‹ Physiologie des passionsChapitre 38 sur 43 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dût ranimisme (el môme le spiritualisme) en mourir de douleur, le rapport entre Tâme ou l'esprit et le corps ne peut plus aujourd'hui se contester. Tant vaut l'organe, tant vaut la fonction.

Or, nous avons vu que sentir et penser sont des fonctions essentielles du cerveau et nous savons que l'énergie d'une fonction est rigoureusement liée à la perfection de l'organe.

11 est non moins incontestable, que cette perfection plus ou moins grande est la résultante de deux éléments : le volume d'une part, et la vitalité, c'est-à-dire l'énergie du mouvement nutritif, de l'autre. J'écarte les cas pathologiques.

De ces deux éléments de la vie cérébrale, l'un est assez facile à déterminer, à étudier. L'autre paraît lié

surtout à la notion de tempérament que nous examinerons plus loin.

Donc la physiognomonie est une science possible. Donc il est logique d'y travailler, à la condition de n'imiter en rien la méthode fantaisiste de Lavater, de répudier impitoyablement son illuminisme.

Mais s'il est incontestable que la physiognomonie est une science possible, il ne Test pas moins qu'elle est encore à faire.

Déjà cependant l'anthropologie nous permet de formuler quelques propositions générales qui serviront de fondement et de cadre à la science future. Mais, laissant pour un instant Thomme à l'écart, jetons un coup d'œil général sur l'embranchement des vertébrés au point de vup des rapports de l'intelligence et du système nerveux. Tout en différant par les détails dans chaque famille, chaque genre, le plan général est le même et les individus sont parfaitement comparables entre eux (1). Plus on s'élève, plus les cellules nerveuses se groupent en masses volumineuses, plus elles se condensent ; et en même temps le développement intellectuel s'accuse de plus en plus, proportionnellement à la coalescence et au volume des ganglions des centres nerveux.

Or, quelle que soit l'idée que Ton se fasse sur l'origine et l'essence de l'homme, fût-on la Métaphysique incarnée, on ne peut nier qu'au point de vue purement organique l'homme ne soit un animal vertébré. Les remarques générales que nous avons faites sont donc applicables à l'homme, et le roi de la nature ter-

(1) Les animaux les plus rapprochés de rhomme ne sont, quant à la vie animale^ quant aux qualités morales et aux facultés intellectuellcSj que des fragments de l'homme. (Gall^ t. III, p. 199.)

restre, si admirable parfois, .si sottement vaniteux presque toujours, peut très-bien en anatomie comparée être rapproché du singe; car les centres nerveux simiens et humains diffèrent bien moins que ceux du singe et des autres mammifères.

Je parle du type humain le plus parfait, de Tlndo- Européen. Mais les diverses races humaines sont loin d'être équivalentes sous ce rapport, et nous voyons le type humain se dégrader ou s'ennoblir, suivant que l'on descend du blanc à l'Australien ou que Ton s'élève de ce dernier à Tlndo-Européen.

Résumons très-brièvement les caractères comparés des races extrêmes, dont la valeur intellectuelle et les tendances nutritives et morales sont bien connues.

En physiognomonie, tout a son importance, tout a sa signification; mais nous ne pouvons encore constater que les gros résultats, qui d'ailleurs priment et entraînent tous les autres.

Or, comparons le type humain le plus simien, l'Australien, au type le plus parfait actuellement, à l'Indo- Européen. Le dernier diffère du singe par mille caractères de force, de noblesse, d'intelligence ; mais combien l'autre s'en rapproche !

L'Jndo-Européen a en moyenne un cerveau de 4534 grammes; le cerveau de l'Australien pèse en moyenne 1228 grammes (Morton), tandis que le nègre d'Afrique, cérébralement intermédiaire, a des centres nerveux dont le poids s'élève à 1371. On obtient naturellement un résultat analogue, en comparant les surfaces crâniennes chez l'Européen et chez le nègre : la mesure moyenne de la surface crânienne en millimètres carrés est, chez l'Européen mâle, 59305 millimètres, et chez le nègre mâle, 53206 seulement. Chez la femme européenne et chez la négresse, les surfaces

834 PHYSIOONOMONIE PASSIONNELLE.

comparatives sont, chez la première, 53375, et chez la seconde, 49868(4).

Mais comme Ta très-bien dit Gratiolet (3), la forme prime le fond, et cette différence de 300 grammes a une bien autre signification quand on rQpiarque que, chez le nègre, la masse cérébrale se groupe surtout vers Tocciput, que chez le blanc elle se masse surtout dans les lobes frontaux, la fleur du cerveau, comme le disait si bien le môme auteur.

