ÉLOQUENCE
Dans l’ancienne Grèce, trois femmes se rendirent célèbres par leur éloquence : Agariste, reine d’Athènes; Aspasie, qui composa plusieurs harangues pour Périclès, et Laïs de Corinthe, dont l’histoire a été écrite par Aristophane de Byzance.
Au sujet de cette dernière, nous citerons le fait suivant :
Le poëte Euripide, marié deux fois et deux fois divorcé, avait voué aux femmes une haine qui lui fait peu honneur, et qui lui attira les sarcasmes de plusieurs satiriques, entre autres d’Aristophane. Euripide décochait toujours, dans ses compositions, quelques traits envenimés contre les femmes ; c’était pour ce motif que Laïs lui avait refusé l’entrée de sa maison. Un jour, la Corinthienne s’étant trouvée dans une léunion dont Euripide faisait partie, une discussion s’engagea entre elle et lui. Euripide, attaqué, avec autant de bienséance que de tactique, par une femme qu’il détestait, balbutia une faible défense devant un auditoire choisi ; le rouge de la hont lui monta d’abord au visage ; puis il se mit en colère et, à l’exemple de ceux qui ont tort, finit par lancer des injures. Lais, au contraire, qui avait conservé tout son sang-froid, battit notre poëte et sortit victorieuse de la discussion, à la gloire des femmes.—Tout Corinthe apprit bientôt la déconfiture du bilieux Euripide, qui fut forcé de quitter la ville. Les flatteurs de Laïs élevèrent bien haut ce petit triomphe et proclamèrent qu’elle avait autant d’esprit que de beauté (1).
(1) Voyez tous les détails de cette aventure dans l’ouvrage
L’histoire romaine fournit un trait remarquable de l’éloquence des femmes : pendant que le second triumvirat ensanglantait Rome et se gorgeait d’or, une contribution fut frappée sur les femmes. Aucun orateur ne s’étant présenté pour s’opposer à cette contribution inouïe, Hortensia, fille du célèbre Hortensius, monte à la tribune, et défend la cause des femmes avec tant d’éloquence et d’intrépidité, que les tyrans rougirent et révoquèrent leur décret. La jeune Hortensia fut reconduite en triomphe et eut la gloire d’avoir donné, dans le même jour, un exemple d’éloquence, de courage aux hommes, et aux tyrans une leçon d’humanité.
Tullie, fille de Cicéron, possédait l’éloquence à l’égal de son père.
Cornélxe, mère des Gracches, enseigna la rhétorique à ses fils.
Licinia, fille de Crassus, parlait avec tant d’éloquence et de facilité, qu’elle effaçait les plus grands orateurs de son temps.
intitulé : Laïs de Corinthe, ou les Moeurs galantes de l’aniiquitt.
Cornificia excellait également dans la poésie et la rhétorique.
Amasia Sentia, accusée d’un délit capital, plaida sa cause devant le préteur romain, et la gagna par son éloquence.
Afrania, femme d’un sénateur, composa des plaidoyers qui furent admirés des orateurs de son temps.
Isotta Nogarolla, de Vérone, composait et débitait des plaidoyers si éloquents, si pathétiques, que tous les magistrats accouraient pour les entendre.
Élisabeth de Rosarès et Élisa de Joya, célèbres prédicatrices de Barcelone, firent un grand nombre de conversions par leur éloquence mâle et erveuse. La foule se pressait à leurs sermons, et évêque de Barcelone demanda au Pape leur canonisation.
Françoise Lebrixa, savante rhétoricienne, avait obtenu une chaire d’éloquence à l'Université d’Alcala.
Agala, de Corfou, possédait des connaissances fort étendues sur la grammaire et la rhétorique, elle professait publiquement l’éloquence et avait un grand nombre d’élèves des deux sexes.
Cornilla Morelli, fut célèbre par son éloquence et surtout par son talent d’improvisation. Comme Pétrarque, elle eut l’honneur d’être couronnée au Capitole.
Maria Fernandez mérita également et obtint cet honneur.
L’éloquence est aussi naturelle aux dames française que l’amabilité; l’habitude du monde leur donne une pénétration, une sagacité qui n’est nullement inférieure à celle des hommes, même dans les affaires qui sont l’apanage de ces derniers. Elles s’y distinguent souvent par des traits de capacité dont s’honorerait un homme habile. Les femmes ont partout beaucoup plus d’éloquence naturelle que les hommes ; mais les Françaises en ont encore plus que les femmes des autres pays. Quoiqu’elles aient le défaut d’üne grande volubilité de langue, la variété, la vivacité et le
piquant de leurs discours tempèrent ce défaut et le rendent presque imperceptible. Si la persuasion est le but de l’éloquence, les Françaises en méritent le prix, car elles sont si versées dans l’art de s’insinuer, si habituées aux secrets d’émouvoir les cœurs, qu’il est impossible de résister et de n’être pas vaincu, lorsqu’elles ont entrepris votre conquête. Les étrangers qui ont visité la France, charmés et vaincus par l’éloquente et douce parole des Françaises, les proclament partout lés plus charmantes, les plus aimables.
SECTION XIV