GOUVERNEMENT. —POLITIQUE
Pourquoi les femmes ne seraient-elles point aptes à la direction des affaires publiques, au gouvernement d’un État?... Les uns pensent que la force, la vigueur nécessaires leur manquerait; les autres prétendent qu’elles s’égareraient sans cesse entre des actes de despotisme et de faiblesse. Le P. Lemoine dit : « Il y a des hommes politiques qui ne sont point pour le gouvernement des femmes; mais, je sais bien aussi que l’opinion de ces politiques n’est point parole d’évangile. Les États ne se gouvernent pas, ajoute-t-il, avec la barbe seule ; ils se gouvernent par l’adresse de l’esprit et la force de la raison : l’esprit peut bien être aussi délié et la raison aussi forte dans une tête de femme que dans une tête d’homme. Ce n’est point de la masse des muscles, de la force des bras et des épaules que relève l’intelligence ; ce n’est pas la partie végétale qui fait les grands princes ; les législateurs et les sages de la Grèce ne se sont jamais rencontrés parmi les athlètes. La main qui manie la rame n’est point celle qui dirige le gouvernail, de même que les mains qui tiennent le sceptre se-
raient inhabiles à se servir de la cognée. L’aigle femelle a la vue aussi perçante que l’aigle mâle ; le cœur de la lionne est aussi grand que celui du lion. La prudence, la prévoyance et la ruse, qui sont les principaux instruments de la politique, sont de l’un et de l’autre sexe ; par conséquent les femmes sont aussi aptes à gouverner que les hommes. »
Nous pensons aussi que la politique n’est pas au-dessus des forces de la femme. L'histoire nous démontre qu'il n’est pas de nations qui n’aient à s’enorgueillir de quelques grandes reines. L’on pourrait même s’adresser cette question : si, à nombre égal de grands rois et de grandes reines, l’avantage ne resterait point à ces dernières.
En tête des femmes qui ont gouverné avec éclat, nous citerons les noms suivants :
Sémiramis-la-Grande, dont la gloire remplit l’ancien monde.
Didon, fondatrice de Carthage, digne d’un meilleur sort.
Agariste, reine d’Athènes.
Cléophée, quiosa résister aux armes d’Alexan-
dre, et que ce héros jugea digne de sa haute estime.
Thomiris, reine des Amazones, qui vainquit Cyrus.
Camille, reine des Volsques.
Boadicée, qui battit les Romains.
Cléopâtre, reine d'Égypte, aussi célèbre par ses talents que par sa beauté.
Zénobie, qui conquit l’Égypte et osa se mesurer avec les Romains.
Yolande, reine de Constantinople.
Valasca, qui fonda, en Bohême, une république de femmes aussi redoutable que celle des Amazones.
Marguerite Waldemar, surnommée la Sémiramis du Nord, qui égala, par la vivacité de son génie et l’étendue de ses connaissances, les plus grands politiques de son époque.
Yanda, reine de Pologne, combattit, à la tête
de ses troupes, le prince Ritagor, et le défit en deux batailles rangées.
Isabelle de Castille, qui contribua à la découverte du Nouveau-Monde et à l’expulsion de/ Maures d’Espagne.
Catherine de Foix, qui disait au roi de Navarre, son époux . « Don Juan, si vous étiez né, vous Catherine et moi Juan, nous n’aurions jamais perdu la Navarre. »
Jeanne d’Albret, Elisabeth d’Angleterre , Marguerite d’Anjou, Catherine, impératrice de Russie, Marie-Thérèse de Hongrie, et tant d’autres qui, par leur intelligence, leur courage et leur magnanimité, ont mérité le nom de grandes reines.
SECTION XIII