‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 10 sur 50 · FORCE DE VOLONTÉ. — FERMETÉ DE CARACTÈRE. — DISCRÉTION · texte numérisé non relu

FORCE DE VOLONTÉ. — FERMETÉ DE CARACTÈRE. — DISCRÉTION

Quoique la femme ait plus d’activité de sentiment que d’énergie de volonté, il est cependant des circonstances où la volonté se manifeste en elle avec une opiniâtreté, une puissance que rien ne saurait ébranler.

On rapporte l’exemple d’une dame, qui fut tellement affligée d’avoir apostrophé grossièrement son mari devant une réunion d’amis, qu’elle s’imposa, pour châtiment, un silence'absolu jusqu’à son dernier soupir. Les supplications de son mari et de ses enfants, les prières de ses parents et amis, les surprises de la joie, les élans de l’âme et du cœur, ne purent rien contre la fermeté de sa résolution ; elle mourut cinq ans après, sans avoir proféré une seule parole.

La femme, dans les situations graves, sait garder un secret tout aussi bien et peut-être mieux que l’homme ; elle s’arme alors d’une volonté presque surhumaine.

Au début d’une conspiration contre les fils de

Pisistrate, tyrans d’Athènes, une courtisane nommée Léon a, s’immortalisa par son héroïque opiniâtreté à garder le secret des conspirateurs. Arrêté et livrée à la torture, cette femme courageuse se broya la langue et avala les morceaux, dans la crainte que la violence des tourments qu’on lui faisait endurer ne lui arrachât quelques révélations.

Plutarque rapporte que le corps sacerdotal d’Athènes et d’Éleusis ayant donné l’ordre de maudire solennellement Alcibiade, qui s’était moqué de leurs mystères, une seule femme s’y refusa : ce fut l’Hiérophantide Théano. Au risque de sa vie, elle répondit aux prêtres qu’elle était faite pour former des vœux en faveur de ses concitoyens, et non pour prononcer contre eux des imprécations.

L’histoire romaine fournit également plusieurs traits remarquables : Epikaris, femme de condi tion obscure, compromise dans la conspiration de Pison contre Néron, fut livrée au supplice du feu et du fouet avec plusieurs autres conspirateurs. Pendant que les hommes avouaient leur secret, Epikaris restait muette, inébranlable, au milieu des tortures les plus atroces. L’historien Tacite rapporte que cette femme, ayant su que Lucain avait dénoncé sa propre mère pour'se soustraire

aux tortures, préféra s’étrangler plutôt que de devoir la vie à une dénonciation.

Dans les chroniques du moyen âge, on trouve un trait semblable aux précédents, mais avec des circonstances qui le rendent plus sublime encore :

Pendant ces guerres à outrance de seigneur contre seigneur, une noble dame se refusa obstinément à faire connaître l’asile où son époux et ses frères conspirateurs s’étaient cachés. Plongée dans un cachot infect, les bourreaux exercèrent sur son faible corps d’horribles tortures pour obtenir un aveu. Ce fut en vain ; le dévouement l’emporta sur les douleurs, et, dans ce corps déchiqueté, soir et matin, par des ongles de fer, l’inébranlable volonté persévéra jusqu’au dernier moment. Enfin, un jour que ses bourreaux la torturaient plus violemment, cette femme sublime, craignant qu’un moment de faiblesse ne lui arrachât son secret, se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage du monstre qui lui faisait donner la question.

Mais l’heure de la justice sonna, le monstre reçut le châtiment qu’il méritait ; et, lorsque l’époux et les frères vinrent délivrer la victime, celle qui avait pu résister à d’incroyables tortures mourut de joie en les embrassant.

Hommes ! répondez, s’en trouverait-il beaucoup

parmi vous qui, pour leurs femmes, renouvelleraient ce trait de dévouement?

Les exemples de volonté forte, de profond attachement et de sacrifices sublimes, sont si fréquents parmi les femmes, que les annales de tous les peuples en sont remplies. Au milieu des prisons, des cachots infects, et jusqu’au pied de l’échafaud, on voit la femme se dévouer pour l’homme : ici, ce sont des larmes qu’elle tarit, des blessures quelle ferme, des aumônes qu’elle prodigue ; là, c’est une victime qu’elle arrache aux bourreaux; plus loin, c’est la mort quelle partage avec l’objet de son amour ; enfin , partout où l’homme a promené des ravages, la femme se présente pour les réparer.'

