CHAPITRE V
Age adulte de la passion.
C'en est fait, la passion a grandi, lentement ou brusquement qu'importe ! le résultat est le même, et ce résultat, c'est l'abolition de la volonté calme et raisonnée, c'est la
toute-puissance d'un désir unique à la satisfaction duquel tendent forcéniput toutes les facultés. Avant cette période on voyait les inconvénients, on hésitait devant les obstacles, on songeait à briser sa chaîne. Maintenant on est entraîné par un invincible courant. Qu'importe les obstacles^ on les surmontera et, s'ils sont insurmontables, qu'importe la mort? Pour l'être que domine une passion portée au paroxysme il n'y a plus ni bien, ni mal, ni raison, ni folie, ni vice, ni vertu. Il y a un bien suprême sans lequel on ne peut vivre, préférable à tout, auquel on ne peut pas ne pas aspirer, au prix duquel rien n'est sacrifice, un désir tyrannique auquel on ne peut pas désobéir, alors même qu'on le voudrait. Même dans les rémiitences de la fièvre passionnée, quand une faible lueur de la raison nous éclaire, quand, dans notre course effrénée vers l'objet de nos désirs, nous retombons meurtris, à demi brisés par le choc de la réalité, nous ne pouvons que gémir, nous relever et marcher encore. Qu'importe à mademoiselle de Lespinasse que son amant la néglige, l'oublie, la trompe. Elle le voit et s'indigne, elle insulte l'infidèle, le méprise et l'aime à en mourir.
« Je n'ai pas besoin de vivre et j'ai besoin de vous aimer
Vous me mépriseriez, vous me haïriez que je trouverais encore en moi de quoi vous aimer avec passion. Oui, mon ami, je vous le répète : la mort vient à ma pensée vingt fois par jour et mon âme n'ose concevoir l'idée de vous aimer moins. Oh ! connaissez-moi tout entière : voyez dans mon âme un poison qui me consume et que je n'ose pas vous faire voir. Ce ne sont pas mes remords ...... Ce n'est pas ma douleur C'est un mal qui altère ma raison et ma santé, c'est
un mal qui rend injuste (i). »
« Vous n'êtes pas mon ami, écrit-elle h M. de Guibert, vous ne pouvez pas le devenir ; je n'ai aucune sorte de confiance en vous. Vous m'avez fait le mal le plus profond et le plus aigu qui puisse affliger et déchirer une âme honnête. Vous me privez peut-être pour jamais, dans ce moment-ci, de
(1) Lettres de mademoiselle de Lespinasse^
la seule consolallon que le ciel accordait aux jours qui me restent à vivre. Enfin, que vous dirai-je? Vous avez tout rempli. Le passée le présent et Tavenir ne me présentent que douleurs, regrets et remords. £h bien, mon ami, je pense, je juge tout cela et je suis entraînée vers vous par un attrait, par un sentiment que j'abhorre, mais qui a le pouvoir de la malédiction et de la fatalité. Vous faites bien de ne m*en pas tenir compte. Je n'ai le droit de rien exiger de vous, car mon souhait le plus ardent est que vous ne fussiez rien pour moi. » £t quelques jours plus tard elle écrit le billet suivant : « Je vous attends, je vous aime, je voudrais être toute à vous et mourir après. » Ou celui-ci : « Pourrai-je vous dire tout le bien et tout le mal que vous me faites? Votre présence a un tel empire, une telle force qu'elle me donne une existence nouvelle et ne me laisse pas même le souvenir de celle que j'avais avant que de vous voir. Je suis si animée, si pénétrée de l'impression que je reçois, que je ne puis plus être heureuse ou malheureuse que par vous. J'aime, je jouis, je crains, je souffre, sans qu'il entre jamais dans ces diverses dispositions, ni souvenir du passé, ni prévoyance de l'avenir. »
J'ai tant joui, j'ai sî bien senti le prix de la vie que,
s'il fallait recommencer, je voudrais que ce fût aux mêmes conditions. Aimer et souffrir. Le ciel et l'enfer, voilà à quoi je me dévouerais ; voilà ce que je voudrais sentir. Voilà^le climat que je voudrais habiter, d
« J'aime avec toutes les facultés de mon âme, de mon
esprit, avec l'air que je respire. Enfin, j'aime pour vivre et je vis pour aimer. »
Longtemps avant, sainte Thérèse avait dit : L'enfer est un lieu où l'on n'aime plus .
