‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 8 sur 184 · LA VOLONTÉ 1 J · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ 1 J

y a des centres moteurs, des points bien circonscrits du cerveau qui tiennent sous leur dépendance les mouvements de toute une région du corps.

Cette localisation dans un point restreint du cerveau, de, la faculté motrice, pour tout un groupe musculaire, explique la solidarité qui unit certains muscles et la difficulté qu’on éprouve à faire agir les uns sans les autres. La volonté, par exemple, ne peut ffiire contracter isolément un muscle fléchisseur ou un muscle extenseur. Quand elle commande, le groupe associé obéit tout entier. Quelquefois pourtant les mouvements associés sont dans une connexion moins intime, et on peut, par une tension très grande de la volonté et surtout par un apprentissa<^e journalier, arriver à dissocier deux mouvements habituellement unis.

Nous avons passé en revue les organes du mouvement. Le nerf, la moelle épinière et le cerveau sont autant d’instruments de transmission échelonnés entre le muscle et la volonté.

Le cerveau , avec ses centres moteui-s, peut se comparer aune sorte de clavier dont chaque touche correspondrait à un certain groupe démuselés, et sur lequel la volonté viendrait frapper avec plus ou moins d’intensité, suivant qu’elle veut provoquer un effort musculaire plus ou moins énergique.

Comment s’établit la communication entre la volonté, force d’ordre psychique, et une substance matérielle telle que la substance grise des circonvolutions cérébrales? C’est là un problème qui rentre dans celui des rapports du physique avec le moral, et qui n’a pas encore été résolu. Mais, quel que soit son mode d’action, la volonté est un facteur des plus importants dans l’exécution des mouvements, une des forces les plus actives parmi celles qui entrent enjeu dans le travail musculaire.

Le muscle est doué d’une force motrice, mais il faut qu’un agent étranger intervienne pour mettre cette force en action.

De même, un arc renferme en lui une énergie propre, capable de lancer la flèche; mais un archer est nécessaire pour mettre en jeu la force élastique du bois. — La volonté est aussi nécessaire pour actionner le muscle, que le bras de l’archer pour bander l’arc et décocher le trait.

di

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

La volonté est l’agent excitateur du mouvement, et le mouvement se produit toujours avec une vigueur proportionnelle à celle de l’agent qui l’excite. Un muscle restera inerte si on cherche à l’actionner à l’aide d'un courant électrique trop faihle ; il sera de même incapable d’agir s’il est sollicité par une volonté sans énergie. Ne voit-on pas des hommes vigoureux perdre tout à coup leur force musculaire quand leur volonté est paralysée par une émotion dépressive, telle que la peur ? — Une passion excitante au contraire, comme la colère, augmente le pouvoir des muscles, parce qu’elle stimule la volonté.

Ainsi s’explique la différence si grande que présentent dans leur puissance de travail deux sujets également musclés. L’un , mieux doué au point de vue de la volonté, pourra faire sortir de ses muscles une force que l’autre y laisse en quelque sorte endormie.

La volonté n’a aucune prise directe sur le muscle, pas plus que sur la moelle épinière et le nerf moteur. Elle ne peut agir directement que sur la substance grise des circonvolutions cérébrales. Elle est impuissante à actionner la fibre musculaire sans le secours du cerveau, seul organe avec lequel elle soit en rapport immédiat.

Le cerveau est donc un organe aussi indispensable à l’exécution des mouvements volontaires qu’à l’accomplissement des travaux intellectuels, et il ne faut pas attribuer exclusivement aux occupations d’esprit le privilège de faire travailler cet organe. Les exercices de corps exigent son concours toutes les fois qu’ils demandent l’intervention de la volonté.

Par quel mécanisme un ordre de la volonté se transmet-il au muscle, à travers les fibres conductrices du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs ?

On admet aujourd’hui que la volition^ ou mise en action de la volonté, produit un ébranlement moléculaire des cellules de la substance grise, et que cet ébranlement, gagnant de proche en proche les filets nerveux moteurs, va se communiquer par leur intermédiaire aux fibres du muscle. Ce mouvement a été comparé à l’ondulation qui se produit à la surface d’une eau tranquille, et envahit peu à peu toute la nappe liquide dès qu’un seul point de la masse vient à êti'e ébranlé par un choc.

La production d’un mouvement ondulatoire n’a pu être matériellement démontrée dans la substance du cerveau, pas plus que

TRANSMISSION DK LA VüLONTK

dans la moelle épinière et les nerfs : elle reste pour ces organes à l’état d’hypothèse très vraisemblable.

En revanche, on a pu l’observer très nettement dans le muscle.

« Il a été observé, sur des muscles encore vivants, qu’il se <c forme, aux points que l’on excite, des saillies ou nodosités qui «■ courent ensuite tout le long du muscle, comme une onde à la « surface de l’eau (1). »

À l’aide d’appareils enregistreurs ingénieusement construits, M. Marey a pu tracer le graphique de V onde musculaire. Aéby, en 1862, avait déjà prouvé que, sur l’animal vivant, le gonflement du point excité se transporte aux extrémités des muscles avec une vitesse d’environ un mètre par seconde.

Chaque excitation subie par le muscle donne à cet organe une secousse qui se traduit par une onde musculaire. Si les excitations se succèdent rapidement, il peut arriver que la première ondulation dure encore au moment où la seconde se produit. On voit alors les deux renflements courir l’un à la suite de l’autre sur le muscle excité. Mais si les excitations se répètent avec une très grande vitesse, il y a fusion entre les ondes musculaires, qui se confondent en un seul renflement occupant tout le muscle. Celuici se trouve alors uniformément gonflé et raccourci : il est en état de contraction.

Entre le moment où la volonté commande une contraction, et le moment où le muscle se contracte, il s’écoule toujours un temps appréciable. Ce temps est rempli par divers actes physiologiques, et en premier lieu parla transmission de la vibration nerveuse. L’ébranlement parti des cellules cérébrales n’arrive pas instantanément au muscle. Il doit traverser d’abord les fibres de la substance blanche du cerveau, puis la moelle épinière, puis enfin toute la longueur du cordon nerveux qui le transmet à la fibre musculaire. La longueur de ce trajet peut s’évaluer en centimètres, et on sait, par les expériences d’Helmholtz, que la vibration nerveuse se propage avec une vitesse de 35 mètres environ par seconde. Il est donc facile de calculer, sur ces données, combien de centièmes de seconde devront s’écouler, par exemple, entre le moment où un homme veut fléchir son pied, et le moment où le pied se fléchit.

Mais si l’on fait exactement ce calcul et qu’on veuille en comparer les résultats avec ceux que donne l’observation directe, on

(1) Marey, la Machine animale. Paris, Dibl. Scicui.. iiileru

Page 1