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CHAPITRE IV

SÊRIATION DES BESOINS.

Noas aTons étudié les divers groupes des besoins naturels, en les isolant les uns des autres, absolument comme le scalpel de Tanatomiste isole un muscle, un nerf, un viscère pour en rendre possible la description : mais chez l'être humain, comme chez tout être, rien n*est isolé; toutes les fonctions, toutes les facultés, tous les appétits, comme tous les organes se lient et se soutiennent.

Ainsi, au premiercoupd'œil d'ensemble jeté sur révolution de l'individu et de la société, de l'unité et de la collectivité, nous voyons les besoins naturels à l'homme se lier en série, se succéder, se dominer les uns les autres suivant une loi naturelle à travers le progrès de l'âge ou des siècles.

Comme une plante qui grandit et se développe feuille à feuille, bourgeon à bourgeon, l'homme acquiert successive* ment ses besoins et ses facultés. C'est par une graduelle évolution qu'il passe de la vie végétative à la vie de conscience, de la conscience au désir, du désir à la volonté.

Pendant la vie embryonnaire l'homme n'est qu'un agrégat de cellules et de fibres, se transformant et se multipliant suivant certaines lois, exactement comme un végétal. Vers le cinquième mois de la gestation, le fœtus se livre dans la matrice (i) à des mouvements sentis par la mère et qui bien certainement ne sont pas les premiers. Sent-il alors le besoin de mouvement ou des impressions désagréables^ suite de po-

(1) Wrisberg, Burdach, etc., ont vu des fœtus de cinq mois remuer leurs membres. (Bischoff, Développement de l'homme et des mammifères,)

SÊRUTION DES BESOINS. 63

sitions gênantes et qui le poussent à changer d'altitude? Cela est fort douteux.

Plus la grossesse avance, plus ces mouyements acquièrent d'énergie. Nul doute que le fœtus n*en garde pas la mémoire. Conscients ou inconscients, ce sont des phénomènes instantanés, ne laissant pas de traces.

A partir du septième mois au plus tard, le fœtus parait doué de la sensibilité générale. Cette propriété fondamentale existe chez les avortons de cet âge, même chez ceux de six mois, et chez les femmes grosses de sept à huit mois et dont la paroi abdominale est mince, la palpation de Fenfant est parfaitement sentie par lui, car il réagit ordinairement par un mouvement brusque. Déjà la vie s'animalise graduellement.

Quant à l'enfant né à terme, il est certainement doué de la sensibilité cutanée et d'une impressionnabilité sensitive tactile assez développée. £n effet, immédiatement après la naissance, Timpression produite par le contact de Tair froid et aussi la gêne de la circulation qui brusquement change de mode, arrache à Fenfant des cris de douleur. Puis, quand les organes respiratoires fonctionnent régulièrement, quand Fenfant est enveloppé de vêtements chauds, il se tait et dort Dort-il?

Nous aimons mieux dire, avec Gratiolet (1), quil n'est point encore éveillé. Le sommeil n*est qu'une détente cérébrale entraînant Fabolition partielle ou totale, mais momentanée, delà vie de conscience, de la raison. L'homme le plus homme est celui qui paye le moindre tribut à la vie végétative, au sommeil. Mais Fenfant nouveau-né, pourvu seulement de la conscience dans son mode le plus grossier, complètement privé des facultés, ne fait que continuer la vie fœtale en attendant le réveil ou plutôt Féveil.

Il est douteux qu'à cet âge Fenfant éprouve même les be* soins d'excrétions. Il est probable qu'il sent le besoin de digestion, la faim. Du moins sa bouche exerce des mouvements

(1) Même idée dans Dugès {Physiologie comparée, t. I, p. 461).

ItU DE LA VIE ET DES BESOINS.

de succion et le sein de sa nourrice apaise ses cris. Il est alors bien chétif et bien humble, Vhomo sapiens, celui qui dans la plénitude de son développement devient le dominateur du monde. Il entre dans la phase des besoins nutritif, mais ne les possède encore qu'imparfaitement, aussi est-il inférieur à la plupart des animaux. Mais cet être chétif que la mort moissonnerait impitoyablement, s*il était abandonné à luimême, porte en lui le germe des plus hautes facultés.

Son évoîution se poursuit lentement. Chaque jour, chaque instant lui apportent un progrès. L'ère sensitive s'ouvre! Peu à peu les relations avec le monde extérieur se multiplient, les sens se spécialisent. Après un laps de temps variable entre un et deux mois, suivant les organisations, les portes de la vue s'ouvrent. L'enfant suit des yeux les objets brillants et commence à voyager dans un monde enchanté. Tout étant nouveau pour lui, chaque sensation lui platt; il en sourit de plaisir.

Évidemment il n'apprécie point les distances et tend les mains vers la lune aussi bien que vers son hochet, mais il extériore déjà les sensations visuelles, cela est évident, et ne permet pas de supposer que i'extérioration soit le résultat d'un jugement.

£n même temps que la vue l'ouïe s'éveille et le toucher commence sa longue éducation. Le goût est encore fort imparfait, ainsi que l'odorat. L'enfant boit tous les liquides, sans paraître les distinguer.

Désormais la sensibilité ira se perfectionnant sans cesse, mais pour qu'elle atteigne son plus haut degré de développement, il faudra que l'intelligence vienne comparer et juger les sensations, que la mémoire puisse en garder le souvenir, et que l'imagination, fille de la mémoire, les puisse retracer, si la volonté l'ordonne.

C'est un fait important que cette absence de la sensibilité spéciale chez l'enfant naissant. Le cerveau est muni de toutes ses parties constituantes. Les organes des sens sont parfaits au point de vue anatomique; pourtant, ils sont inutiles. Les images se décalquent, se peignent sur la rétine du nouveau-

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