POLITESSE. — URBANITÉ. — AMABILITÉ
Il faut l’avouer à la gloire des femmes, elles possèdent naturellement la politesse, l’urbanité,
les bonnes manières, la délicatesse du langage, qui sont aux mœurs ce que le fini est à un ouvrage; tandis que les hommes n’acquièrent ces qualités que par une longue fréquentation du monde élégant et en se faisant les écoliers des femmes. Douées de plus de pénétration, de plus de tact que nous, les femmes aperçoivent du premier coup d’œil ce qui convient à chacun, et saisissent une foule de nuances qui nous échappent. L’homme pratique bien, en général, les convenances; mais ces observations fines et profondes, ce don de pressentir, de faire entendre sans s’expliquer, de contenter tout le monde, de plaire à tous, n’appartient qu’à la femme. Plus douces, plus aimables de caractère, plus gracieuses dans leur vie publique et privée, les femmes possèdent, à un degré supérieur, toutes les qualités sociales qui manquent à beaucoup d’hommes; et l’on convient que c’est toujours par le commerce des femmes que l’homme se dégauchit. se civilise et apprend à devenir aimable.
Ce sont surtout les dames françaises qui brillent par leur urbanité, leurs grâces et leur amabilité. Elles ont perfectionné la politesse, l’aménité des idées, l’aisance des manières, l’élégance des expressions, et l’heureux talent de se fendre in-
téressantes à tous, d’apporter dans le commerce de la vie un trésor inépuisable d’agréments ; ce talent, qui leur est naturel, suffirait presque à contre-balancer la frivolité de leur caractère, l’inronstance de leurs goûts. On oublie volontiers tous les petits incidents qu’amène leur légèreté ou leur inattention, pour payer le tribut de reconnaissance qu’on leur doit, en échange des heures délicieuses passées auprès d’elles et du bonheur qu’elles ont procuré.
L’histoire des civilisations anciennes et modernes, nous démontre clairement le rôle important des femmes. Voyez Socrate, Périclès, Cléon, Alcibiade et autres grands personnages d’Athènes, demander à la belle Aspasie des leçons de grâces et de politesse. La maison de Laïs, à Corinthe, ne fut-elle pas une académie de bon goût et de galanterie? Un fait remarquable de la vie de cette charmante Corinthienne, est celui qui nous la montre polissant en quelques années les rustres habitants d’une ville de Thessalie. — Et notre célèbre Ninon de Lenclos ne fut-elle pas aussi, chez nous, un modèle d’urbanité, de grâces, d’élégance et d’amabilité ? 11 suffisait aux plus maussades, aux plus gauches, de fréquenter quelque temps l’hôtel des Tournelles, pour devenir hommes aimables et de bon ton ; et c’était nourtant
une femme qui opérait ces étonnantes métamorphoses (1).
SECTION V
AMOüR. — FIDÉLITÉ. — DÉVOUEMENT CONJUGAL.
L’histoire de tous les peuples fournit les preuves convaincantes que la fidélité conjugale est mieux observée du côté de la femme que du côté de l’homme. Le père Lemoine dit, dans la Galerie des femmes fortes : « J’avoue qu’en quelque pays et en quelque siècle que j’aie consulté l’histoire, elle m’a fait voir, par troupes, des femmes héroïques se dévouant à la mort par amour et fidélité pour leurs maris; mais, quand j’ai cherché des maris possédant de pareilles vertus, le nombre m’en a paru bien petit. »
Si l’antiquité nous offre les Alceste, les Porcie, les Pauline, les Arrie, etc., se donnant courageusement la mort pour ne point survivre à leur époux, les annales de la première révolutioD française fourmillent de nobles dévouements, d;
(1) Dans l’intéressant ouvrage ! Lais (le Corinthe et Ninon dt Lcnclos , le lecteur trouvera les plus curieux détails sur ces deux femmes célèbres. Les Soirées de Lais, complément de cet ouvrage, offrent le plus vif intérêt.
