‹ Physiologie des passions (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · MÊTAMOAPHOSE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

MÊTAMOAPHOSE DE LA PASSION

Il se produit chez Tbomme une intéressante génération de désirs ;

Uno avulso^ non déficit aUer.

Quand une fois on a vécu de la vie fiévreuse, tourmentée, Q)ais fortement sentie de la passion, on s'astreint difficilement à une existence paisible, raisoqnable, mais uniforme ; car rimpressionnabilité fortement développée par une pa$« sion de longue durée, jouit longtemps d'une exquise ou ma^ ladive excitabilité. On a besoin de vivre fort. Aussi peut-on formuler la loi suivante :

Une passion qui meurt laisse ordinairement un terrain admirablement préparé pour la germination d'une autre passion.

Le plus ordinairement la seconde passion est de même espèce que la première ou au moins d'un g(inre analogue. Ainsi on ne verra guère un amoureux ou un débaucbé guéri se passionner pour la science, mais bien souvent il se jettera à corps perdu dans le mysticisme. L'histoire des saints est • riche en exemples de ce genre, à commencer par saint Augustin.

Au xviV siècle, le Breton Kériolet, célèbre alors par de furieuses débauches, assiste, lors du procès de Grandier, aux miraculeux exercices d'Asmodée, de Léviathan, de Béhé-moth, représentés par les Ursulines démonopathes de Lott-» dun ; profondément impressionné, il se corrige pour se précipiter avec une invincible ardeur dans la passion ascétique et mériter la oâinonisation.

Aujourd'hui encore ne voyons-nous pas l'amour contrarié ou désillusionné peupler les couvents, surtout les couvents de femmes? •*

i52 COMMENT LA PASSION SE TERMINE.

On a besoin d*adorer un êire parfait, et une fois Têlre vivant, palpable, que l'on s'était complu à parer de qualités brillantes, renversé de son chimérique piédestal, quoi de plus naturel que d'abstraire toutes ces adorables beautés pour les transporter do l'être indigne à un amant tout idéal, immatériel et modelé suivant nos désirs. Celui-là est éternel, intangible, et par suite immuable ; il est le reflet exact de nos impressions les plus suaves, de nos aspirations les plus délicates, et ne viendra jamais renverser brutalement l'éclatant édifice où nous vivons par la pensée.

Le changement inverse est loin d'être rare. Tel adolescent qu'une éducation religieuse, sous cloche, a doué d'une imagination ardente, d'une impressionnabilité de sensitive, se lance à corps perdu dans l'amour divin, en prenant le change sur les tendances spontanées de son âge jusqu'au jour où la vue, la fréquentation d'une personne de l'autre sexe, matérialisent pour longtemps ses désirs éthérés.

Si la seconde passion est d'un genre tout différent, la métamorphose, sans être toujours impossible, est plus lente. Ce n'est qu'à l'aide d'une éducation nouvelle, d'un travail de rhabitude que l'éducation peut s'effectuer. Ainsi on aime passionnément une femme qui, par son rang, sa beauté, sa fortune est difficile à obtenir. On est pauvre, obscur, et Ton voit clairement qu'avant d'être heureux par l'amour, il faut se distinguer d'une façon quelconque, se jucher sur quelques-unes des échasses sociales ; alors, avec toute l'ardeur de la passion, on se lance dans le travail et même l'intrigue ; puis, peu à peu, de nouvelles habitudes se créent. Cette vie nouvelle, mouvementée, séduit par ses péripéties, et, après avoir commencé par être ambitieux par amour, on devient ambitieux par ambition. Puissance de l'habitude, mobilité de ce que l'on appelle le cœur humain, c'est-à-dire durée éphémère des impressions et des désirs. Tout est là.

il est des passions tellement liées l'une à l'autre, si consanguines, qu'on ne peut guère les étudier séparément. Ce sont pour ainsi dire des faces diverses d'une seule passion. Vbomme, toutes les fois que, haletant de crainte et d'espoir,

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