‹ Physiologie des passionsChapitre 30 sur 43 · MORT KATURELLE DE LA PASSION. 27S · texte numérisé non relu

MORT KATURELLE DE LA PASSION. 27S

rite ou démérite. C'est la situation d'un amant épris, autour duquel papillonne une coquette, s'il est permis de comparer le sacré au profane.

Il en est à peu près de même pour un certain nombre de passions cérébrales» dont la destinée est de ne pouvoir jamais se satisfaire qu'incomplètement. Pour le savant, la science a toujours des secrets en réserve ; l'inventeur a toujours quelque chose à trouver. Pour Tambitieux, le pouvoir a toujours de trop étroites limites. Que de trésors l'avare voit dans ses rêves, sans pouvoir les posséder jamais! et cependant ce qu'il tient n'est rien auprès de ce qu'il voudrait tenir ; tan* dis que l'amour sexuel diminue ou s'éteint presque sûrement par la complète possession de la femme aimée. Si la désillusion a été bien complète, bien profonde, on devient inapte à prendre une passion du même genre ; sinon, on peut se passionner pour un autre être. On est fatigué de la personne aimée, mais nullement de l'amour.

Certainement toutes les passions ont une base organique ; mais cette base est plus ou moins solide ; elle peut être sable ou granit. Aussi, dans les passions purement cérébrales, il arrive parfois qu'une impression forte refond pour ainsi dire l'être, le cerveau, assez puissamment, pour que le désir passionné s'éteigne à jamais. Le coup de foudre peut présider à la mort d'une passion aussi bien qu'à sa naissance.

Mais ce changement à vue est à peu près impossible dans les passions nutritives ; car là le désir passionné n^étant guère que l'exagération d'un besoin lié à la conservation de la vie, la commotion d'une émotion forte ou la douche de l'assouvissement n'éteint que pour un temps le désir. Le désir passionné ressuscite indéfiniment. Semper redivwus.

Je trouve dans un vieux livre et sous une forme charmante un curieux exemple de guérison par catastrophe, par coup de foudre : « Hypetia, fille à Théon le géomètre, estoit si docte et accomplie, qu'elle surpassoit en vertu et doctrine tous ceux de la ville d^Alexandrie, où elle lisoit publiquement la philosophie durant Tempire d'Horatiuset d'Arcadius. jl advint qu'un escholierfut tellement espris de la beauté de son corps et de son esprit, qu'il s'en affola. Mais, un jour, ce jouvenceau lui ayant demandé la jouissance pour sa guérison, cette docte fille, qui n*ignoroit pas les préceptes de la médecine, tire de dessous sa cotte un drapeau teint de ses fleurs menstruales, en lui disant : « Voilà, jeune adolescent, ce que tu aimes tant, où il «n'y a que vilenie », amortit l'ardeur de ce jeune homme et le préserva de la mélancholie erotique (i). »

Vrai ou apocryphe, ce fait nous fait bien comprendre ce genre de guérison par impression en sens inverse, et je crois que beaucoup de très-jeunes gens enflammés d'un poétique amour retrouveraient vite le calme de la froide et toujours monotone raison, si une

(1) Delà maladie d* amour, par Jacques Ferrand l'Agénois, 1612.

Autre exemple. « Raymond LuUe était Espagnol ; il naquit ii Majorque, et appartenait à une famille noble et riche. Comme les autres seigneurs de son temps^ il passa les années de sa jeunesse dans les fêtes et les plaisirs. Le hasard le fît amoureux d'une dame, et amoureux passionné. Il n'est pas de folie que cette passion ne lui ait inspirée. On le vit même (pensez au temps et au pays), on le vit même pénétrer dans l'église à cheval, pour s'y faire remarquer de la dame de ses pensées.

« Fatiguée de ses assiduités turbulentes, la signora Ambrosia de Gastello lui écrivit une lettre, qui nous est restée, où elle cherche à ealmer cet amour dont elle se sent indigne, où elle rappelle il luimême un esprit fait pour s'appliquer k des choses plus sérieuses.

« Raymond Lulle n'en continua pas moins ses poursuites ; il lit des vers en son honneur, elle occupait toutes ses pensées, et le délip& de son amour ne s'apaisait nullement. Enfin, inspiré parla

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