morts sublimes qui n’ont point d’analogues dans les fastes historiques des autres nations. En jetant les yeux sur cette longue liste de femmes dévouées, dont plusieurs ont été immortalisées par des plumes éloquentes, nous prenons au hasard les noms de mesdames Roland, Tallien, Grimaud, Lavergne, Boyer, de Mouchy, Malezey, Desmarets, Ruvilly, Payssac, Rosambo, Clavière, etc. Cette dernière, surtout, se donna la mort avec ce sangfroid qui caractérise les femmes fortes. Madame de Clavière ayant appris que son mari s’était suicidé dans sa prison, pour échapper au fer de ses bourreaux, mit ordre à ses affaires, consola ses enfants, leur donna un tuteur ; puis, s’étant enfermée dans sa chambre à coucher, prit un[poignard, et, avec un calme catonique, se le plongea dans le sein, en prononçant ces derniers mots : Ami, Us nous ont séparés , mais je vole te rejoindre!
Madame de Rosambo, marchant à la mort, rencontre mademoiselle de Sombreuil et lui dit : « Vous avez eu le bonheur de sauver votre père, et moi j’ai la consolation de mourir avec le mien. »
Madame Roland, inaccessible à la peur, paya de sa tête le refus de dénoncer la retraite où se cachait son mari. En passant devant la statue de la Liberté, cette femme, forte et sublime, s’inclina et prononça à haute voix ces paroles : « O Liberté l
que de crimes ils commettent en ton nom, les' infâmes 1 »
Qui de nous ne s’est attendri aux touchantes histoires des demoiselles Cazotte et Sombreuil ! Ces courageuses filles s’élançèrent vingt fois au milieu des bourreaux, et vingt fois bravèrent la mort pour sauver la vie de leurs pères !
Citerons-nous le trait d’audace, de dévouement et d’amour conjugal de madame Lefort, pendant les sanglantes journées de 1793 ! Madame Lefort achète la permission de pénétrer dans le cachot d’où son mari ne doit sortir que pour marcher à l’échafaud. Elle échange ses vêtements contre ceux de son mari, et, à la faveur de ce déguisement, le prisonnier peut s’échapper de sa prison. Le lendemain la fraude est découverte : on traîne madame Lefort aux pieds du farouche représentant du peuple qui, en la voyant, s’écrie, saisi d’une secrète admiration :
— Malheureuse! qu’avez-vous fait?
— Mon devoir, répondit-elle ; bourreau, fais tien.
A une époque plus rapprochée de nous, en 1815„ madame de Lavalette renouvela ce trait de dévouement, et sauva son mari d’une mort certaine.
Ou ne cite jamais l’amour et le dévouement conjugal sans rapporter le trait suivant :
L’empereur Conrad III assiégeait, dans Weinsberg, Henri-le-Superbe, duc de Bavière ; l’assaut étant donné et la ville sur le point d’être prise, les femmes allèrent se jeter aux pieds de l’empereur, le suppliant de leur accorder la grâce de se retirer et d’emporter ce qu’elles pourraient; ce: qui leur fut immédiatement accordé. Mais, quelle fut la surprise de Conrad de les voir emporter leurs maris sur leurs épaules ; ce spectacle l’attendrit, il pardonna à la ville et au duc.
Devant le nombre prodigieux de faits analogues, l’homme est forcé de convenir que la femme l’emporte sur lui de beaucoup dans les actes d’amour, de fidélité, de dévouement conjugal, et que je besoin de se consacrer à ceux qu’elle affectionne, de se sacrifier pour eux, semble être un instinct de son organisation. Dans toutes les classes de la société, les femmes ont donné et donnent journellement la preuve qu’elles peuvent affronter les plus rudes travaux, supporter, sans murmurer, la plus affreuse misère, et mourir, pleines de joie, pour ceux qu’elles aiment. A ce point de vue, l’homme comparé à la femme n’est qu’un faible enfant; car, malgré sa supériorité de forces, à peine supporterait-il un jour les terribles épreuves auxquelles la femme se soumet pendant- des années entières.
SECTION VI