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né, aussi bien que sar celle de l'adulte, et le nerf optique, simple conducteur, doit transmettre au cerveau Texcitattou spéciale qu'il reçoit; c'est donc le sensorium commune qui ne fonctionne point, c'est la conscience qui ne peut percevoir la sensation ; soit que le cerveau attende pour cela une modification inconnue encore que lui apportera le progrès de la Tie» soit qu'une sorte d'éducation de la sensibilité spéciale soit nécessaire. Un fait bien curieux d'histoire naturelle observé sur les espèces aveugles des cavernes plaide pour celte dernière hypothèse :
« Deux individus de l'une de ces espèces aveugles (le rat » des cavernes du Kcntucky (Ncotoma), ont été capturés par * le professeur Silliman, à environ un demi-mille de l'entrée » du souterrain, et non par conséquent dans ses dernières » profondeurs. Leurs yeux, bien que privés de la faculté vi- » suelle^ étaient cependant brillants et de grande dimension, » et lorsque ces animaux eurent été exposés pendant un mois « environ à une lumière graduellement croissante, ils de- » vinrent capables de percevoir vaguement les objets qu'on « leur présentait et commencèrent à clignoter (1 ). »
C'est l'histoire du développement de la vue chez le nouveau-né.
Quoi qu'il en soit, l'enfant a fait quelques pas bien importants dans la roule de la vie. Le voilà muni de la sensibilité spéciale et même de l'impressionnabilité sensitive aussi bien que de la nutritive qui s'afiBrme par le besoin de la faim.
Les besoins sensitifs spéciaux s'accusent de plus en plus. Son oreille boit avideinment les sons. Il étend la main vers tous les objets qui frappent sa vue et a très-probablement déjà la conscience des mouvements.
Cette série de modiûcations de la sensibilité est presque achevée dans ses traits principaux vers l'âge de cinq h six mois. La sensibilité morale est encore très-confuse. Aussi le nouveau-né, qui sait cependant se plaindre, crier, s'irriter peut-être, ne peut encore pleurer. Sans doute toute vive dou-
(1) Clï. Darwin, De roritjino dfs p^prrns.
lear, quelle que soit sa nature, peut arracher des larmes; cependant, chez l'être bi«n développé, les pleurs sont surtout sous la dépendance de l'impressionnabilité morale. L'homme adulte qui se casse un bras sans verser une larme, sanglote à une représentation d'Othello.
Mais voici qu'apparaissent chez notre enfant les faits moraux et intellectuels. Car la répétition des sensations analogues ou semblables finit par éveiller une faculté, faible et vacillante d'abord, comme toutes les facultés naissantes. C'est la mémoire. L'enfant reconnaît sa mère et sa nourrice; il sait, quand il a faim, faire des efforts maladroits pour découvrir le sein qui le nourrit. Un visage inconnu Teffraye. Il sourit à sa nourrice qui seule sait apaiser ses cris, car les premières lueurs de l'impressionnabilité morale ont brillé. Bientôt l'entendement suit la mémoire, mais borné d'abord à la perception de quelques grossiers rapports de concomitance, de succession, de cause à effet. Plus tard se dessinera l'intelligence que l'on soupçonne déjà. Cette seconde période nous conduit vers la fin de la première année.
L'être s'éveille de plus en plus à la vie de relation. Il commence à se traîner ou à marcher en titubant vers les objets qu'il désire. De même que la réitération des sensations a suscité la manifestation de la mémoire, ainsi la perception continuelle de rapports nouveaux fait éclore l'intelligence, précieuse faculté à laquelle l'homme doit sa suprématie. •
Avec le pouvoir de coordonner quelques rapports des plus simples naît le désir d'exprimer les idées par des signes, par des sons vocaux. Produit spontané de l'intelligence humaine, le langage a d'abord un caractère individuel et chaque enfant se crée une langue pauvre, incomplète, mais à lui, avant d'apprendre celle des gens qui l'entourent.
L'enfant congénitalement sourd ou celui qui a été élevé en dehors de toute société (Gaspard Hauser) ne parle point, mais nul doute qu'une troupe d'enfants élevés en commun, vivant en société, n'arrivent nécessairement à se créer une langue à eux, pauvre certainement, mais parente de celle de leur race.
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L'expérience est à faire, mais il n'y a pas aujourd'hui, eo Egypte ou ailleurs, de despote assez hardi pour la tenter.
