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MÉTAMORPHOSE DE LA PASSION

Il se produit chez Thomme une intéressante génération de désirs.:

Uno avulso, non déficit aller.

Quand une fois on a vécu de la vie fiévreuse, tourmentée , mais fortement sentie de la passion , on s'astreint difficilement à une existence paisible, raisonnable, mais uniforme ; car Timpressionnabilité fortement développée par une passion de longue durée, jouit longtemps d'une exquise ou maladive excitabilité. On a besoin de vivre fort. Aussi peut-on formuler la loi suivante :

Une passion qui meurt laisse ordinairement un terrain admirablement préparé pour la germination d'une autre passion.

Le plus ordinairement la seconde passion est de même espèce que la première ou au moins d'un genre analogue. Ainsi on ne verra guère un amoureux ou un débauché guéri se passionner pour la science, mais bien souvent il se jettera à corps perdu dans le mysticisme. L'histoire des saints est riche en exemples de ce genre, à commencer par saint Augustin.

De même, le Breton Kériolet, célèbre alors par de furieuses débauches, assiste, lors du procès de Grandier, aux miraculeux exercices d'Asmodée, de Léviathan, de Béhémoth, représentés par les Ursulines démonopathes

de Loudun ; profondément impressionné, il se corrige pour se précipiter avec une invincible ardeur dans la passion ascétique et mériter la canonisation (1).

Aujourd'hui encore ne voyons-nous pas Tamour contrarié ou désillusionné peupler les couvents, surtout les couvents de femmes ?

On a besoin d'adorer un être parfait, et une fois l'être vivant, palpable, que Ton s'était complu à parer de^ qualités brillantes, renversé de son chimérique piédestal, quoi de plus naturel que d'abstraire toutes ces adorables beautés pour les transporter de l'être indigne à un amant tout idéal, immatériel et modelé suivant nos désirs. Celui-là est éternel, intangible, et par suite immuable ; il est le reflet exact de nos impressions les plus suaves, de nos aspirations les plus délicates, et ne viendra jamais renverser brutalement l'éclatant édifice où nous vivons par la pensée.

Le 'changement inverse est loin d'être rare. Tel adolescent, qu'une éducation religieuse, sous cloche, a doué d'une imagination ardente, d'une impressionnabilité de sensitive, se lance à corps perdu dans l'amour divin, en prenant le change sur les tendances spontanées de son âge jusqu'au jour où la vue, la fréquentation d'une personne de l'autre sexe, matérialisent pour longtemps ses désirs éthérés.

Si la seconde passion est d'un genre tout différent, la métamorphose, sans être toujours impossible, est plus lente. Ce n'est qu'à l'aide d'une éducation nouvelle, d'un travail de l'habitude, que l'éducation peut s'effectuer. Ainsi on aime passionnément une femme, qui, par son rang, sa beauté, sa fortune est difficile à obtenir. On est pauvre, obscur, pi l'on voit clairement

(1) Le Grand Pécheur converti.

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