C'est chez les femmes surtout que la passion parle avec délire, avec fougue. Qu'elles adorent ou qu'elles exècrent , qu'elles aiment passionnément Dieu ou un homme, leur langage a la même puissance ; et comme il peint bien l'impulsion irrésistible !
i' Hélas, écrit Héloïse à Abailard^ les plaisirs de l'amour
que nous avons goûtés ensemble m*onl trop doucement fascinée. Je ne puis me défendre de les aimer, ni les bannir de ma mémoire. Ils enveloppent mes pas ; ils poursuivent mes regards de leurs scènes adorées^ et font pénétrer dans mes veines émues tous les feux du regret et du désir. L'éternel mirage plane encore avec toutes ses illusions sur mes nuits frémissantes.
» Pendant la solennité même du divin sacrifice, au moment où la prière doit être plus fervente et plus pure, ah! j*en ai honte! les licencieux tableaux de nos plaisirs captivent tellement ce cœur misérable, que je suis plus occupée de ces indignités que de la sainte oraison. Je pleure, non pas les fautes que j'ai commises, mais celles que je ne commets plus. Et non-seulement ce que nous avons fait, mais les heures, les lieux témoins de nos rapides félicités, chaque circonstance est victorieusement gravée dans mon souvenir avec votre image.
» Tout recommence. Je retombe dans tous nos délires, et ce passé qui me ressaisit et m'agite, même dans le sommeil, je ne m'en repose point. Des mouvements involontaires, des paroles qui m'échappent, viennent souvent trahir le dérèglement de mes pensées. Oh! que je suis malheureuse !
» Que je suis loin de votre tranquillité ! La fougue des sens et de la passion, une jeunesse qui toujours brûle et palpite et la tant douce expérience que j'ai faite des voluptés m'aiguillonnent sans relâche et pressent ma défaite par des assauts dont la fragilité même do ma nature est complice. On dit que je suis ciiaste, c'est qu'on ne voit pas que je sois hypocrite.
» Dieu le sait! Dieu le sait que toute ma vie j'ai plus redouté de vous offenser que de l'offenser lui-même, et que c'est à vous bien plus qu'à lui que je désire plaire. C'est votre commandement et non la voix du ciel qui m'a courbée sous le joug monastique (1). )) (Traduction Oddoul.)
(1) « kl tanium vero ill«, quas pariter exercuimus, amantium voluptates dulces mihi fucrunt, ut nec d\scvg\etft vxLÙà.» x^a^ ^yv ^
Pour se faire une idée du chemin qui séj)arc la raison de la passion, il faut lire les sermons scolastiqucs par lesquels Abailard répondait à ces brûlantes épîtres.
Souvenons-nousaussiqu*Héloïseélaitcertainementcroyante; qu'elle était enchaînée par des vœux sacrés h ses yeux ; que ces pensées, coupables pour d'autres, étaient pour elle sacrilèges, et que l'image de l'enfer, de l'horrible enfer du moyen âge, auquel elle croyait sans nul doute, ne pouvait attiédir sa passion.
Écoutons maintenant le langage de la haine portée au même degré d'exalta!ion. C'est la Lescombat excitant son amant à assassiner son mari : une louve enragée, a Songe, mon cher ami, à ce que tu m'as promis. Tu m'as juré, par tout ce qu'il y a de plus sacré, de me défaire de mon époux. Je me repose sur toi du soin de ma vengeance. Ciel ! je vais donc être bientôt libre. Je vais donc être vengée. J'aspire à cet instant plein de charmes pour moi. Prends bien ton
memoria labi possint. Quocumquc loco me vertam, scmper se oculis mais cum suis ingerunt dcsidcriis.Nec etiam dormienti suis iUusionibus parcunt. Inter ipsa missarum solemnia ubi purior esse débet oratio^ ubscena earum voluptatum phanlasmata ita sibi peuitus miserrimam captivant animam, ut turpitudinibus illis magis quam orationl vacem, quîB cum ingemiscere debeam de commissis, suspiro potius de amissis.
