitée, on anéantit complètement son pouvoir réflexe, par suite de la destruction de la moelle que l’instrument déchire. L’animal perd à l’instant même toute faculté de réagir en présence d’un agent qui mettrait en jeu la sensibilité de la peau; on ne peut obtenir des mouvements dans ses membres qu’en excitant directement les muscles ou leurs nerfs moteurs.

Le Cerveau a la forme d’une masse arrondie, grisâtre et molle. Il est composé, comme la moelle épinière, de substance blanche et de substance grise, et renferme, comme elle, des tubes nerveux et des cellules. Mais, — à l’inverse de ce qu’on observe pour la moelle, — la substance grise occupe la périphérie, V écorce du cerveau, tandis que la substance blanche se trouve au centre De plus, dans l’épaisseur de la substance blanche, se trouvent des noyaux importants de tissu gris, indiquant la présence, dans certaines régions centrales de l’organe, des cellules nerveuses, foyers d’activité propre.

Dans le cerveau, comme dans la moelle, la substance blanche est conductrice .des excitations reçues, tandis que le pouvoir d’émettre spontanément des excitations motrices est dévolu à certaines cellules de la substance grise.

La substance grise du cerveau peut, comme celle de la moelle, manifester son activité propre par des effets réflexes. Le cerveau donne naissance à des nerfs moteurs et à des nerfs sensitifs, et une impression sensitive peut donner lieu à un mouvement réflexe dans les muscles animés par les nerfs crâniens. — C’est

action du cerveau

ainsi que, chez un animal fraîchement décapité, une goutte de vinaigre appliquée sur la surface de l’œil provoque un resserrement des paupières.

Le cerveau est donc, comme la moelle épinière, un centre de motilité réflexe ; mais il est de plus un centre de motilité volontaire.

C’est là, au point de vue des mouvements, la caractéristique du cerveau : le cerveau enlevé, tout acte musculaire voulu disparaît avec lui.

Il n’est pas nécessaire d’enlever la totalité du cerveau pour ôter à un animal la faculté de manifester sa volonté par des actes conscients. Il suffit pour cela de détruire totalement la substance grise, car c’est au sein de cette substance que s’élaborent les excitations volontaires dont l’essence nous est, jusqu’à présent, inconnue. On est parvenu à conserver vivants des chiens privés de cette portion du cerveau, et on a pu s’assurer que tous leurs mouvements sont alors des actes réflexes commandés par les impressions du milieu où ils vivent, et dirigés par l’habitude. Ils ne se meuvent plus que par automatisme.

Le cerveau a, comme la moelle épinière et les nerfs moteurs, a propriété de transmettre les excitations mécaniques ou électriques qu’il subit. Mais il est facile de prévoir les effets que produira sur les organes du mouvement l’excitation d’un nerf, parce qu’on sait bien à quels muscles au juste ce nerf se distribue, tandis qu’il est souvent difficile de préciser l’effet d’une excitation motrice portée sur le cerveau. Qn ne sait pas toujours, en effet, à quels groupes de muscles correspondent les fibres nerveuses sur lesquelles porte l’action de l’excitant qu’on emploie. De là les résultats souvent inattendus, et quelquefois si bizarres^ des blessures qui atteignent le cerveau.

On voit quelquefois, à la chasse, des animaux blessés exécuter des mouvements singuliers.

La perdrix, par exemple, dont un plomb a perforé certaines régions du crâne, s’élève tout d’un coup dans les airs à uno grande hauteur en ligne droite, et retombe morte.

Nous avons eu, un jour, l’occasion d’observer un lièvre blessé qui se mit à tourner sur lui-même avec rapidité. Le mouvement se faisait autour de l’axe longitudinal du corps; c’est-à-dire que l’animal semblait se mouvoir autour d’une tige rigide qui l’aurait traversé de la tète à la queue. Il nous sembla d’abord que le lièvre blessé cherchait à fuir et nous étions surpris de la manière mala-

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

droite dont il s’y prenait pour s’échapper. Mais nous fûmes bientôt convaincu que ses évolutions singulières étaient tout à fait involontaires; elles étaient produites par une impulsion irrésistible. Le lièvre avait reçu un plomb dans la tête, et ce plomb, perforant le crâne, avait atteint un des pédoncules du cervelet. Le choc subi par les fibres nerveuses motrices avait excité tous les muscles avec lesquels elles se trouvaient en communication, et ces muscles, entrant aussitôt en contraction, avaient communiqué à l’animal ce mouvement gb'atoire dans lequel sa volonté n’entrait pour rien.

D’autres blessures du cerveau peuvent provoquer divers effets de motricité non moins surprenants. C’est ainsi qu’en piquant certains points déterminés de l’encéphale, on produit un mouvement dit de manège par lequeM’animal blessé se met à tourner non plus sur lui-même, mais en décrivant un cercle, comme un cheval dans un cirque.

Ces mouvements sont encore mal expliqués en physiologie, mais ils prouvent au moins qu’une excitation portée sur un seul point très localisé du cerveau peut provoquer des contractions dans plusieurs groupes musculaires à la fois.

C’est que, par suite d’une curieuse disposition anatomique, un grand nombre de fibres nerveuses motrices rayonnant vers des muscles différents peuvent émaner d’un même département très circonscrit de la substance cérébrale. De cette façon, une excitation qui agit sur une très petite surface de l’organe peut être transmise simultanément à plusieurs groupes de muscles, de même qu’à l’aide de communications multiples établies par un réseau de fils, un seul bouton peut mettre en action en même temps la sonnerie de plusieurs timbres électriques.

En 1874, M. Ferrier fit voir qu’en électrisant certaines circonvolutions cérébrales, on provoquait des mouvements soit dans les yeux, soit dans la langue, soit dans le cou de l’animal en expérience. Il appela centres moteurs ces points du cerveau dans lesquels semblent venir se concentrer toute une série de fibres nerveuses motrices correspondant à des groupes musculaires bien déterminés, et quelquefois très étendus.

Un médecin américain, le docteur Batholow, avec un mépris du sujet humain que nous n’avons pas encore en France, a reproduit, sur un blessé dont le cerveau était mis à nu par un coup de feu, les expériences que M. Ferrier avait faites sur des chiens. Il a pu constater que chez l’homme, aussi bien que chez les animaux, il

Page 1