TERMINAISON OU TRANSFORMATION DES FASSIONS
Un peintre allemand a longtemps cherché la route que son talent devait suivre. Un jour qu'il erre dans les bois, une jeune femme d*une figure céleste lui apparaît et se dérobe aussitôt à sa vue. Cette vision sitôt évanouie lui donne une impression assez profonde pour devenir le germe d'une grande passion. Désormais il a sans cesse en lui un resplendissant idéal. Aussi son génie naît et grandit. Il peint des chefs-d'œuvre, qu'embellissent toujours les traits angéliques de l'être adoré. 11 devient un maître et fait école. Mais un jour, Berthold (c'est le nom du héros) retrouve et sauve, au milieu d'un incendie, la femme que depuis si longtenaps son imagination pare de toutes les beautés. L'amour le plus vif les unit. Hélas 1 trois fois hélas! l'ange perd ses ailes. Plus de prestige. C'est une femme comme toutes les femmes. Aussitôt l'artiste n'a plus de verve; son génie, privé de stimulant, s'éteint à jamais. Il en est réduit à peindre en grisaille les murs d'une chapelle de jésuites avant de finir par le suicide.
Cependant, si la possession est incertaine, intermittente, si toujours elle tient le désir en éveil, en lui montrant en perspective la perte du bien possédé, la passion peut continuer à vivre vigoureusement ; sa floraison dure longtemps, indéfiniment; car alors la satiété ne peut venir.
C'est là une des raisons pour lesquelles l'amour divin passionné est ordinairement si tenace dans les religions qui font miroiter aux yeux du fidèle une récompense après la mort, que cette récompense soit le paradis des religions monothéistes ou le Nirvana des bouddhistes.
Toujours en présence de cette vision d'un bien suprême, le dévot est alternativement rapproché ou éloigné de la possession, suivant qu'à ses yeux il mé-