» Nec solum quae egimus, sed loca paritcr et tempora, in quibus hœc egimus, ita tecum nostro infixa suut animo^ ut in ipsis omnia tecum agam, nec dormiens etiam ab bis quiescam.
» Nonnunquam et ipso motu corporis animi mei cogitationes deprebenduntur. vere me miseram, et illa conquestione ingemiscentis animae dignissimam. Infelix ego homo ! Quis me liberabit de corpore mortis hujus ! Utinam et quod scquitur addere queam ! Gratia Dei per Jcsum Chrislum dominum nostrum.
» Haec te gratia, charissimc, praevenit^ et ab his tibi stimulis una corporis plaga mcdendo^ multas in anima sanavit et in quo tibi amplius adversari Deus creditur propitior invenitur. More quidem fidelissimi medict^ qui non parcit dolori ut consulat saluti.
» Hos autem in me stimulos carnis, haec incentiva libidinis, ipse Javenilis fervor a?tatis, et jucundissima experientia voluptatum plu-
temps. Songe qu'il y va de la vie et de la mienne. Vois jusqu'où va ma fureur. Si tu ne te sens pas assez de fermeté pour me servir, avoue-le-moi. Il est d'autres moyens que je mettrai en usage pour me délivrer d'un barbare toujours occupé à augmenter mes malheurs. Je ne suis que rage ! 1/enfor est dans mon cœur ! Rien n'est sacré [)our moi. Ah ! si tu connaissais le cœur d'une femme outragée, pereécutée, désespérée, tu exécuterais bien promptemcnt l'ordre dont je t'ai chargé. Que j'apprendrai avec plaisir la mort de mon époux ! Avec quelle joie je verrai son meurtrier. Jamais lu n'auras paru si aimable à mes yeux. Mais, hélas! les craintes que lu m'as déjà fait voir m'en annoncent de nouvelles.
» Non ! tu n'auras pas le cœur de me satisfaire. Tu appréhendes de perdre ce peu d'instants qui forment le cours de notre vie. Voilà ce qui le retient. Tu ne m'as jamais aimée. Tu n'as jamais scnli pour moi ces saillies impétueuses que l'amour inspire. Je n'ai jamais lu dans tes yeux cette ardeur
rirnura acccndunt et tanto amplius sua me impugnalionc opprimunt^ quanto iiifirmior est natura quam oppugnant.
)) Castam me prapdicant qui non deprehendcrunt hypocritam. Munditiam carnis conferunt in virtutcm, cum non sit corporis, sed animi virtus. Aliquid taudis apud homincs habens, nihil apud Dcum
mercor, qui cordis et rerura probator est et in abscondita videt
In omni autcm (Deus scit) vitîE meœ statu, te magis adhuc ofFcndcre, quam Deum vereor ; tibi placcrc amplius quam ipsi appeto. Tua me rcligionis habitum jussio, non diviua traxit dilcctio.
» Vide quam infelicem et omnibus miscrabiliorcm ducam vitam, si tanta hic frustra sustineo : nihil babitura remunerationis in futuro. Diu te, sicut multos, simulalio mea fefellit, ut religioni deputarcs hypocrisim : et ideo uostris te maxime commendans orationibus, quod a te expecto, a me postulas. »
(II® lettre d'Héloïse à Abailard. Epigraphe : Unico suo post Christum^ unica sua in Christo. Extrait de : Les véritables Lettres d'Abeilard et cVHéloïse publiées par dom Gervaisc et tirées d'un ancien manuscrit latin trouve dans la bibliothèque de F. d'Amboise, conseiller d'État, Paris, 1722, 2 vol. in-12.)