Une fois possesseur d'un langage intelligible, c'est-à-dire vers deux ans, Tenfant est muni de toutes ses facultés, bien débiles encore, mais qui grandiront avec lui.
Ce qui le caractérise alors, c'est une impressionnabililévive, de plus en plus morale, et une excessive mobilité. Tout marque sur la cire molle de son cerveau, mais une empreinte eiïace l'autre. Aussi ne vit-il guère que dans le moment présent Incapable d'attention, il est captivé tout entier parla sensation actuelle et n'a guère d'iiorizon sur le passé et sur l'avenir» Riant et pleurant presque au même instant^ abandonnant un jouet pour un autre, sans cesse en mouvement, il a beaucoup de désirs, d'émotions fortes, mais toujours éphémères. Il a des impressions morales, il aime sa mère, est jaloux des enfants et même des animaux qui lui ravissent une portion des caresses maternelles. Il est très-irritable, violent* Du reste, à peu près étranger à la pitié et à toutes les émotions désintéressées; franchement égoïste.
Ici l'état moral se lie très-bien à l'état physique. Mobilité, impressionnabilité fugace, mémoire irraisonnée, facile et fugitive; tels sont les traits caractéristiques de l'enfant, c'est-àdire d'un être dont le cerveau se développe.
Chez l'enfant, les éléments cérébraux, cellules et fibres, sont jeunes, donc facilement excitables, mais sans cesse ils se multiplient, soit par prolifération (Virchow), soit par genèse spontanée (Kobin). C'est, pour ainsi dire, une fusion vivante qui, sans cesse modifiant et renouvelant l'être cérébral, efface aujourd'hui la trace des actes d'hier.
Pendant la période de croissance, il y a nécessairement genèse d'éléments nouveaux, peut-être rénovation plus ou moins générale, substitution de cellules cérébrales neuves aux vieilles qui se dissolvent, cependant on a peine à admettre la rénovation continue et incessante des éléments cérébraux, surtout chez l'adulte. Dans ce cas, en effet, comment comprendre la mémoire 7
Il est plus probable que les éléments cérébraux une fols
formés, complets, persistent jusqu'au déclin de la vie, supposition que vient corroborer le peu d'effet de l'inanition prolongée sur le volume cérébral (1) (le cerveau semble alors dévorer les autres organes) et aussi les caractères moraux du vieillard chez qui la fixité, l'antipathie pour le changement, dominent, jusqu'au moment où une destruction lente des éléments nerveux ou un ralentissement considérable de leur mouvement nutritif déprime ou abolit les facultés.
Pas de changement brusque chez l'enfant depuis Tàge de quatre ou cinq ans jusqu'à la puberté. Peu à peu l'enfant sort de la phase surtout sensîtive pour entrer dans k phase morale. Lentement et sans secousse les facultés, mais surtout
(1) Le fait suivant jugerait la question, s'il est exact.
Un Gorse^ le nommé Viterbi^ condamné à mort pour vendetta, résolut, pour échapper à la honte du supplice, de se laisser mourir de faim. Il fit son dernier repas le 2 décembre 1821, et nota jour par jour ses impressions à partir de ce moment jusqu'au 18 du même mois, jour de sa mort.
Pendant cet intervalle, il ne but qu'un verre et demi d'eau et quatre cuillerées de vin. Nul autre aliment. Le besoin de la faim s'apaisa chez lui au bout de quelques jours et n'a jamais été comparable à l'intensité atroce de la soif. C'est qu'en cfTct, pendant l'inanition, les tissus graisseux, musculaires , etc., fondant sans cesse, tiennent dans une certaine mesure lieu d'aliments solides, tandis que rien ne remplace les aliments liquides.
Voici ce qu'écrivait Viterbi le 18 décembre à onze heures, quelques heures avant sa mort :
« Je suis au moment de mourir avec la sérénité dn juste. La faim ne me tourmente plus et la soif a entièrement cessé. La tête a perdu sa lourdeur; ma vue est nette et claire. Enfin, un calme parfait règne'dans mon cœur, dans ma conscience, dans tout mon être. Les courts instants qui me restent à vivre s'écoulent doucement, de la même manière que l'eau d'un limpide ruisseau dans une riante plaine. La lampe va s'éteindre faute d'huile pour s'alimenter... »
Donc intégrité à peu près complète de l'intelligence et conséquemment du eerveau.