SECTION VII

CHASTETÉ. — PUDEUH.

La femme est chaste de sa nature ; la pudeur est un de ses plus beaux ornements.

L’instinct de chasteté est souvent porté chez elle à un si haut degré, que beaucoup d’entre elles considèrent la souillure comme ineffaçable et se donnent la mort, pour ne pas v survivre.

Les filles de Phédon, se jetant dans un puits pour sauver leur honneur ;

Lucrèce , se poignardant pour ne pas survivre à la souillure de Tarquin ;

Digna, se précipitant d’une fenêtre pour éviter les violences d’Attila ;

Sophronie, préférant se poignarder que de céder aux poursuites de Maxence ;

Maritza Callidéîs, jeune Grecque de noble famille, se faisant sauter la cervelle pour se soustraire aux outrages d’une soldatesque turque effrénée.

Coronel, s’enfonçant un fer rouge dans les entrailles pour ne point être infidèle à son mari.

Et une multitude d’autres femmes qui n’ont pas hésité à faire le sacrifice instantané de leur vie pour échapper aux brutalités de l’homme. Cet admirable instinct de chasteté, qui fait préférer la mort à un outrage, n’existe que chez la

SUCTION VIII.

MlOÜR. — DÉVOUEMENT A l’OBJET AIMÉ.

L’amour de la femme est beaucoup plus pur, plus désintéressé que celui de l’homme. La raison de cette différence est celle-ci : l’amour est le point central de l’organisation féminine où viennent aboutir tous ses penchants ; tandis que chez l’homme la passion amoureuse semble n’être qu’un besoin de l’organe. Une femme ne peut réellement vivre sans aimer ; moins altérée de voluptés sensuelles que de bonheur moral, son amour est beaucoup plus profond et plus durable que celui de l’homme. Rien ne coûte à la femme pour prouver son amour ; elle s’impose d'incroyables sacrifices et franchit des obstacles contre lesquels l’homme se briserait comme un verre.

Si l’on ouvre les annales de l’amour malheureux, on s’étonne de ne trouver que des noms de femmes parmi les suicides causés par cette passion ; les noms d’hommes sont si rares qu’on peut facilement les compter. Depuis la célèbre Sapho, qui tenta le saut de Leucade; depuis la jeune Thisbé et la tendre Héro, une multitude de femmes ont cherché dans la mort le remède suprême

aux chagrins d’une passion déçue ou d’un amour sans espoir. Ces annales, disons-nous, fournissent peu d'exemples d’hommes se laissant mourir de douleur sur la tombe d’une amante; tandis qu’elles nous font connaître une foule de femmes dont la vie s’est lentement éteinte au milieu de l’affliction et des regrets. Dans un violent paroxysme de délire amoureux, quelques hommes ont pu avoir recours au suicide ; mais dénombrerait-on les femmes qui se sont élancées dans les abîmes de l’éternité, pour aller rejoindre l’objet de leur amour 1

Parmi le grand nombre de traits sublimes enfantés par l’amour, nous choisirons le suivant :

La jeune Tricline, épouse du sieur Guillaume de Seilan, aimait d’amour chaste un gentil troubadour, nommé Cabestan. Son mari, furieux de ce qu’un poëte chanteur osât soupirer pour la femme d’un haut baron, assassina le malheureux Cabestan, lui arracha le cœur, et le lit servir en ragoût à Tricline.

Après quelle eut fini de manger :

— Comment trouvez-vous ce mets? lui demanda-t-il.

— Excellent, lui répondit sa femme.

— Certes, je le crois, ajouta le mari ; car, sa-

chez, Madame, que c’est le cœur de votre amant que vous venez de dévorer.

Et, au même instant, il lui présenta la tête de l’infortuné troubadour, qu’il tenait cachée sous son manteau.

Glacée d’horreur, atterrée à cette vue, la pauvre Tricline tomba évanouie sur le sol. Revenue à elle et fixant sur l’assassin ses flamboyants regards :

— Guillaume, s’écria-t-elle d’une voix forte, le mets que vous venez de me servir était si bon, que je jure devant Dieu de n’en jamais manger d’autre !

Alors, saisissant un couteau à lame effilée, elle se l'enfonça jusqu’au manche dans la poitrine.

La biographie de Gabrielle de Vergy nous offre un trait analogue. Nous pourrions en citer plusieurs autres encore, si l’espace ne nous manquait.

SECTION IX

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