que Ton ne peut cacher et qui annonce combien le cœur est enflammé. Que je suis malheureuse de t*avoir connu ! Tu m*as séduite. Je coulais mes jours dans Tindiiïérence. Ta es venu me tirer de la léthargie dans laquelle j'étais plongée. Tu as su par tes discours flatteurs et par mille soins prévenants gagner mon cœur. Tu m'as forcée à t'avouer ma défaite. Tu as triomphé de mes caprices, de ma résistance, de mon devoir. Si je m'étais abandonnée à tout autre qu'à toi, mon époux ne serait déjà plus. Crois-tu donc m'intimider par tes vaines clameurs? Tu me fais une image horrible des tourments que subissent les criminels. Tu me dépeins avec force toutes les horreurs qui accompagnent les derniers moments de ces malheureux. Tu veux que je me transporte en idée dans une place publique et que je t'y voie expirer sur l'échafaud. Tu me menaces même de celte mort. Tu m'apprends que lu n'aurais pas le courage de résister aux tourments qu'on te ferait endurer, que tu m'avouerais ta complice. N'importe. Poursuis. Ne t'embarrasse point du soin de mes jours. Ils me seront odieux si mon époux vit. J'en ferais volontiers le sacrifice, pourvu qne je sois rassassiée du sang du barbare que je déleste. C'est assez t'en dire. Que ne vastu, malheureux, dès à présent me dénoncer à la justice. Jeté crois capable de toul. Cependant, si tu peux remplir mes vœux, si tu secondes mes desseins, si je le vois couvert du sang de mon époux, attends tout de moi. Je donnerai mille vies pour toi. Tu seras toujours le dieu de mon cœur. On n'aura jamais tant aimé que je t'aimerai (1). »
N'êles-vous pas épouvanté? Pour nous reposer un peu, écoutons maintenant les roucoulements des mystiques.
Voici sainle Thérèse. Elle nous peint l'invincible attrait qui la pousse à adorer Dieu : « A peine étais-je renfermée dans la solitude que je sentais renaître mon amour pour mon
(1) Causes célèbres de Mocquard. — Répertoire universel des femmes célèbres. Paris, 1826, 4 vol. in-8. Ces lettres, citées dans toutes les relations imprimées du procès de la Lcscombat, ne sont point annexées au dossier manuscrit actuellement aux archives.
céleste époux. Il me conviait, ce semble, à vouloir accepter ces saintes délices et ces divines caresses (ne vous scandalisez point; nous en entendrons bien d'autres.. .) C'était trop de bonté de la part de ce doux maître, de daigner me souffrir en sa présence, de m*y attirer^ car, sans ce doux attrait^ je le voyais, je ne serais point venue (1). »
Plus tard, nous entendrons sainte Thérèse dépeindre les suavités de Tunion mystique avec Dieu, en dépit du corps, oppresseur de l'âme. Mais* aucune de ces gémissantes colombes n'a jargonné des paroles plus brûlantes que celles-ci : « Je ne saurais exprimer toutes les faveurs, les lumières, les connaissances, les commerces intimes et amoureux de ce grand Dieu à l'égard de son indigne créature. Que de tendres affections I Que d'intimes communications ! Que de transports d'amour ! Que d'embrassements divins ! Que d'attouchements qui me chatouillaient le cœur ! Que de délectations intérieures! Que de vrais plaisirs? Que de joies pures! Que de contentements parfaits! Que de défaitlances sans fin! £n un mot, que de paroles tendres et affectueuses ne me furentelles pas énoncées et communiquées. Tantôt portée par des millions d'anges dans le sein de Dieu même, il m'était permis de reposer sur son cœur où il me soutenait avec sa main droite en me couvrant de sa main gauche, en sorte qu'il me semblait être dans un jardin de délices où le jour éternel luit toujours, où les plaisirs sont sans fm, où les amitiés sont pures, où l'époux et l'épouse sont à cœur ouvert, et où ils se font un vrai plaisir de reposer l'un dans l'autre par un amour mutuel. C'est là que l'époux se plaît singulièrement à découvrir à l'âme toutes ses beautés, ses amabilités, et qu'il lui dit ces paroles du cantique : « Dormez, ma bicn-aimée, ma » belle, ma colombe. Reposez dans «mon sein, demandez- moi » tout ce que vous voudrez et je vous l'accorderai. Si je n'avais » pas fait ce grand univers, le chef-d'œuvre de ma gloire, je le w créerais pour toi seule. Je vous prie, filles de Jérusalem, de
(1) Autobiographie de sainte Thérèse, traduction du P. Bouix, de la compagnie de Jésus.
