DÉFINITION DE LA PASSION
u One stem, tirannic thought, that mado nll other thoughts ils slaves. » (1)
(Th. HooD.)
Suivant une observation formulée par M. Renan dans son livre sur l'origine du langage, l'homme, dans toutes ses recherches, dans toutes ses créations, débuterait toujours par la vue générale, intuitive d'une idée, d'un fait, etc.; c'est plus tardivement, plus lentement, que vient l'analyse; elle n'est qu'un perfectionnement; de loin les détails d'un paysage échappent ou se confondent ; pour les voir, il faut approcher, parcourir la contrée; mais alors bien souvent vous perdez la vue de l'ensemble.
Conformons-nous à cette observation, qui paraît juste, et abordons d'emblée la définition de la passion.
Nous n'en finirions pas^ si nous prenions à tâche de reproduire ici toutes les définitions que les philosophes,
(1) Une pensée violente, tyrannique, qui s'asservit toutes les autres.
les théologiens, les moralistes, les médecins, ont à l'envi les uns des autres données de la passion. Parmi les plus raisonnables, qui sont en petit nombre, je citerai celle du docteur Descuret, qui nomme les passions des besoins déréglés ; celle de Bergier, qui dit : « Nous appelons passions les inclinaisons ou les penchants de la nature poussés à Texcès, parce que l'homme est purement passif lorsqu'il les éprouve. » La définition qu'en donne Broussais dans son beau livre De Virritation et de la folie, est bien plus complète : « On trouve, dit-il, dans les passions un besoin instinctif, qui sollicite Tintellect et un travail perpétuel de ce dernier, qui calcule tous les moyens de le satisfaire. »
Le besoin, c'est-à-dire l'impulsion organique sentie, qui constitue la base de la passion, peut toujours se rapporter aux trois grands groupes de besoins nutritifs, sensitifs, cérébraux, que nous avons étudiés ; mais, pour mériter le nom de passion, il faut qu'il soit exalté ou modifié, soit par une organisation spéciale, par ce que les médecins ont barbarement appelé une idiosyncrasie, ou bien par Téducation, l'habitude, etc. C'est à ces formes anormales de besoins exagérés et devenus le pivot de l'existence, qu'il faut réserver le nom de passion.
Pour Descartes, la passion n'est au fond et dans sa cause la plus prochaine que l'agitation, dont les esprits meuvent la petite glande, qui est au milieu du cerveau (glande pinéale). Par respect pour les mânes du grand douleur, nous ne nous occuperons pas davantage de la glande pinéale, des esprits et de leurs écarts pernicieux.
Revenons à une définition moins romantique. Nous avons vu que l'homme est doué d'impressionnabilité, l'un des modes les plus importants de la conscience,