{Esquisse des mœurs et de V histoire de la Corse , par M, Sorbier^ premier avocat général. In-8,)
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l'impressionnabiiilé morale, se développent et s'accentuent. Cette impressionnabilUé rend l'enfant capable d'aQectiou pour les autres; elle aide on même temps la croissance des facultés intellectuelles par les stimulants de l'éducation, de l'orgueil. Les différences sexuelles s'accusent aussi de plus en plus. La petite Gile est coquette et plus sédentaire ; elle habille, soigne sa poupée et la gronde. Le petit garçon recherche les jeux bruyants, violents.
Mais le véritable épanouissement de la période morale s'opère surtout à la puberté. L'insiinct sexuel apparaît et il domine Téire comme un tyran. L'homme devient vraiment homme, la femme vraiment femme. Chez l'un et l'autre, l'impressionnabilité morale acquiert une sensibilité exquise. De fortes impressions morales, fréquemment répétées, provoquent la génération des désira durables, on est apte à la passion. Alors, du moins chez l'éire normalement doué, les besoins nutritifs et seusilifs sont complètement primés par les besoins moraux. Amour sexuel passionné, amour mystique non moins fort, dévouement désintéressé pour l'être aimé réel ou fictif, splendeursde l'imagination, ivresses ou tortures des émotions morales, nous vous avons tous connus; mais peu à peu, chez certains hommes du moins, chez ceux qui parcourent le cycle complet, vous devenez moins vivaces, moins impérieux, vous cédez la place au désir de la fortune, h l'ambition chez beaucoup, chez quelques-uns que je considère comme les échantillons les plus complets de l'espèce, à Tamour du travail intellectuel quel que soit son but, sciences proprement dites, éludes sociologiques ou morales l C'est le couronnement de l'être, la phase intellectuelle aussi incontestable que les autres, aussi nécessaire chez les hommes complètement doués.
Celte série des besoins naturels que nous venons de voir se dérouler chez l'enfant, nous la retrouvons sans peine en étudiant les métamorphoses sociales.
Déjà Saint-Simon a noté ou plutôt ébauché cette idée générale (1). Puis il Ta abandonnée pour emprunter ses caractéristiques sociales aux phases religieuses. C'est prendre TefTet pour la cause, car les religions aussi bien que les arts, les sciences, les formes sociales, sont simplement et nécessairement l'expression des besoins dominants. A. Comte a suivi les traces de son maîlre, et avant eux Helvélius et Condorcet avaient adopté une classification de même valeur fondée sur le genre de vie prédominant. L'homme, d'abord chasseur, devenait ensuite pasteur, puis agriculteur. N'est-ii pas évident qu'une classification basée sur les besoins dominants embrasse tous ces modes partiels, toutes ces habitudes, toutes ces formes sociales qui en dépendent étroitement?
De même que l'individu, la collectivité humaine passe successivement par divers âges rigoureusement enchaînés et s'engendrant l'un l'autre.
Contemplons l'homme à l'aurore de sa vie vraiment humaine, alors que commençant à se détacher de l'animalité, il sait déjà bégayer quelques onomatopées, quelques centaines de mots, et se tailler grossièrement une arme en silex. Alors pour lui la grande et capitale affaire, c'est de manger et de ne point être mangé. Sans vêtements, sans abri, les intempéries et la faim, une faim féroce, le torturent incessamment. Nul lien social, pas même de famille, car on ne peut nommer ainsi une association temporaire où la femme est une bête de somme destinée le plus souvent à être dévorée par son mari et ses enfants, quand sa courte jeunesse sera flétrie ou quand la chasse aura été trop longtemps mauvaise (Australiens). Même ë une période sociale plus avancée, les parents ne meurent jamais de mort naturelle. Le parricide est une habitude, parfois un devoir, et l'on se débarrasse de ses vieux parents en les enterrant vivants (Viti).
Mais il faut voir ces pauvres êtres là où ils doivent lutter contre les étreintes d'un climat de fer. Cette polyphagie que nous décrirons comme une dégoûtante maladie, la plupart
(i) Œuvres choisies de Saint-Simon, t. II, p. 105.
