‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 93 sur 184 · ACTION SUR LES MUSCLES · texte numérisé non relu

ACTION SUR LES MUSCLES

obéir ». Un cheval ardent attelé à une lourde charrette et qu’on lance au galop dans une côte, fait à la fois un travail de force et de vitesse, et présente souvent l’exemple des accidents de l’exercice forcé; menacé d’asphyxie par l’acide carbonique qui s’accumule dans le sang, exposé à des ruptures de vaisseaux ou à des déchirures internes par la compression violente que détermine l’effort, l’animal meurt quelquefois subitement d’une rupture du cœur ou tombe tout d’un coup paralysé par une apoplexie de la moelle épinière.

Ainsi, en résumé, les exercices de vitesse ont l’avantage de pouvoir produire la même quantité de travail que les exercices de force et d’exciter avec la même intensité le besoin de respirer. De plus , ils augmentent l’activité des fonctions respiratoires avec moins de fatigue pour le poumon et pour le cœur, à cause de l’absence de Veffortqvà n’intervient qu’exceptionnellement dans l’exercice de vitesse , et qui est obligatoire dans l’exercice de force. — De là une première cause de préférence à donner aux exercices de vitesse quand il s’agit d’augmenter la consommation d’oxygène du sujet.

Du côté du système musculaire, l’exercice de vitesse, pour un nombre égal de kilogrammètres en un temps donné, produira moins de fatigue que le travail de force et exposera moins l’appareil moteur aux divers accidents qui résultent des tiraillements et des froissements des parties mobiles.

Mais ces avantages sont balancés par un autre qu’il faut reconnaître aux exercices de force , le développement plus grand donné aux muscles. L’afflux du sang à la fibre musculaire est d’autant plus considérable que l’effort est plus intense, et le contact de ce liquide avec l’élément contractile est d’autant plus prolongé que la contraction est plus durable. Ce fait est prouvé par l’observation suivante. Chez un homme qu’on saigne, le sang s’écoule un instant de lui-même par plénitude des veines, puis le jet s’arrête. Si l'on fait alors exécuter des mouvements aux muscles de l’avant-bras, le jet recommence, non parce que les veines reçoivent une pression qui les vide, mais parce que la contraction attire plus de sang aux muscles (l).Or, si les muscles se contractent d’une manière énergique et soutenue, le jet sanguin se précipite plein et ininterrompu. Si l’on s’étudie à faire une série de

(1) Marey, la Circulation du sang F. Lagrange.

LKS EXEHCICES DE VITESSE

petites contractions se succédant avec une grande rapidité, le jet devient saccadé, plus mince, et fournit pour le même temps un écoulement moins abondant. Ce fait prouve que moins de sang traverse les muscles pendant une série de petites contractions très rapprochées que pendant une seule contraction très soutenue.

Il n’est pas besoin d’autre démonstration pour prouver que la nutrition du muscle doit être moins active pendant les exercices de vitesse que pendant les exercices de force, puisqu’on sait que la nutrition d’une région du corps est en raison directe de la quantité de sang qui s’y porte.

Les déductions que nous venons d’exposer en nous basant sur la physiologie du travail musculaire sont pleinement confirmées par l’observation directe des faits. Les exercices de vitesse ne développent pas très sensiblement les muscles , tandis que les exercices de force les font augmenter beaucoup de volume. Tout le monde connaît l’exagération du développement musculaire des hercules de foire ; on sait aussi que les coureurs de profession ont souvent les mollets grêles. En revanche, les exercices do vitesse développent plus que tous les autres l’ampleur de la poitrine, et de tous les exercices du gymnase aucun n’améliore plus rapidement la respiration que la course dite de résistance.

Il est un point particulièrement intéressant à étudier dans la physiologie des exercices de vitesse ; c’est la dépense excessive d’influx nerveux qu’ils occasionnent. La vitesse dans les mou- |

vements exige, de la part des centres nerveux, un surcroît de j

travail, qui peut, selon nous, trouver une explication satisfaisante !

dans les faits physiologiques que nous allons exposer.

Le muscle n’obéit jamais instantanément à la volonté qui lui commande un mouvement. C’est là un fait mis en lumière par Helmholtz en 1850. Ce physiologiste a montré qu en excitant à l’aide d’une décharge électrique un point donné des nerfs moteurs, on observe toujours un intervalle appréciable entre l’instant de l’excitation du nerf et celui de la contraction des muscles auxquels cette excitation est conduite. Ce « retard » est dû, en partie, au temps qu’emploie l’excitation à cheminer à travers les nerfs ; mais, en tenant compte de la durée de ce trajet, qu on a pu

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