» ne pas faire de bruit de peur d'éveiller ma bieu-aimée qui »dort et qui repose en moi... »
(' Ah! s*ii m'était permis de dire combien de fois,
enivrée de ces torrents de volupté, je ne pouvais plus contenir en moi-même cette extrême chaleur qui semblait me consumer jusqu'à la lûoelle des os. Tantôt le visage rouge comme un charbon avec des yeux étincelauts, je portais des traits enflammés contre lui qui m'embrasait d'un si pur amour. Tantôt il fallait que je J'appelasse le seul objet de mes charmes, vie de ma vie, âme de mon âme, cœur de mon cœur, objet le plus charmant et le plus aimable. O amour qui brûles toujours et ne te consumes jamais. Si la créature pouvait te connaître que ne ferait-elle point pour te posséder! Enfin, tantôt élevant ma voix et mes cris vers le ciel, je ne pouvais qu'en soupirant presser ce divin amant de venir me réduire en cendre et en poussière, afin que lui seul régnât éternellement dans mon âme.. . »
« Mille fois, ô mon Dieu, vous étant découvert à moi, avec le même empressement qu'un amant passionné peut avoir pour son épouse, me déclariez -vous que vous n'aviez pu vous refuser à mes désirs, que vous aviez été blessé de mon amour, que vous étiez épris pour moi d'un amour qu'on ne peut guère dire, mais qu'on peut bien sentir. Ah ! c*est ici où il m'est impossible de pouvoir dire avec quelle véhémence ce grand Dieu se livrait à mon cœur. Quelquefois je n'étais capable que de m'écrier, à l'exemple du grand saint François Xavier, c'est assfz, c'est assez, mon Dieu, modérez cette divine ardeur (1). »
Les passions patriotiques ont plus de calme, moins de délire, peut-être parce qu'elles grandissent surtout dans des cerveaux d'homme, mais elles n'ont ni moins de force, ni moins d'irrésistibilité.
Karl Sand nous fait assister au graduel envahissement de
(1) Mémoire des faveurs dont fat joui par la grande miséricorde du Seigneur pendant tout le cours du carême passé, Van 1730. Procès de la Cadière. Aïx, in -folio.
PASSIONS GÊRÊBflALES. 135
l'idée fixe qui le conduira à Téchafaud et tuera Kotzcbue. Depuis longtemps il désire ardemment ce qu'il considère comme le bien de sa pairie; il est de plus très-religieux, mélancolique, exalté, mais sa passion jusqu'alors a manqué d'objet. Le nom de Kotzebuc lui en donne un. Cet homme est pour lui un misérable, un monstre, le fléau de l'Allemagne qu'il endort et empoisonne par ses beaux écrits frelatés. Que sa mort serait utile! Faut-il le tuer? Sand hésite. Il n'est pas fait pour le meurtre. Oh ! si un autri^ pouvait le devancer et agir. Mais si personne ne veut s'armer. Si chacun compte sur son voisin. V Seigneur, s'écrie -t-il, laisse- moi m'affermir dans l'idée que j'ai conçue de la délivrance de l'humanité par le saint sacrifice de ton fils. Fais que je sois un Christ pour l'Allemagne, et que comme et par Jésus, je sois fort et patient à la douleur» (1818) (1).
V Un homme n'est rien en comparaison d'un peuple, c'est une unité comparée à des milliards, c'est une minute comparée à un siècle. L'homme que rien ne précède et que rien ne suit, naît vit et meurt dans un espace plus ou moins long, mais qui, relativement à l'éternité, équivaut à peine à la durée de l'éclair. Un peuple au contraire est immortel. » (18 mai 1818.)
Beaucoup de traîtres et des plus scélérats se font un jeu de pousser impunément à la perte de notre peuple.
» Parmi eux est Kotzcbue, le plus rusé^ le plus méchant, vraie machine h paroles pour toutes les turpitudes de notre temps; sa voix est tout à fait propie à nous ravir complètement toute fierté, toute amertume contre les plus injustes usurpations et à nous bercer dans le vieux sommeil fainéant.
» Chaque jour il fomente contre la patrie d'odieuses trahisons... L'histoire de notre temps ne doit pas rester chargée d'une éternelle honte; il faut donc qu'il tombe... Qui fondra sur ce misérable drôle, sur ce traître corrompu ? Dans l'angoisse et les larmes amères, aspirant au but le plus élevé, j'attends depuis longtemps déjà^ moi qui ne suis pas né pour
(1) Causes célèbres.