Ainsi tandis que la surface de la vertèbre frontale est chez le nègre de 7,7 relativement à la surface crânienne totale, elle est chez le blanc de 9,7, différence d'un quart environ. Pour la vertèbre moyenne, les chiffres sont, chez le nègre, 75,7; chez l'Européen, 72,7 : différence ici en faveur du nègre, 5 ou un quinzième environ.

Enfin la même comparaison pour la vertèbre occipitale donne, chez le nègre, 24,3; chez l'Européen, 27,3. Différence, en faveur de l'Européen cette fois, trois centièmes ou un sixième (3).

La somme des deux vertèbres postérieures relativement au crâne entier est, chez le nègre, 92,3; chez l'Européen, 90,3 seulement.

Ces chiffres môme n'expriment qu'une portion de la vérité ; car, chez le blanc, les frontières des lobes frontaux débordent notablement celles de l'os frontal (Broca).

Enfin ils sont pris sur le nègre africain, bien supérieur à son pauvre confrère l'Australien.

(1) Huschke cité par Pruner-Bey, Mémoires de la Société cTanthropologie, 1. 1.

(2) Bulletin de la Société d'anthropologie, 1. 1.

(3) Les dimensions sont rapportées ici à la somme des deax vertèbres postérieures représentées par 100. Ces chiffres sont empruntés à Huschke. (Pruner-Bey, Mémoire sur les nègres,)

Indiquons rapidement quelques autres caractères. Le principal, qui est d'ailleurs corrélatif du peu de développement cérébral, c'est la saillie en avant des maxillaires et des dents, le prognathisme, d*où un angle facial d'autant plus petit que le cerveau est plus arriéré dans son développement et Tappareil de la manducation plus développé. La moyenne de cet angle serait 70 degrés chez le nègre d'Afrique. Elle tombe à -65 chez le Néo-Calédonien (!) et est certainement plus faible encore chez l'Australien.

Si au lieu de l'angle facial de Camper, dont la valeur est souvent critiquable, nous prenons un angle ayant son sommet au trou auditif, Textrémité de Tun de ses côtés au bregma (point de rencontre de l'angle supérieur de l'os frontal et des angles antéro-supérieurs des deux pariétaux), l'autre côté se terminant au-dessus de la racine du nez, au point médian du plan des voûtes orbitaires séparant la cavité crânienne de la face, nous trouvons, que les variations de cet angle auriculo-crânien signalé par M. Broca, et qui correspond assez rigoureusement au développement des lobes frontaux, sont plus significatives encore que les variations de l'angle facial de Camper, ainsi que l'indique le tableau suivant :

Angle' frontal.

Crânes anciens de la Cité (douzième siècle au moins). 55o,3!>

Cr&nes des Innocents (époque intermédiaire) 56o,6

Crânes du dix- neuvième siècle S7«,7

Crânes basques modernes (très-orthognathes) .... 54<*,4

Nègres 54»,0

Sans compter que les angles exceptionnellement petits (au-dessous de 52 degrés) sont assez communs chez

(1) Bourgaret.

3»6 PHYSIOONOMONIE PASSIONNELLE.

les Nègres, les Basques, les Parisiens anciens, tandis qu'ils sont rares sur les crânes du cimetière des Innocents et absents chez ceux du dix-neuvième siècle, au contraire les angles exceptionnellement grands (audessus de 60 degrés) sont au nombre de 2 pour 400 chez les Basques, de 3 chez les nègres, de 4 chez les Parisiens anciens, de H à la seconde époque et de 16 au. dix-neuvième siècle (i).

La région inférieure de la face est très-développée chez le nègre, les muscles masticateurs "et temporaux puissants, la voûte crânienne souvent en dos d*âne (Calédonien).

Le crâne cérébral est étroit et allongé surtout dans la région de l'occiput, tandis que chez le blanc la dolichocéphalie, quand elle existe, est frontale (Gratiolet). Chez le nègre encore, les sutures crâniennes frontopariétales se soudent les premières dans la jeunesse; c'est l'inverse chez le blanc (2).

J'omets, comme trop connue, la conformation des traits, du nez, des lèvres, etc.

D'autres caractères anatomiques rappellent encore le singe ; car l'empreinte d'infériorité est visible dans tout l'organisme : la colonne vertébrale est peu courbée, le bassin allongé et étroit; l'humérus et le fémur plus courts que chez le blanc ; pourtant ce dernier caractère manquerait chez le Néo-Calédonien (Bourgarel). La saillie du mollet est peu développée; parfois, comme chez TAustralien, elle fait complètement défaut. Le pied est large et plat, le calcanéum saillant.

La cage thoracique est latéralement aplatie et les épaules peu développées. Les glandes abdominales

(1) BertilloD, arL Angles céphaliques du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

(2) Gratiolet^ loc. cit.

sont énormes (foie, capsules surrénales), ainsi que d'autres organes, dont le nom ne se peut écrire que dans un traité d'anatomie.