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des Esquimaux en sont plus ou moins atteints. Regardons-les avec Lyon {Journal de Lyon) quand ils ont capturé un veau marin ou une proie importante quelconque. « Kooiliituck me fit connaître, dit-il^ un nouveau genre d*orgie des Esquimaux. Il avait mangé jusqu'à ce qu*il fût ivre, et à chaque moment il s'endormait, le visage rouge et brûlant, la bouche ouverte. A côté de lui était assise Arnalooa (sa femme), qui surveillait son époux, pour lui enfoncer, autant que faire se pouvait, un gros morceau de viande à moitié bouillie dans la bouche en s'aidant de son index : quand la bouche était pleine, elle rognait ce qui dépassait des lèvres. Lui mâchait lentement, et à peine un petit vide s'était-il fait sentir, qu'il était rempli par un moreau de graisse crue. Durant cette opération, Tlieureux homme restait immobile, ne remuant que les mâchoires et n'ouvrant pas même les yeux ; mais il témoignait de temps à autre son extrême satisfaction par un grognement très-expressif, chaque fois que la nourriture lais« sait le passage libre au son. La graisse de ce savoureux repas ruisselait en telle abondance sur son visage et sur son cou, que je pus me convaincre qu'un homme se rapproche plus de la brute en mangeant trop qu'en buvant avec excès. Les femmes, après avoir donné de leur mieux la pâtée à leurs maris, jusqu'à ce que ceux-ci se soient endormis et nes'étant pas négligées elles-mêmes, n'avaient plus maintenant qu'à caqueter et à mendier, selon leur habitude. »
Quelle fête en Australie quand une baleine morte vient échouer sur le rivage I C'est le bien idéal» c'est le bonheur parfait Des feux allumés sur-le-champ [)ortent au loin la nouvelle de cet heureux événement. « Les Australiens se frottent de graisse par tout le corps et font subir la même toilette à leurs épouses favorites ; après quoi ils s'ouvrent un passage à travers le gras jusqu'à la viande maigre qu'ils mangent tantôt crue, tantôt grillée sur des bâtons pointus. A mesure que d'autres indigènes arrivent, i leurs mâchoires travaillent bel et bien dans la baleine, et vous les voyez grim* pant deçà delà, sur la puante carcasse, à la recherche des fins morceaux. » Pendant des jours entiers, « ils restent çtè« dA
la carcasse, frottés de graisse fétide des pieds à la tôte, gorgés de viande pourrie jusqu'à satiété, portés à la colère par leurs excès et engagés ainsi dans des rixes continuelles, aiïcclés d'une maladie cutanée que leur donne cette nourriture de haut goût, offrant enfin un spectacle dégoûtant. Il n'y a rien au monde, ajoute le capitaine Grey, do plus repoussant à voir qu'une jeune indigène aux formes gracieuses sortant de la carcasse d'une baleine en putréfaction (1 ). »
Cependant on ne peut invoquer en faveur des Australiens, que l'on est ici tenté d'appeler des asticots humains, la circonstance atténuante du climat dont bénéficient les Esquimaux et aussi les habitants de la Terre de feu, plus curieux encore à étudier, car ils nous rappellent absolument les Européens préhistoriques qui ont entassé les amas de coquilles (kjôkkenmôddings) du Danemark.
Chez eux, pendant que l'homme poursuit le gros gibier, la femme recueille des crustacés, des mollusques, plonge dans Teau en toute saison, à la recherche des œufs de nier. Le gros gibier étant assez rare, les patelles, les moules, les crustacés, forment la principale nourriture. Chaque petite tribu ou plutôt chaque petit groupe est en guerre perpétuelle avec le groupe voisin et les vaincus sont invariablement mangés par les vainqueurs. Aux hommes les jambes, aux femmes les bras et la poitrine; le reste est jeté à la mer. Dans les hivers rigoureux, « quand ils ne peuvent se procurer d'autre nourriture, ils prennent la plus vieille femme de la troupe, lui tiennent la tête au-dessus d'une épaisse fumée qui provient d'un feu de bois vert et l'étranglent en lui setrant la gorge. Ils dévorent ensuite sa chair, morceau par morceau, sans en excepter le tronc. Quand on leur demandait pourquoi ils ne tuaient pas plutôt les chiens, ils répondaient : « Le chien prend l'Iappo » , c*ebt*à-dire la loutre (2). »
(1) Lubbock, d'après le livre de Grey : Explorations dans V Australie du nord-ouest et de V ouest.
(2) Fitzroy, Voyages de /'Adventure et du Beagle^ cité par Lub- Jt^ock (L* Homme avant l'histoire).