L'ombilic se rapproche du pubis comme chez Tenfant européen.

D'ailleurs, en comparant l'enfant européen au nègre, on trouve une conformation cérébrale très-analogue. Tous deux ont une dolichocéphalie occipitale très-accusée. Chez tous deux, les circonvolutions sont moins développées, la couche corticale grise moins épaisse , les nerfs plus volumineux relativement aux centres nerveux. Seulement cette conformation, transitoire chez Tenfant blanc, persiste chez le nègre et s'accuse même d'autant plus que l'individu est plus adulte ; ainsi le nègre nouveau-né n'est point encore prognathe.

Tous les anthropologistes constatent aussi que le crâne et le cerveau sont encore plus imparfaitement développés chez la négresse que chez le nègre. Chez la négresse d'Afrique, la surface crânienne descend à 49868 millimètres carrés.

De même le cerveau de la femme européenne est en moyenne assez voisin de celui du nègre mâle. Chez la femme, comme chez le nègre d'Afrique, les lobes pariétaux font saillie. Le crâne est pariétal^ selon l'expression de Gratiolet. Les mensurations de Huschke donnent pour la surface de la vertèbre frontale, chez la femme blanche, relativement au reste du crâne, un chiffre peu inférieur à la même surface relative chez l'homme blanc. Mais, chez la femme blanche, comme chez le nègre, la vertèbre moyenne prédomine sur les autres et les dimensions relatives sont très-voisines : 75,4 chez le nègre, 74,1 chez l'Européenne. Ces deux dernières surfaces sont môme comparables absolu-

ment; car la surface crânienne totale est, chez le nègre mâle, 53206, et chez la femme européenne, 53 375 (moyenne). « Le nègre est à l'homme blanc, dit M. Pruner-Bey, ce que la femme européenne est à rhomme. »

Cette remarque, vraie anatomiquement, Test encore plus quand on compare les tendances intellectuelles et morales.

«Le nègre, dit encore M. Pruner-Bey (et son assertion est en tous points confirmée par les relations des voyageurs africains, Speke, Baker, etc.), a pour caractères moraux dominants, la sensualité, la tendance à rimitation servile, le défaut d'initiative, l'horreur de la solitude, l'amour désordonné du chant, de la danse, la mobilité. »

Tous les voyageurs signalent chez lui un invincible amour du clinquant, de la parure, un penchant trèsvif pour la musique.

Je parle du nègre d'Afrique, du roi de la race nègre ; celui d'Australie, beaucoup moins intelligent, est presque entièrement dominé par les besoins nutritifs et à peu près complètement dépourvu de tendances artistiques.

Le nègre d'Afrique, selon M. Pruner-Bey, est un être aimant et un être de plaisir; mais les sentiments affectueux sont à peu près nuls chez le Néo-Galédonien, absolument étranger, selon M. Bourgarel, à la reconnaissance et au dévouement, féroce, perfide, n'ayant nulle moralité, horriblement débauché (sodomie), ne souriant jamais, étouffant ses malades, anthropophage, etc. (1).

(1 ) Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, t. II : Des races de VOcéanie française, de celles de la Nouvelle-Calédonie en particulier.

L'Australien, moins développé encore que le Néo- Calédonien, ne vit pas même en tribu, ne sait pas se bâtir une hutte, ne compte que jusqu'à deux, déterre les cadavres pour les dévorer, n'hésite pas à manger sa femme ou ses enfants en cas de disette.

Tout cet ensemble de faits a une signification qu'il serait absurde de récuser, d'autant plus que l'observation individuelle des blancs la corrobore.

En moyenne, le cerveau est moins développé chez l'homme du peuple que chez les classes moyennes plus ou moins lettrées (Parchappe), et il est énorme chez les hommes d'une intelligence vraiment supérieure (Cuvier, Gromwell, Byron, Dupuytren). M. Brocaade même trouvé, en mesurant les crânes des anciens cimetières parisiens, que le développement crânien était plus faible chez les crânes exhumés de la fosse commune. D'autre part, Tidiotie coïncide toujours avec un arrêt de développement cérébral, surtout des lobes frontaux, etc.

En général, toutes les fois que, chez un homme blanc, ' la forme du crâne et de la face se rapproche des formes éthiopiennes, on est donc en droit de s'attendre à une intelligence inférieure, comme le type physique.

Cette proposition, généralement vraie, n'a point cependant un caractère rigoureux.

Selon la remarque de Gratiolet, l'idiot a parfois un frontal redressé. La vraie mesure du lobe frontal, selon cet observateur, serait l'angle formé par les sutures transverses frontales et la ligne faciale. Cet angle, qui est de 30 à 35 degrés chez le blanc normalement conformé, descendrait chez le Cafre à 25 degrés pour disparaître entièrement chez l'Alfourou, l'Australien et chez beaucoup d'idiots. Or nul moyen de mesurer cet angle sur le vivant. Il peut être fort grand avec un

340 PHYSIOQNOMONIE PASSIONNELLE.

front fuyant. Alors le frontal, incliné, refoule les vertèbres postérieures, Técaille occipitale ; d'où cette conséquence paradoxale, que la saillie de l'occiput peut indiquer un grand développement des lobes frontaux. Ainsi inversement, chez le singe, l'occiput est plat, quoique les lobes occipitaux ne soient nullement atrophiés, au contraire, car ils envahissent toute la région postérieure de la loge occipitale, occupée au contraire chez l'homme par les plis de passage des lobes frontaux (1). D'accord; mais ici du moins, malgré Taplalissement de l'occiput et le développement des lobes occipitaux, le frontal n'est nullement redressé et rien ne justifie le paradoxe anatomique que nous avons mentionné plus haut (2).

Mais Gratiolet ne considérait lui-môme ces anomalies que comme des exceptions, et l'observation générale est incontestablement vraie.

Entre les races extrêmes, dont nous nous sommes seulement occupés, viennent se placer les types intermédiaires, le Polynésien, l'Américain, le Mongol, etc. Nous nous bornons à les mentionner, voulant rester dans les généralités à peu près établies aujourd'hui, mais dont nous ne nous dissimulons pas l'insuffisance ; car les penchants, surtout les penchants artistiques, affectifs, intellectuels, varient de mille manières. Quel est le signe physiognomonique de chacune de ces nuances, de ces facettes ? 11 est encore à déterminer, et nous devons nous contenter de formuler les quelques propositions générales suivantes, vraies dans la généralité des cas :

(1) Gratiolet, Bulletin de la Société (T anthropologie, t. I, p. 235,

(2) Galien disait déjà que le crâne se moulait sur le cerveau et non le cerveau sur le crâne (De tisu partium, lib. VIII).

1° La vigueur des penchants nutritifs est en rapport avec le développement prédominant des lobes occipitaux, d'où résulte ordinairement la saillie de Tocciput, l'aplatissement du frontal, une tendance au prognathisme, des lèvres épaisses, etc.

2° Inversement, l'énergie des penchants intellectuels est en relation avec l'ampleur des lobes frontaux, et, par suite, le frontal est proportionnellement plus vaste, plus bombé, plus relevé.

3° Par exclusion, et en tenant compte du développement des lobes pariétaux ou des régions cérébrales pariétales, car ici le lobe se limite mal, en tenant compte aussi du développement relativement grand de cette région chez le nègre d'Afrique et la femme européenne, on serait porté à mesurer les penchants dits moraux ou effectifs d'après le développement des régions latérales du cerveau (1).

Mais les tendances toutes spéciales, celles qui font de l'un un grand poëte, de l'autre un grand mathématicien, de tel autre un grand artiste?... Ici, la science physiognomonique reste à faire, malgré le vigoureux essai de Gall, et la seule localisation scientifique à peu près faite c'est celle du langage. Laissons agir le temps et l'observation lente ; car le principe est vrai. « Si tout est dans la masse, le reste étant identique, la carpe construira un peu comme le castor, la grenouille chantera un peu comme le rossignol, les dauphins.et les marsouins feront de la philosophie, d'autant meilleure que celle de MM. Jourdan et Bérard, que la masse

(1) On peut, sans crainte de se tromper, chercher les qualités et les facultés communes aux animaux et à Thomme dans les parties postérieures, inférieures et moyennes latérales du cerveau et celles exclusivement particulières à l'homme dans les parties cérébrales antérieures et supérieures (Gall, Sur les foîictions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, t. II, p. 424).

342 PHYSIOONOMONIE PÂSSIONxNELLE.

centralisée du cerveau de ces savants est surpassée par la masse cérébrale des métaphysiciens de TOcéan [\).n

Mais le poids et la forme du cerveau ne sont pas tout : rénergie vitale prime même la forme, comme le disait Gratiolet, et là surtout est la raison, qui doit donner au physiognomoniste la prudence du serpent.

N'est-il aucun moyen de mesurer cette force, de deviner d'après les caractères extérieurs la puissance du mouvement nutritif intime? Nous pensons que la vieille notion de tempérament peut donner ici quelque lumière, et que, pour avoir été beaucoup trop prônée par nos devanciers, elle ne mérite pas Toubli presque absolu où elle est tombée.

(1) Gall, t VI, p. 8.

Page 1